M. L'ABBÉ SÉNAC
il rendit ce.grand service à In religion <Je la dégager de funestes alliances, il ne paraît pas s 'Cire repenti ; il redonne en )8G5 l'ouvrage de 1837, fortifié encore, et 11 a le bonheur ou le malheur, comme on voudra, de retrouver les mêmes circon slanccs où il a Écrit autreroi! : toujours un parti religieux qui croit faire merveille en identifiant sa cause avec les causes les plus décriées.
Selon notre auteur, ce parti a le tort de n'être pas de son temps, et de ne rien comprendre à ce que le- christianisme est venu faire en ce monde. Dans la société antique, l'individu appartient ù l'État : point de liberté personnelle, point de propriété, point de religion indépendante, c'est-à-dire la pure barbarie; le christianisme affranchit l'individu, l'émancipé de l'Etat, proclame qu'il existe pour lui-même cl n'appartient qu'à sa conscience; il met ainsi dans le monde le germe de la vraie civilisation. Le principe chrétien disparaît dans le moyen-age, où la théocratie ressaisit l'individu échappé au despotisme païen ; mais ce n'est qu'une dérogation d'un moment, et dans ce moment elle a été utile, elle n été une éducation un peu rude du genre humain, qu'il fallait traiter violemment pour briser la forme antique où il avait été captivé. Enfin la théocratie disparaît à son tour quand elle a fait son ouvrage ; la liberté individuelle revient, le christianisme est restauré, et la civilisation avec lui. C'est là que nous en sommes.
M. l'abbé Sénac contemple ce principe avec amour : il y volt la promesse de grands changements qui arriveront dans le monde, il voit mémo le monde changer sous ses veux, et il est transporté d'enthousiasme devant
1!I2 C1ÏRISTIANISMK HT CIVILISATION
celte aurore d'un meilleur jour. Pius d'un, lecteur ne partagera pas sa confiance : mais on ne peut en être témoin sans en filrc louché : « Oui, n'être plus possédé » par la société cl se posséder soi-même, ce fait si simple, » fuais si f;raiii], puisqu'il i lmnLrc noire exislence tout i> entière, ce l'ail runslilue lui seul, en dernière analyse, » la révolution qui tire noire siècle des voies communes » el le rend unique entre les siècles. » Il esquisse les changements 411e ce principe commande, et s'enchante de ce tableau : « Voilà l'ordre qui s'avance elqui doit
> généreuse le salue avec lranspoi'1, parce qu'elle le voit » sortir de la raison et de la justice éternelle, porter • partout avec lui la paix parmi les nations, la concorde o parmi les citoyens de la même pairie, et dans le cœur » de l'homme l'amour de ses semblables. > On lui objeclc les désordres qui se passent sous nos jeux ; il ne les nie pas, mais il croit qu'ils existaient autrefois comme maintenant, et que maintenant ils sont plus connus qu'autrefois, parce que la publicité amène tons les secrets au jour ; d'ailleurs, si le mal existe, le bien existe aussi, et jamais le mal n'a été moindre ni le Lien plus prand ; quel avenir est-il interdit d'espérer lorsque les plus excellents sentiments du coeur humsin, faussés par les lois, reviennent a la vérité de la nature? « Cet « avenir approche, il touche aux portes du présentk Voyez l'homme porter partout l'amour du vrai, du » bien, faire éclater partout sa vie nouvelle. Sont-ce là » des s;mplômes de dépérissement ? 0 Voilà comme pense et parle noire auteur. Nous le
m. i.'abbk sémc \$ï répétons, plus d'un lecteur ne partagera pas sa confiance ; mais quand on croit, on espère ; quand on croit à Dieu, on croit aussi qu'il fera triompher le bien du mal, et celte attente convient à un chrétien, qui no poui admettre que le christianisme soit venu dans le monde pour n'y rien changer. L'espérance est aussi religieuse que la foi. Du reste, M. l'abbé Sénac'a bien placé sa foi et son espérance, quand il s'est attaché au principe de la liberté individuelle: il était impossible de mieux voir le principe que porte la société moderne et dont elle prend conscience à la lin. Nulle port nous n'avons rencontré cette conscience plus netlc que dans le livre dont nous parlons ; c'est en eilcl là dans toule sa simplicité notre cher libéralisme, qui n'est que la nature et le droit. Il ne snlîit pas ii notre auteur que l'arbre ait ses profondes racines, il veut qu'il fleurisse, qu'il produise les sciences, les lettres, les arts, la richesse, l'industrie, tout ce qui constitue la civilisation. Goûtons donc le plaisir d'être d'accord avec lui sur les points essentiels, et ne disputons pas sur quelques délails de peu d'importance. Il a dit on ne peut mieux que t la société est faite » pour assurera ceux qui la composent la jouissance des » droits attachés à la nature; » qu'importe qu'il soit un peu injuste pour la société antique, qu'il accuse trop complaisant ment d'avoir méconnu tous les droits? On lui pardonne aussi de traiter trop durement l'enseignement philosophique qui se formait en France il y a une trentaine d'années, lorsqu'il appelle la philosophie « le » plus grand bien que l'homme ait pu se donner. » Ne faites pas à H. l'abbé Sénac ce vulgaire rempli-