CHRISTIANISME ET CIVILISATION
ment qu'il est moderne : il vous répondrait qu'il est ancien, qu'il date d'avant le moyen-Âge, du temps de l'Évangile. Il est même a craindre qu'il ne paraisse trop vieux ii plusieurs personnes, qui depuis le commencomentde ce siècle, ont désire qu'on leur rajeunit ou qu'on leur rafraîchit un peu le christianisme. 11 n'aime pas les vaines cérémonies et les agréments du monde dans le culte chrétien ; il va plus loin : il combat, et vivement, le Génie du ckrisliaiùsmc. Il n'admet pas que ce soit une bonne preuve do la vérité d'une religion de montrer qu'elle est plus poétique que les autres ; il n'est pas assuré non plus que le christianisme soit plus jhjélique que le paganisme, et pourtant le christianisme est pour lui la vérité. « Quoi donc, dit-il éloqucmmcnt, la » vérité n'esi-elle pas belle? Eli ! qu'est-ce que c'est que » la beauté, sinon le rayonnement de la vérité? Mais » celte beauté, tout intellectuelle, n'apparaît qu'aux yeux n de l'esprit pur, et ce n'est qu'en le ravissant qu'elle ■> enchante l'imagination par l'éclat immortel du vrai • qui tombe d'en haut sur elle. » Cette sévérité chrétienne, qui, soit dans le culte, soit dans la démonstration, parle à l'esprit pur, repousse loule autre séduction que celle de la vérité sur les Aines et n'accepte pas les surprises de l'imagination et des sens, cette sévérité chrétienne, disons-nous, a la saveur d'un ancien temps, avant que la dévotion fut devenue plus féminine et méridionale.
M. l'abbé Sénac est aussi gallican, et le déclare par cette belle profession de foi :
• Dons colle édition, comme lions In première, Je mai g lien s, sur le
m. l'abbé sknac igs
gouvernement de l'Église, lu tho..|u t 'io .pli s'ensoL-iiail partout de mon leinps. Je ru'y suis 10 ni inné | ■ l> r I - ■ i ni i o npproliiuilio dus grands organe's de l'Eglise cl surtout do saint Augustin et de Boasuct. Elle
efface ce mol, je le veui bien, et il nu m'a jamais paru juste, parce qu'on ne doit jamais ci n. m si r in' la vorilé, mômo sous la priitesto très-honnete d'honorer, en lui donnant stra n'ini. un poys nu un corps qui l'a proclamé..' et servie. l.« verilo n'est pas plus française aujourd'iiui qu'elle n'était grecque ou latine au temps de saint Paul. Sa pairie à l'Ile, c'est IVuioiuloinoni divin où ollo Wiiin éternelle et im-
beau consacrer do la triple auloriLé de -mi pluie, de sa science et de sa vertu, uu cnscignt-tne].! rciicitux, il no lui aurait pas donne' pour cela ce caractère de vérité qui commande la fui. Mais lorsqu'on le voit, sur la constitutirm et lo pan ornement do l'Eglise, se Taire, aveu tniil I opiscnpal français do smi siècle, l'organe pénétré et conseiencieuï jusqu'au scrupule de lYn-vi;.-iieii!ent perpétuel del'Kjrlise, tics dérisions des conciles jtéiicranx, des col ite de- Pères les plus accrédités et de la. tradition entière, on sent qu'il marche sur lo sul ferme de la vérité, et on lo suit avoo ootlo sorurilé do lui que la rertitudo de
Nous n'avons pas à dire si M. l'abbé Sénac a tort ou raison d'Olrc gallican : re sont des querelles d'intérieur oii nous ne sommes pas b eu ren sèment foret: d'intervenir; il nous parait même que celle querelle n'est pas aussi grave que nous l'entendons -dire, far, hien que
l'jli CIIB1STUN1SMR ET CIVILISATION
l'ultramonlanismc soit aujourd'hui en faveur, avant celle époque il y avait un clergé qui était gallican, et qui maigri'- cela n'Était pas hérétique, cl il y a maintenant encore quelques prfllres et quelques laïques chrétiens qu'il serait difficile île retrancher du nombre des fidèles, quoiqu'ils soient gallicans. Mais laissons de coté la question d'orthodoxie, où nous ne prétendons aucune compétence, cl disons ce qui, dans ces querelles de famille, nous intéresse, nous du dehors. Si les gallicans sont des catholiques prêts à reconnaître pour pape l'empereur ou le roi du pays où ils sont, nous n'avons aucun penchant pour eux ; si, sans aller jusque-hï, ils sont des esprits faibles, Éblouis par le prestige du pouvoir qui est en place, et de médiocres courages, incapables de résister il ce pouvoir, même quand leurconsciencc commande, ils nous inspirent peu d'intérêt ; mais si le gallicanisme est simplement une doctrine qui lempére l'autorité du pape par l'autorité des conciles, et ôteà 1 Eglise la forme de la monarchie absolue pour la rapprocher de la fonne du la monarchie représentative, on nes'élonncra pas qu'il y ail dans la société de la s\ni|iathie pour une sorte de gouvernement qui a de l'analogie avec celui qu'elle aime chez elle; enfin, celle société, qui a ses bons et ses mauvais jours, ses douleurs et ses joies, comprend difficilement qu'on y soit insensible, ou qu'on se réjouisse quand elle s'afllige et qu'on s'afflige quand elle se réjouit, parce qu'on a des intérêts différents des siens; clic suspecterait donc une religion qui, des citoyens, ferait des étrangers, et elle verrait plus favorablement une religion qui inspirerait l'amour de la
L I J l'ZOd C C\
pairie. Le patriotisme «.vl l'orthodoxie des nations, fit on comprendra que la France soit bien disposée pour le gallicanisme, si être catholique gallican veut dire qu'en même temps qu'on est callioliqne on est aussi Français.
Enfin, ce qui, dans le livre de M. l'abbé Sénac, achève de nous reporter à d'autres temps, c'est celle situation de plus en plus rare d'un homme qui, avec sa foi politique el religieuse, n'est entré dans aucun parti, ni poulie suivre, ni polir le commander. On distingue aujourd'hui si un homme est catholique ou s'il est du parti catholique. Mous savons comment s'est forme ce parti : il s'est formé sous le drapeau de la liberté d'enseignement el il a vaincu par son habileté cl son énergie; nous l'en avons nous-méme félicilé de bon cœur. Il a subsisté après ta victoire : il avait a gagner la pleine liberté d'association, plus difficile à gagner, parce qu'elle alarme aisément la puissance publique, comme il a paru dernièrement encore lors de l'affaire de la Société de Saint- Vincent-de-Pau!e. Dans celle épreuve, il n'a pas eu à se plaindre de l'opinion libérale, qui, attachée aux principes et incapable d'une mauvaise jalousie, a défendu chez d'autres une liberté dont elle jouit peu ; pourtant l'opinion libérale n'est pas sans quelques griefs envers lui. >"y a-l-il pas eu, en ellet, des circonslances où ii a traité pour lui seul, sans se préoccuper des autres, penl-ûtre à leur détriment? Puis la société a craint un peu en voyant dans son sein une autre société, fondée sur des principes qui ne sont pas toujours les siens, et dont les membres sont liés par une amitési forte, qu'aussitôt que l'un d'eux est entré dans un poste distingué, il s'y
Iflfi CHRISTIANISME ET CIVILISATION'
ennuie d'Atrc seul cl y introduit le reste, en sorto qu'avant peu ils prome lient d'arriver ions h tout. Ils pensent sans doute que, pour rntre la guerre, il est lion de s'emparer des hauteurs; mais ils oui paru quekjucfoisaimer les hauteurs pour elles -mi' 1 m es, dans des oeeasions où n'était puinl engagée la lilieili! des rliivliens. cl ils en ont durement repoussé lel lionnêle homme, du plus grand mérite, M. Lillré, je le nomme, qui ne venait pas Je chez eux, cl ù i|ui l'opinion s'intéressait pour son mérite et son honnélelé. Nous ne voudrions pas avoir l'air de vouloir leur rien apprendre et n'avons pas le droit de leur donner îles conseils; mais nous croyons qu'ils ne peuvent guère poursuivre ainsi sens danger. Le nom de parti catholique n'est pas bien vu partout: on trouve étrange qu'une religion soit un parti, surtout une religion qui se nomme cl Ic-inCme universelle; puis il semble que ee soit assez d'un pani libéral, quand il l'est véritablement comme celui qui existe aujourd'hui, et qu'il sulli.se à chacun de la liberté qui lui revient dans la liberté de tout le monde ; enfin un grand nombre d'Jiommes qui goûtent le (aient el l'énergie partout où ils les trouvent, et qui les ont encouragés dans le parti catholique à ses débuis, reculeraient probablement si ce purli devenait une minorité oppressive, parce qu'ils voudraient bien, si c'était possible, être généreux sans être naïfs. M. l'abbé Sénnc n'est pas du parti catholique, il est catholique tout simplement.
(Soplcmbrc IMS.)