‹ Morale et politiqueChapitre 5 sur 113 · HISTOIRE POPULAIRE DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

HISTOIRE POPULAIRE DE LA FRANCE

Je prends deux publications ensemble', parce qu'elles sont toutes les deux illustrées et conçues pour vulgariser la même étude. Nous connaissons le danger des illustrations: plusieurs personnes ne verront du livre que les images; mais elles inviteront d'autres ii le lireclen tout cas clleségaient le texte. Le système d'illustration est différent dans ces deux ouvrages. S'il y a dans V Histoire populaire des reproductions nombreuses de portraits d'après nature, la plupart des dessins sont des compositions de fantaisie; dans l'Histoire de France, tes dessins sont tous authentiquée, d'après les monuments de chaque époque ; c'est le genre des dessins du jffoi/nniii pittoresque, qui, dans une existence qui compte déjà plus de trente années, s'est concilié l'estime universelle.

1 Histriirt populaire de la Franc, 4 vol. in-8°. Lahuro, édilour. Librairie Hnclielte. — Ritkàft <U F.vart, pur MM. H. Bordier si Edouard Chulnn. ï vol. in-*. Bureaux ilu Mejtui* pittureiqKt.

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Le récit diffère aussi dans les deux ouvrages. L'Histoire de France est presque loule un extrait des documents originaux, chroniques et mémoires contemporains; Y Histoire populaire est une narration continue : l'auteur a étudie, les documents dont nous parlions, il s'en est nourri et en a formé l'instruction qu'il nous transmet. La première lecture est préférable pour qui désire voir les divers temps avec leur physionomie et leur couleur naïve, s'habituer ù la comparaison et se former à l'esprit critique, et il s'est licuieii.-i nient trouvé un public considérable pour l'iifrcher ce profil; niais il y a un public plus considérable encore qui n'y songe point, qui n'a point le loisir d'y songer et va au plus pressé, qui est d'apprendre l'histoire du pays; à ceux-ci il faut servir l'histoire toute faite, sans prétention de faire des historiens; l'unique loi e>l de remplir sa composition de mouvement et de vie, pour enlever son public. ^Histoire populaire n'y a pas manqué; elle porte bien son nom. La publication matérielle répond à la destination de l'ouvrage : elle est faile par livraisons de 10 c. Les premiers volumes nous conduisent jusqu'en 1848: on annonce que la fin se prépare.

Ne craignons pas de l'avouer, les Français connaissent bien peu l'histoire de France. Où l'auraient-ils apprise en effet? Cet enseignement n'existe pas de droit dans les écoles primaires ' ; il peut seulement y être établi par les autorités compétentes; or on peut assurer qu'au moment présent, il n'est encore qu'une exception.

1 II y M moink'iiBtil ^mlilî, mais terme bien mWïocre. t (Ktli

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Si l'on réfléchit qu'au sorlir de l'école primaire l'im- * mense- majorité de ceux qui ont reçu ses enseignements n'en recevront pas d'antres, qu'ils n'ouvriront peul-étre pas un seul livre instructif, el que même un grand nombre désapprendront de lire, que pouriant ils formeront un jour la plus grande partie du corps électoral, qui décidera des destinées du pays, ne paraitni-l-il pas étrange qu'on leur laisse ignorer l'histoire de ce pays sur lequel ils peuvent lant, soit en bien, soit en mal?

Si l'on fondait cet enseignement, il y aurait des précautions a prendre pour ne pas le compromettre ; on aurait soin de ne pas viser ans grandes proportions des Coure des collèges et des Facultés. D'abord un résumé succinct serait appris par creur. Il demanderait a êire fait avec art: au lien d'abréger lout également et de donner, par ce procédé, une espèce d'histoire abstraile, sans couleur et sans vie, il sacriûerail certaines parties résolument, les plus arides, et conserverait les autres dans les proportions modestes que le livre exige. Beaucoup de rois mérovingiens et carlovingiens, quelques capétiens même en souffriraient, mais ils en souffriraient seuls, et nos enfants seraient soulagés. Je n'assure pas que tous les noms de toutes les balailles que les Français ont livrées snbsisleraient encore, mais nous sommes assez riches en ce genre pour ne pas regardera quelques balailles de plus ou de moins- Voilà donc notre résumé, qui devrait être appris a la lettre- En même temps l'instituteur raconterait les événements lesplussaillants, ceux qui ont fourni des sujets aux lettres et à la peinture, et, quelques jours après, il demanderait aux élN

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ves du refaire ces récils : ce que l'un aurait oublié, un nuire le retrouverait; chacun apportant du sien, avec' cette ardeur qui ne manque jamais dans ces sortes d'exercices, le récit s'achèvera il et se graverait définitivement celte fois dans tes mémoires. Un tel enseignement devrait être comme une promenade dans les Galeries de Versailles ; on n'y ajouterait qu'un petit nombre de vues d'ensemble tros-netles et précises, pour faire saisir aux enfants la marche de notre histoire.

Il ne devrait pas être quelque chose d'indifférent et d'impassible : on y sentirait partout un souille ; on donnerait aux enfants l'intelligence et l'amour du pays. De telles leçons porteraient leurs fruits, il faut le croire. M. de Tocqneïilie, ce citoyen excellent, retrouvait avec bonheur, dans son patrioiisme, une tradition domestique. «J'ai souvent 1 entendu dire, écrivait-il, que ma » grand'mèrc qui était une très-sain le femme, après » avoir recommandé à son jeune fils l'exercice de tous » les devoirs de la vie privée, ne manquait pas d'ajouter : « £t puis, mon enfant, n'oubliez jamais qu'un homme

■ se doit avant tout à sa patrie; qu'il n'y a pas de sacri- » lice qu'il ne doive lui faire; qu'il ne peut rester indif- » férent à son sort, et que Dieu exige de luiqu'ilsoil loti*

■ jours prêt à consacrer, au besoin, son temps, sa for-

■ lune et même sa vie au service de l'Étal et du roi. ■ Qu'est-ce donc que la patrie dont on par le ainsi ? Estce une chose ? est-ce un mol? Ce n'est point un mol. La

1 OVift.-pi r! reivr.yjiWndrrvi txttlitrx lïAltxis df Tiinju'rillr, publiées et précédées d'une notice, par Gustava île Beauniont, tome II, p B (to SU.

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pairie est une communauté de langue, d'idées, de sentiments, de mœurs, de lois, de souvenirs, une harmonie entre nous et ce qui nous entoure, une atmosphère morale, un élément invisible où nous sommes plongés ; ci ce lieu, cet air, ce ciel des ames ne flottent point dans les régions du vague, ils correspondent à un lieu, a un air, ù un ciel physiques : c'est un assemblage de terres et d'eaux, de plaines qui s'étendent, de montagnes qui s'élèvent, deflcuvesqui coulent; la pairie a un corps, et c'est le même corps partout où est la même âme. Les empires se rétrécissent ou s'amplifient, !a patrie reste; ce qu'on lui ajoute est à elle, ce n'est pas elle; sans doute, elle est fière quand elle Je gagne et humiliée quand elle le perd ; mais quand on lui retranche quelque chose d'elle-même, on la mutile, elle est blessée, elle saigne, et quand l'étranger l'opprime, elle se sent mourir. Ne demandez donc pas où commence et où finit la patrie : elle est juste aussi grande que nos cœurs, et c'est l'honneur éternel de Jeanne Darc que son cœur a été aussi grand que notre France.

Plus celte harmonie entre nous et ce qui nous entoure est étroite, plus le sentiment de la patrie est vif. Ainsi en France il y a la France et il y a le pays, la ville ou le village où nous avons vécu ; il y a le français et il y a le patois et l'accent, ce quelque chose qui fait qu'on se sent là chez soi plus qu'ailleurs, et qui nous crée comme une patrie dans la patrie. Quelque part que celle harmonie se reproduise, elle excite en nous un sentiment du même genre, et il n'y en a guère d'entre nous uni n'aient pour ainsi dire plusieurs pairies. Rome et Alhè-

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lies sont une pairie pour tous ceux i|ui ont reçu l'éducation classique, et pour les artistes; actifs, passionnes ou rêveurs, il y a des contrées qui nous appellent et qu'il nous semble reconnaître quand nous les voyons, si bien elles répondent ànolre nature, comme un lieu que nous aurions aimé autrefois et dont nous aurions été détachés.

L'eiM naturel du patriotisme cstquo chacun lient son pais pour supérieur aux autres. Assurément il est impossible que lout le monde ait raison à la fois, et !a prétention peut paraitre assez puérile; mais ce qui importe ici, ce n'est pas que celle opinion soit fondée, e'est qu'elle soit sincère, qu'elle produise en nous un sentiment généreux et nous invite à bien agir. Pareillement, l'opinion que nous avons de notre famille, du nos amis, de notre parti politique, de notre profession, peut être fausse, mais le dévouement qu'elle nous inspire est vrai, et vrai aussi le mérite que ce dévouement nous donne. Il faudrait donc réfléchir avant d'ûterdu monde un sentiment qui fait méprise;' ces biens que ions les hommes estiment et chérissent : le repos, le plaisir, la fortune et la vie. A chaque époque, le patriotisme est représenté par quelque nation; il s'appelle aujourd'hui du nom de la Pologne.

Espérons qu'on a renoncé à le détruire. Si je ne mo trompe, le temps est passé où l'on voulait qu'il n'y eût plus de jialriotisme, et que cotte affection locale, regardée comme trop étroite, cédai la place à une large affection qui embrassât toute l'humanité ; on en a Uni avec les doctrines humanitaires. L'histoire, comme la pra-

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tique le dix-neuvième siècle, attentive à rendra à chaque peuple sa physionomie originale, ne s'accommode pas île pareilles abstractions, cl à ces mouvements de l'histoire ont correspondu les mouvements des peuples, qui ont manifeste des sympathies ott des antipathies violentes les uns pour les autres, cl révélé ainsi les profondes divisions naturelles qui résisteraient à une unité factice.

On a donc abandonné l'idée du genre humain où loules les nations viendraient se fondre ; mais on a pris l'idée dis races, et on ne parle plus que d'elles maintenant. J'en parlerai aussi clvcu\ être de mon siècle; toutefois je ne laisse pas d'avoir quelques inquiétudes. Il y a un résultat certain de cette opposition des races, c'est de faire que, de l'une à l'autre, les hommes se détestent un peu plus; mais vraiment ils ne se délestent déjà pas trop mal sans cela, et, a la rigueur, ils pouvaient se passer de nouveaux motifs. Le sentiment qui les anime contre les races étrangères ne les concilie pas d'ailleurs entre eux: ils sont travaillés par toutes les passions humaines, qui les mettent aux prises cl les acharnent à leur ruine mutuelle. Puis, si l'on veut quo les hommes s'aiment, il ne suilil pas qu'ils soient de In même famille, il faut encore qu'ils le sachent ; or cette science des races est bien savante, bien peu répandue par conséquent et peu propre à créer des sentiments populaires. On conçoit fort bien que ia diplomatie combine des alliances entre des nations de même race, que cette communanté prépara à s'unir, car les diplomates connaissent la géographie et l'histoire ; mais les

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