LES ALPES SUISSES
M. Ilamherl, professeur à Lausanne, l'unleur il» livre sur Corneille, Marine el Mnlîrrr, qui a été remarqué t'ii France, publie les Alpes suisses ' ; il a formé !e dessein de décrire les Alpes de sud pays, cl coin m en ce dans ce volume, qui fera désirer les autres. Celui-ci se compose de (pialrc morceaux : les Plaisirs des grimpeurs, Ti'Ois jours d'excursion, uni' Nouvelle et les Plantes alpines.
l a Nouvelle que le livre comprend est une louchanlc histoire, dont le fond est vrai, à ce que l'auteur assure : c'est l'histoire d'une famille de flotteurs, l e ilolteur conduit à travers les torrents les arbres que le bûcheron a abattus: on conçoit qu'il doit y avoir la des courses fantastiques, de rudes chocs, de prodigieux enchevêtrements, des feairemi'hts sein hlal îles i\ des débâcles, et à tout moment lo danger de mort pour les hommes qui jouent à ce terrible jeu. Une pauvre femme y avait perdu son mari ; il lui restait un fils, qu'elle voulait éloigner do métier où le père avait péri; mais le métier fut plus fort, l'enfant aussi devint flotteur, et lui aussi fut tué
' l'arif, libruiric tic l.i iim.-si: rimiiiniji-, :a. ruo de Seine.
par mi arbre et emporté par le torrent. Depuis lors, la mère est en prniii si une idée li\e : elle veut toujours aller à l'entrée de la gorge « où Joseph l'attend. » ■ Comme nj'elais là, ilit l'auteur, songeant à celle lugubre his- » loire, il me vint ii l'esiiril que Rose Tonie n'était peu i— • être pas folle. Sans doute sa raison s'est abîmée dans » une seule et unique pensée, mais dans nue pensée qui >. doit être juste, car si le Dieu qu'elle prie a réellement » piliédes malheureux, il fiiulbien que Joseph l'nllende. ■ Kosa Tonie ne se trompe que de lieu. »
Venons au fond même du livre de M. liamberl. lia dépeint le plaisir de grimper, qu'il connaît par expérienre el seul vivement. Il le compare peut-étro trop minutieusement au plaisir du jeu, il presse trop les ressemblances, el cotte comparaison trop ralliuée n'ouue pas bien un livre re marqua!) le par la franchise des impressions; mais il dit on ne peut mieux que dans les ascensions ou a une jouissance particulière à su sentir vivre, que l'air nous porle. que le corps esl plus léger, l'esprit plus libre, et que tout ce qui pourrait l'assombrir se dissipe comme par enchantement. Il a raison aussi de dire qu'il faut vivre avec les Alpes, et il en parle en homme qui a vécu avec elles : il représente d'une façon saisissante leur genre de beauté el la grandeur des lignes qui moment el les elTcls de la lumière qui s'y joue; il n'y a pas de rhétorique, il y a un vrai talent de peinlre ému dans la description des iliverses couleurs qui illuminent le .Muvn au, l'aurore, le midi, le soleil qui se eouche. les rcllcls de l'occident el les lueurs île la lune,
avec les accidents qu'apportent à tontes ces colorations les changements des jours et ries saisons.
Mais, hèlasl qui de nous peut vivre avec les montagnes? Nous ne faisons que les apercevoir en passant, nous ne voyons guère que ce que tout le momie voit, nous ne le voyons que pendant deux ou trois mois, toujours les mêmes mois <ic l'année ; quand nous y avons trouvé, quelque beau lieu haut et sauvage qui nous séduit, nous souhaitons d'y passer le reste de noire vie, et fort heureusement la Providence ne nous exauce pas, car dans ce même moment les hommes qui habitent ces hauteurs soupirent après la plaine, qu'ils appellent n le bon pays. » C'est l'histoire éternelle du cœur humain.
.M. Ilambert parle des Alpes avec un senlimerilque ne peuvent avoir les voyageurs qui les traversent : ce sont ses Alpes, sa patrie, et leur beauté le remue au fond du (*<eur ; aus*i quand, après une rude ascension, il arrive au haut des Clarides cl contemple la vue immense qui se déroule autour de lui, il y a un cflté qui l'attire et le captive : * Oh! c'était bien la Suisse, avec ses vallons, i ses contours, ses plis et ses replis, et dans chacun quel » souvenir ! C'était le berceau de sa liberté, le sol natal » de su poésie, et cette terre sacrée semblait heureuse et » désirable entre toutes. ■
La partie du liwe intitulée te Plantes alpines me semble charmante, parce qu'elle est traitée avec amour. Rien de sec ni d'une fausse couleur, partout une science vraie sans étalage, un sentiment profond de la beauté de cette végétation des montagnes, des expressions vives, justes et délicates pour la peindre. Quelle variété,
quelles surprises pour le botaniste dans un pays où à chaque changement de hauteur, de terrain, d'exposition, correspond une lion; nomrlie ! « [ n e- 1 f o richesse dandes prairies où, couché ton! de sou long, on atteint avec ki main trente on quarante espms ! quels parfums et quel éclat iirenrieal les plantes dans l'air vif et la pure lumière ! quel ravissement dans l'idée qu'on est le seul qui verra el qui toucliera cette fleur solitaire qui n'a été pilleurée que par le vent! Voici la rose dcsAI|>es, la simple éghmline non encore altérée par la culture, les orchidées « qui seuihleul nées d'un mariage entre une
mai dans le pré d'Avunl, au-dessus de Montreux, le rhododendron, qui pour les curants des Alpes expatriés est la patrie, el leur donne le mal du pays, l'anémone, la Irihn des gentianes, la céleste paradisie, la saussuréc odorante, la renoncule, l'andi osacc, le myosotis, la saxifrage, el d'autres ù l'infini. ■ Pour qui donc tout ce n luxe'/ » demande l'auteur, et il répond justement: « Pour personne. La nature est un artiste. Elle ne Ira- > vaille pas pour le seul plaisir des yeux; elle donne • essor à son génie, et peu lui importe qu'on applau- » disse, »
I,a limite où ii celte heure la végétation s'arrête reculera. Elle est marquée par les lichens; mais ces lichens, « éhaucho végétale, végétation immobile, » sont lus pionniers du désert :
■ Ils sa rullrnt nu nidirr l'umiiic uni- mm? isfiir" H v ilessinrnl fies nrtil]C:(|Ui!s imnpIi'pLiV-, vrrirs. jimucs "u r'mpi's. "il l'on rwnniiuil piicorr l'inllucncc Au suJcil A<- Li nioataïni;, liion ii'csl plus ipmar-
surface. 01 lie la prilriurer pour If'rf cspI-Ci-s plii-s brillantes qui vir liront à leur t'iur. Il s'uccimiiilil ain-i un travail iilismr. inîiis immea lii'lipns winl un pmnior Inl.our. rl leurs ili'Uri* eux-mêmes, li
Pendant rjijf ces infiniment peUls feniliscnl les Alpes, d'autres infiniment petits tendent ii les détruire; ils font leur œuvra plus active encore hjuo )a pondre, les glaciers cl les avalanches. Ecoulons M. Rambcrt:
tombait sous nos veux ; icllc.il lui a suffi d'un ses! servie que des gouttes J'oqu, loin i tour ul s'inflltralonl dans les Césures de lu piorre. Elle
font tomme un in-ciilcul. lliea av.ml i[ui'. Ils lirumm-s se fcitijiLwssrnl