‹ Morale et politiqueChapitre 56 sur 113 · LES ALPES SUISSES · texte numérisé non relu

LES ALPES SUISSES

ù les percer, le Temps, ijui a de plus longues pensées, a entrepris de

Ce.il la loi : lii nature ut l'humanité se démocratiser, les hauteurs s'affaissent, les vallées s'exhaussent, le niveau gagne ; c'est le travail des forces imperceptibles ne se reposent jamais, ici la goutte d'eau, là l'ouvrier et le paysan.

Donc, dépechons-nous d'aller visiter Ici Alpes [«ridant qu'elles exislent encore. Dans une centaine de milliers d'années, il sera peut-être trop lard.

(Mars IWlj

Sous venons de lire un volume inlilulé: Du Romantisme politique', par M. Louis Joly; nous connaissions ses livres sur le Principe des nationalités et sur tu Fiàèration. Il ne nous arrive pas toujours de partager ses idées ; mais il met a les défendre un talent réel, et puis, s'il conseille une politique étrangère qui ne nous para il pas pouvoir être celle de la France, un désintéresse ni rut des affaires extérieures qui nous semble peu désirable, il part du moins d'un bon sentiment : il vent que noire pays songe enfin à lui-même, à assurer chez lui les bonnes institutions qu'il eslimpatientde porter ailleurs. <■ Aussi bien, dit-il, un libéralisme belliqueux et vague uepeul plus nous convenir; les sentiments qui l'inspiraient onl cessé de nous animer, et nous n'aurions plus les mêmes excuses pour les mêmes passions. Nous n'avons pas vu les chariots de l'ennemi camper sur nos places, ni la berline de voyage qui ramenait la légitimité passer

' Gnrni«r CtUtes. rue des Sainls-Peres H Pûlois-Hoyul.

entre deux rangs do soldais humilies; nous ne connaissons que par l'histoire les douleurs de l'invasion. Mais nous avons vu d'autres malheurs, assisté à une aalrc défaite, contemplé d'autres vaincus ; et la réparation que nos itères demandaient à la victoire, nous l'attendons de la liberté. » On reconnaît la génération it laquelle l'auteur appartient ; on avouera aussi que celle génération mérite d'être écoulée. Comme elle a incontestablement le droit de vivre, ceux qui l'ont précédée n'ont pas le droit de lui imposer leurs passions, qu'elle n'a pu connaître. Du reste, qu'elle le sache bien, ces passions n'ont plus partout la mémo force. Ainsi on admire la haine intraitable de .M. de lioissy elilu général lliisson contre les Anglais, mais on se borne A l'admirer sans y entrer trop avant. Nous le déclarons pour notre com pie, nous n'avons jamais brûlé du désir de conquérir l'Angleterre, et si ces deux honorables sénateurs venaient à partir pour celle expédition, nous ne nouseupi^eons puint à les suivre.

Antre chose sont les passions, antre chose sont les idées; si les hommes cm portent avec eux leurs passions, ils n'emportent pas nécessairement leurs idées, qui peuvent avoir une vérité plus durable qu'eux. Nous craignons que M. Louis Jolj n'ait un peu trop confondu les unes avec les antres, et nous proposerons quelques correctifs à quelques-unes de ses assertions.

Il critique vivement le principe des nationalités, et il

principe ; que de lois l'histoire le dément ! Elle montre sans cesse ou une nation qui se divise eu plusieurs, ou

DU BOMANTISMK POLITIQUE Viï

plusieurs qui se réunissent en une ; le monde, lel qu'il est à celte heure, n'a pas été fait d'autre sorte : or plusieurs États ainsi formés sont visiblement en repos. Eh bien ! malgré cela, i! nous semble que le principe reste vrai ; seulement, entendons-nous, il ne suffit pas, pour être une nation, d'avoir son histoire à part, ou d'habiter entre îles frontières bien tracées : il faut quelque chose de plus, il faut une ami! qui ait conscience d'elle-même; partout où il y a une conscience il y a une nation. Il arrive quelquefois que cette conscience s'éteint, et on trouve dans le monde (el qu'il esi actuellement conslilué, des nations qui se sont complètement fondues dans celle où elles ont été incorporées, soit que leur nature fût moins résistante, soil que le peuple qui les a reçues eût un don spécial pour se les assimiler : mais il y aaussides nations sur lesquelles ni la violence, ni la douceur, ni tes années ne peuvent rien, et qui. absorbées par un puissant ennemi, ne sont, s'il est permis de le dire, ne sont jamais digérées, demeurent dans son sein toutes vivantes et frémissantes. Telle a été la I.ombardie; telles sont la Vénétie et la Pologne. La Lombard ie a été délivrée; plût à Dieu que la Vénétie le fût! Quant a la Pologne, on ne peut y penser sans un serrement de cœur.

Passant à un sujet voisin, M. f.ouis.loly se moquo spirituellement de ce qu'on appelle aujourd'hui • les aspirations nationales. » Ici encore nous sommes et nous ne sommes pas avec lui. Nous sommes avec lui pourvu qu'il distingue entre lus aspirations selon que leur objet est au dedans ou au dehors, entre un peuple qui, croyant être

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mal, cherche à être mieux, et un peuple qui convoite le bien d'autrui. Dans ce dernier sens, les aspiratioDï nationales ne sont i|ue les appetils nationaux, qui sont quelquefois très- grand s, et qui iraient loin s'il n'y araii quelque part une force extérieure qui les modère. Qui n'a pas de ces aspirations? La Ilussie aspire vers la Turquie et l'Inde, sans coupler le nord ; la Prusse el l'Auiriclie aspirent vers le Slesvvig-Holslcin ; le loup de h fable aspirait vers l'agneau. M. Louis Joly dit Ires-bien : « Noire époque pourra se vanter d'avoir singulièrement » accru la somme de ces mois vagues qui servent à » tromper et à entraîner les masses, en couvrant du » manteau du palriolisme les combinaisons d'une jwli- » liq ne peu scrupuleuse. ■

Dans un livre de discussion sur la politique extérieure on rencontre, cela va sans dire, une discussion sur le principe de non-intervention ; elle ne manque pas dans celui-ci, et même elle en est la partie la plus saillante. Nous ne nous en plaignons pas, car il y a encore un bon nombre de Français à qui il plairait que la France se vouât à la guerre de propagande et qu'elle ne rentrai pas chez, elle jusqu'à ce qu'elle n'eût plus rien à faire pour le bonheur du genre humain. Il est utile o"e leur rappeler de temps à autre que, dans leur vaste amour pour l'univers, ils n'oublient que leur pays. Au lendemain de la révolution de Juillet, leur liéire se réieilla, il falhir en arrêter le transport. M. Thiers leur disait à la Chambre des Dépulés, le 9 aoill 4833 : .

liment, il faut le supp<is.i>r mi.v autres jh-ij] .l.-s. I.)uan.i vous ire; leur porter la liberté, ils pourriuil vous remercier du présent, mais non pas lie Iq manière dont il sera l'oit, Je conçois que la liberté arrive dans tes juurujin, dans les lettres, que tous les peuples se nourrisson! île empli se pusse ù i'uris -, ni.iis lorsque ni mis irons bivouaquer dans leurs, ehaïups. ,m pied île leur.- villes, les eiranejors no béniront pas nos citons, ■

El M. lit; lléimisiii. f|tiehjucs jours après:

• On a dit c|uc le principe île notre gouvernement et le principe des pouvemeinenls absolus. slitjI en opposition, qu'il y avait uoe contradiction ludique cuire ces deuv principes. Ur, romme les deux principes s'excluent, cumine hi Indique est absolue, comme nous ne

le dernier gniivcnictiifut absolu succombe ru I\nrope. 'Humeurs ù l'eitrOine. franche.', Itien plus.il l.iul .41er plus lui» que le conlinciit européen : il finit aller 'le emitri- enlrée Jiis'|u'im\ enullns (ie

du principe, il ne faudra pas ullcr plus Ici» que les frontières

faudra p^as nous arvôlcr a l'AlIciiuf ne, » lu l'olugut', à la Kus pour réaliser la uionarcliie représentais c nnivenellc; il fau

Jk recommencer la Unie où Napoléon b Échoué. L'entrepriu serait bien grande, ouî, liicn (rcandn [mur cous .jui la conseil Lent, Je M

Voilà, dans ces discours, le vrai patriotisme, le pairiolisme intelligent; nous refusons seulement Je souscrire aux paroles du général Sébastian! quand il ilisail : i La propagande, nu nom de la liberté, n'est pas » moins odieuse que celle <j ni s'exerce dans l'intérêt du s despotisme. » Il y avait évidemment là un excès, car les deux propagandes ne sont pas égales : si la propagande pour le l)icn est mauvaise, la propagande pour le mal est mauvaise deux fois.

Aujourd'hui, pour revenir ;i notre temps, le principe de non-intervention parait être généralement reconnu ; mais la diplomatie, qui se contente d'avoir la religion des principes sans en avoir la superstition, la diplomatie a trouvé le moyen île n'élrc pas gênée par celuici. On n'intervient plus chez un peuple étranger pour le contraindre de choisir un gouvernement plutôt qu'un autre, it Dieu ne plaise I on intervient an nom de la paix générale, qui est le premier des biens, qui est menacée s'il existe quelque part un mauvais gouvernement, c'està-dire qui ne peut pas durer. Il ne reste plus qu'a déterminer ce que c'est qu'un mauvais gouvernement, ce qui est facile ; c'est celui qui est contraire à celai dont nous jouissons, et qui naturellement est éternel. Il es! bien entendu que les petits États sont les seuls à qui il

ne soit pas permis d'avoir un mauvais gouvernement ; les autres ont ia-dessus toute licence, et nous n'avons pas appris iju'od eût menacé la Russie d'aucune intervention, quoiqu'elle pratique quelque chose comme le communisme en grand. L'expédition française â Home comptera dans l'histoire des interventions, et il nous' semble qu'elle ne servira pas à les accréditer. Malgré le temps qu'elle aura duré, elle n'aura pas Tait précisément ce qu'elle voulait, et pcut-élreaura-t-elle fait aulre chose, il faut avouer ausi qu'elle présentait des conditions singulières : pendant que le gouvernement français prêchait nu Pa]« de couronner l'édifice, les soldais français devaient prêcher aux Romains l'amour du gouvernement clérical ; on se représente difficilement ce que de tels ministres ont dit opérer de conversions par des conversations de dix- huit années.

L'auteur du Romantisme politique est si ennemi des interventions, qu'il ne les admet que dans le cas de défense personnelle, lorsque le mal fait à un aulre peuple risque de nous atteindre. Il constate que le droit des gens est en ce moment réglé par la force ; il le regrette, et, en le regrettant, il croit que cela sera encore longtemps ainsi; mais, pour changer cet étal de choses, il compte uniquement sur la paix, qui lie les nations les unes aux autres par les intérêts qu'elle fait naître. Et nous aussi, nous croyons que. la paix aura celle action bienfaisante; mais nous n'avons pus la longue patience dont notre écrivain est pourvu. Vaut-il donc, d'ici à ce que l'œuvre de la paix soi! achevée, livrer le monde aux caprices des violents? La conscience se révolle à celle

idée : autant vaudrait dire que si dans une rue ou sur une grande route nous voyons un fort attaquer un faible, nous n'avons qu'à passer notre chemin, confiants dans l'avenir, qui créera des intérêts communs à ces . deux hommes et h's rapprochera si bien par le commerce, qu'ils perdraient h se voler ! Oc ne fait pas tous ces beaux raisonnements : on secourt le faible et on est content de soi. 11 en est dépeuple à peuple comme il en est d'homme a homme: il y a mie justice, et quand elle est violée, celui qui [icut s'opposer cl qui ne s'opposepas, fait mal. S'il allègue qu'il est seul, on lui demandera pourquoi il est seul, et ce que c'est que la politique, si elle n'est pas l'aride n'être pas seul à un moment donné. Un dit que les peuples doivent chercher leur intérêt, et on a raison ; il en est de même des individus, qui doivent aussi travaillera leur propre fortune; mais ni les uns ni les autres n'ont le droit de tout se permettre. Audessus de lïnlérét, il y a la justice et l'honneur. M. Louis Joly, en parlant des intérêts des peuples, ajoute aux intérêts matériels les intérêts moraux; qu'il y mette hardiment relie jnslice et cet honneur que nous venons de nommer : le premier défend de lout faire, ie second de laisser tout faire, et plus on est puissant, plus on est responsable: une grande nation esl diminuée quand on ose impunément de certaines choses devant elle.

M. Louis Joly est un polémiste d'avenir, qui a une dialectique et un style fort exercés, mais une raison trop dure. 11 sait se faire lire; toutefois, en le lisant, on sent au fond de soi-même quelque chose qui est froissé;

sans savoir bien quoi, on devine qu'on le trouverait, si on cherchait un peu, cl cela empêche qu'on no se livre à lui. Puis on est fâché de trouver celle raison trop il lire, dont nous parlions, chez un jeune écrivain, car il esl jeune, et qui soutien! ces idées évidemment parce que ce sont les siennes. Il commence |iaroù souvent on lin il; espérons qu'il Unira par où d'autres commencent. Qu'il se rassure pour le moment : le vent n'est pas au romantisme politique; il est au classique pur. Aujourd'hui, quand une nation loyale el vaillante, niais faible, est viclime, les autres, à l'imitation du chieur antique, assistent à l'action eu gémissant; encore leurs géinissementsdoivent-ils être discrets pour ne pus être importuns; don Quichotte esl bien mort, et la sagesse de Sanclio fleurit.

(Août 1SCS.Ï

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