‹ Morale et politiqueChapitre 58 sur 113 · UN MAL · texte numérisé non relu

UN MAL

celle qui connut! lu plus le printemps ; el le est aussi l indisposée à le p-ort ier, pur mie certaine délicatesse que donne la culture, par le contraste entre ce nue l'on quille el ce que l'on prend ; au sortir de U vie artificielle cl excitée des suions, lu simple nature el ht verdure naissante oui nn moment de douceur inexprimable, qui sérail le plein bonheur, s'il pouvait durer, si le etcur humain était capable de repos, si, après avoir éprouve l'enthousiasme des plus beaux lieux, il no rêvait vite «t'y placer ses sentiments et ses passions. Enfin, pour être juste, n'oublions pas, parmi les visi leurs du printemps,

excellent exercice pour dégourdir l'esprit el lu main : quand ou aura plus lard quelque chose à dire, elles donneront une facilité merveilleuse pour l'exprimer : viennent les idées, on n la parole : mais il faut convenir aussi que ta parole vient quelquefois avant les idées. J'ai souvent, dans ma tendre enfance, chanté la nier, les montagnes cl le rossignol en vers latins ; j'en ai bien eu houle lorsque plus lard j'ai v u les montagnes el la mer. et je me souviens de mon profond étonnement lorsque, un jour, entendant un oiseau qui jeluit un long appel, suivi de roulades capricieuses, je demandai quel oiseau c'était el qu'on m'apprit que c'était un rossignol. J';ii continué depuis ù faire de semblables dérouvertes, Clà chaque découverte de ce genre, me dépouillanl de quelque convention, j'ai Uni par ne plus estimer d'autre

EN MAI aoi> style que celui qui est lu vraie impression des choses .sur un esprit sincère.

Arcactaon ilonc, en ce moment, sauf quelques familles qui y ont cherché un plus ioux hiver, n'est guère peuplé que de propriétaires. Ne nous y trompons pas, s'il y a de belles propriétés, il y a quelque chose de plus beau que les pins belles propriétés, c'est le propriétaire, j'entends le petit propriétaire, celui qui a tout son empire sous ses yeux ; ou le reconnaît au sécateur, qui est sou sceptre, à son pas assuré, qui semble enfoncer dans te

quelques brins d'herbes • mon bois; » dans ses moments de modestie, il dit : « mon petit bois. » Ne nous moquons pas de lui et portons-lui envie : on n'esl conlent de rien dans ce momie qu'à condition de croire que ce l ien est tout.

Les trois jeunes hommes de La Fontaine ont grand tort de reprocher au vieillard déplanterai! lieu de bâtir. Bâtir n'est pas à l'usage de tout le monde : il y faut de l'argent, il en faut maintenant beaucoup ; ;iu contraire, on est toujours assez riche pour planter; et puis si l'on a fait des fautes en bâtissant, elles restent ; en jardinage, les « écoles » sont aisément réparées, on en est quitte pour placer mieux ce qu'un a mal placé, pour ressemer ce qui n'est pas venu, pour changer ses plans à volonté, et à peine en a-l-on imaginé un qu'on le réalise. Ainsi font les enfants avec le sable, auquel ils donnent toutes les formes et dont ils ne se fatiguent jamais, parce qu'il obéit à toutes leurs fantaisies.

Il n'y a ici que de petits jardins, et c'est le mieux. Si

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le jardin csl (rnp i;niml, il devient une administration, vous vous occupez moins ilu jardin que du jardinier; c'est le contraire quand il csl de médiocre étendue. Qui le possède a de irais plaisirs, il connaît chaque plante par son nom et sou histoire; il sait quand elle a clé mise on terre, quand elle a donné ses premières fleurs : celle-ci était de Lionne venue, elle a pris tout de suite et va hien ; celle-là a d'abord souffert et ne s'est acclimatée que peu à peu; on l'a enfin sauvée, et la voilà partie maintenant. El puis leur histoire est une pari de voire hislolre : combien de souvenirs qui s'y rapportent ont une place dans votre propre vie! Quel est celui qui a planté eel arbre ou cet arbuste ? Où est-il ? El l'afTection qui vous unissait, où est-elle? a-l-cllc profilé avec les années, ou un mauvais vent l'a-l-i! déracinée ou spoliée sur pied ? I.e cirur humain a tanl besoin île bonheur qu'il est lailile cl superstitieux : il attache Siim raison à îles objets rirai!.!! ers sis espérances cl ses craintes, à la santé d'une plante la durée du sentiment de l'ami qui l'a plantée, comme s'il y avait laissé quelque chose de soo âme.

Le grand mérite (l'un jardin est qu'il y a toujours quelque chose à faire : il ne vous laisse pas un instant de repos ; la nature sauvage esl là foute prèle qui vous guelfe ; si vous vous endormez, elle avance, détruit votre travail et met le sien h la place, des fougères et des ronces, quand encore elle met quelque chose et ne laisse pas le sol nu. Il faut donc lutter sans cesse contre elle, il faut aussi lutter contre les animaux malfaisants, el on ne s'imagine pas combien ils'cxciledo colères, combien

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il naît de daines implacables dans l'âme d'un propriétaire. Voici les fourmis innombrables, *|iie vous brûlez, que vous écrasez, et qui semblent renaître et appeler à leur aide toutes les fourmis de la création ; voici l'escargot, avec ses veux eu télescope, qui s'étale après ics pluies et ronge les feuilles et les Heurs ; voici les myriades de pucerons, qu'il s'agit d'enfumer, et, par-dessus (oui, le terrible ver blanc, l'ennemi invisible, qui s'enfonce sous terre, dévorant la racine des plantes, qui tout ù l'heure étaient pleines de vieel qu'on voit lotit à coup languir et mourir.

Mais a côté des haines il ; a les amours, la complaisance particulière pour tout ce qui vient chez nous, le contentement d'agir cl la bonne joie de créer quelque chose, sans négliger le plaisir d'humilier un peu ses voisins. C'est aussi, pour prendre un des côtés les plus sérieux, une douce école du sagesse pour la politique

juste ce qu'il nous est interdit d'espérer, et il va des accidents, qui semblent hâter singulièrement les choses; celui qui sème et qui plante ne petit compter sur rien de tel. toutes! écrit d'avance : le germe mis en terre lèvera ù telle saison : l'arbre planté fera sa crue chaque année et s'arrêtera quand il aura la taille de son espèce. Sous pouvons faire ici ce que nous voulons; la nature aussi fait ce qu'elle veut: nous pouvons transplanter des arbres tout grands, ils resteront au môme âge. Quand on travaille de moitié avec la nature, on apprend la patience et la résignation, vertus peu plaisantes, mais très-profllables, qui nous épargnent bien des maux: au contraire,

lu politique nous apprend l'impatience et la révolte. Ah î pourquoi ne comprenons-nous pas que là aussi il v a des lois contre lesquelles nous sommes impuissants, qu'il faut compter avec le sol, avec les saisons, avec le temps t Pourquoi ne comprenons-nous pas que là aussi il n'est pas bon de planter les arbres tout grands, el, si pclite que soit une graine, pourquoi n'avons-nous pus ru nuance en la force mystérieuse qui la fera germer? Vraiment, il y a des jours où il me semble que notre pais commence à entendre ccia. Mais ou me laissé-je entrai lier? Ne sufllrail-il pas de dire, après Voltaire, que le mieux en ce monde est de cultiver son jardin 1

[Mai 1866.)

Noua ignorons, comme totil lu inonde, ce qui arrivent de la guerre actuelle, jusqu'où elle doit s'étendre et combien de temps elle doit durer ; nous sommes réduits ù faire des vœux, que nous faisons irés-ardcnts. pour [oui ce qui pourra la restreindre et l'éteindre; mais il nous semble qu'elle a présenté, ii ses commencements, des symptûmes qu'il est bon de constater. Il se produit en effet chez plusieurs peuples, et des plus grands, une opinion qui résiste à la guéri e ; des idées qui les auraient mis autrefois bors d'eux-mêmes les touebent encore, mais n'ont plus assez de force pour les transporter. Nous ne disons pas que, s'ils sont lancés dans l'action, ils resteront ce qu'ils étaient d'abord: si ce n'est pas la passion qui soufile la guerre, il se peut <|ue ce soit la guerre qui souille la passion ; nous disons seulement que la résistance aura existé, ne fût-ce qu'un moment, qu'elle a une cause et que cette cause est quelque chose de nouveau et de considérable qui est bien digne d'examen.

Il faut que la religion et la philosophie l'avouent, ce

ne sonl pas elle.'! qui accomplissent surtout ce progrés.

ilt; la pais el In haine de la giiorre, mais on les écoutait peu ; pendant qu'élira prêchaient, la physique travaillait, l'industrie naissait, la vapeur supprimai! les distances et versait les populations les nues cite/, les autres, les montrant les unes ani antres, formant les relations personnelles, contre lesquelles les animosilés sauvages ne tiennent point : l'électricité creaitsur toute la surface du globe col immense entrecroisement de paroles qui volent ; ainsi le commerce, le crédit privé, le crédit pu- Mie, ont tellement fondu les intérêts, qu'aucun jwuple ne peut plus profiter ou souffrir tout seul, et que son [n'en el son inul sont sentis partout : le monde, autrefois composé de parties étrangères, est devenu un corps organisé comme le corps humain, qui est un. Quoi d'étonnant qu'il se trouble quand il voit la guerre qui vient, le mouvement général qui se paralyse et la circulation qui s'arrête? La guerre, c'est lu grève; or, une soc.iétélaborieuse, comme est la nôtre, ne peut se mettre en grève sans un dommage universel. C'est une vérité qui, certaine avanl d'être connue, connue d'abord par quelques hommes seulement, parait enfin pénétrer dans tous les esprits ; c'est elle qui produit en ce moment la résis-

Et ii mesure que celle vérité se répandra, la résistance augmentera. Ainsi les politiques solitaires, qui n'avaient qu'un signe à faire pour mettre l'univers en feu, ces politiques auront à compter désormais avec une puissance nouvelle; ils voudront prendre leur vol, ils senti-

ront un poids qui les retorde, le poids d'une nation it soulever. C'est sans doute quelque cliose de rassurant pour l'avenir de penser que les fantaisies individuelles, les caprices des puissants ne pourront plus aillant se permettre; que l'ambition, l'orgueil, l'humeur d'un personnage n'auront plus la liberté, dont ils ont abusé, pour le tourment du genre humain, i, 'opinion universelle, qui se forme sous nos jeux, fera, ce nous semble, dans !a sociélé des mitions ce que fait le suffrage universel dans une nation particulière: elle supprimera ies petites questions au prolitrfes grandes, qui intéressent ia vie ; de telles masses ne sentent pas les vents légers et ne s'agitent que sous d'énormes pressions.

Jusqu'à nouvel ordre, jusqu'il ce que les peuples aient nommé le fameux tribunal qui doit juger tous leursdébats, il faudra bien se contenter de ce que pourra l'opinion. Qu'il nous suflise de savoir qu'elle est contre les criantes injustices, un peu parce qu'elles sont injustes, beaucoup parce qu'elles memierijl sans cesse !e repos public, et qu'une violence cou Ire quelqu'un qui ne l'accepte pas est un danger permanent pour tous. Cette opinion, en apparence sî faible, armant les uns, désarmant les autres, (liant la confiance à ceux même à qui le mal prollle, a déjà depuis quelque temps bien travaillé : elle a arraché la Grèce à la Turquie, la Belgique à la Hollande, la race noire à ta race blanche, l'Italie à l'Autriche ; elle arrachera certainement la Pologne à ses maîtres.

Rendons à chacun ee qui lui est du, et après avoir attribué une large pari aux intérêts dans le progrès qui

s'accomplit, reconnaissons ce qui revient à la raison générale. Cette raison se défait peu ii peu de bien îles préjuges. Même dans les classes de la société où les passions naiioimles raisonnent le moins, nous commençons a admettre qu'un Anglais, un Autrichien, un Prussien, un Russe, peut être on homme, que, s'il n'est pas Français, c'est un malheur, mais non pas un crime, et un crime pour lequel il soit nécessaire de le tuer; les autres, de leur coté, commencent à se former la même idée de nous, et ainsi, il s'établit, de peuple à peuple, une tolérance qui révolte les grands palrioles, niais ijui est bien précieuse au genre humain. Donc chaque nation petit continuer de croire qu'elle est la première nation da monde et qu'auprès d'elle les autres sont bien peu de chose; mais elle ne peut plus exiger que les autres soienl de son avis, sous peine de mort. Et à mesure que nous voyons mieux l'homme dans l'homme, la sympathie naturelle que ses misères éveillent en nous se fait jour. Certainement, chacun-dc nous a ses amitiés, a ses haines; avant le combat nous faisons des vœux pour un peuple contre un autre ; mais quand le combat est lini et que les bulletins nous apportent des nombres de dix, de quinze, de vingt mille morts, nous ne considérons plus qui ils sont, nous ne songeons pas à nous réjouir de ec qu'il en est tombé plus de ceux-ci que de ceux-là: nous ne voyons qu'une seule chose, l'horreur de ces massacres ; nous ne sentons qu'une profonde pitié pour tant de maux ; nous nous représentons les blessures, les douleurs, la lièvre, la soir, l'abandon, les regrets de la vie, l'amertume de mourir loin des siens, et, par contre-

coup, dans les villes et les villages, les inquiétudes, les chagrins, les désespoirs. Ce sont tomes ces pensées, ce sont tons ces sentiments qui forment, à l'heure qu'il est. une immense conspiration de gens ([ni ne se connaissent pas, qui ne se voient pas, qui ne se parlent pas, le grand, le véritable Congrès du la paix.

Si quelqu'un doute que la raison générale s'éclaire et que les mœurs générales s'adoucissent, qu'il considère comment elles ont changé en peu d'années. En veut-il des exemples frappants? qu'il examine où en est la doctrine de l'assassinat politique et la doctrine du droit absolu du vainqueur sur le vaincu. Aujourd'hui, grâce à Dieu, l'assassinai politique est discrédité : il parait ce qu'il est, atroce, redoutable et inutile : il contraste avec la douceur croissante des mœurs; puis quelque réflexion, qui pénètre une peu partout, fait comprendre que si chacun tue ceux qui le gênent, on rentre dans l'état sauvage; enfin l'expérience enseigne que si on souffre de la présence d'un homme, le mal est plus profond, qu'il est dans les entrailles mêmes de la société qui porte cet homme ; que Marat, par exemple, n'était pas à lui seul toute la Terreur, puisque après sa mort elle a continué plus terrible. Voilà comment on juge maintenant cet acle ; mais on ne l'a pas toujours si sévèrement jugé, mais il n'y a pas longtemps que le jugement des esprits sages a dompté les esprits exaltés. De même poulie droit de la guerre. Il a irrémédiablement perdu sa rigueur: il s'y est glissé de la pitié pour les vaincus, soit que l'humanité entre insensiblement dans les cœurs, soil qu'en songeant à l'instabilité de la fortune, on pré-

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vole qu'on pourra être vaincu un jour, soit que ces deux causes, comme il est probable, agissent ensemble et se fortifient l'une el l'autre.

Si la raison publique fait de tels progrès, pourquoi n'en feraii-ellc pas encore un, et ne rejellerail-elle pas la guerre? Déjà elle ne croit pas tout ce qu'on lui dil dans les proclamations solennelles qui précèdent les hostilités; elle sourit quand elle voit dos politiques, qui savent parfaitement qu'ils veulent garder ou avoir le bien d'autrui, altesler la Providence, soutien de l'innocence opprimée, el lui demander la victoire ; elle sourit aussi, quand elle voit la même Providence pressée de la même façon par les partis opposés, et, après la bataille Unie, le Te Iteum chanté dans les deux camps. Aussi bien, il n'y a que cela qui égaie un peu la guerre ; on se prend à craindre que, considérant un jour le scepticisme des esprits, le peu d'effet que produit l'usage du merveilleux dans leurs pièces, les politiques ne viennent à j renoncer, et que ces évocations de |la Providence ne disparaissent de la tragédie comme les songes des tragédies classiques ont disparu.

Concluons, si vous voulez bien. Au moment ou tant de nations sont sur pied, acharnées les unes contre les autres, el où chaque jour nous apporte la nouvelle de quelque engagement meurlricr, il semble qu'on devrait croire que les hommes sont dégoûtés de la paix et qu'ils ont repris leurs anciennes fureurs; nous le dirons pourtant, dût cette assertion paraître paradoxale ou ridicule : la guerre s'en va. Nous ne prétendons pas que le prestige de la force est usé, son rôle fini, nous ne la calomnie-

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rons même pas, nous ne l'accuserons pas de ne faire jamais que le mal ; nous prétendons seulement que le travail et l'humanité prennent dans nos sociétés modernes une place plus grande qu'autrefois, et qu'elles réclament la paix ; nous ne croyons pas que le inonde va désormais rester en repos, nous croyons qu'il cherche un nouvel équilibre, qu'il le cherche où il est, et qu'il le trouvera.

(Juillet leea.)

Décidément les anniversaires n'ont pas de bonheur chez nous depuis qTiHi|in> temps. Il y a deux ans, ii l'uris, ou allait (filer entre gens de lellres l'anniversaire de la naissance de Shakspeare. quand est survenue une défense de l'administration: ces jours derniers, à Nancy, pareille mésavenliin: L'sl arrivée, il s'agissait de téter la réunion de la Lorraine à notre pajs ; réunion dont L'hîstoîre a été raconléc par M. le comte d'HaUsson ville, '« un » des iils de la vieille Lorraine et un des meilleurs ci- » loyens de la France moderne, « comme dit M. Saint- Marc Girordm. A cette occasion on avait offert à l'Académie de Nancy les bustes de plusieurs hommes illustres nés en Lorraine : le duc de Clioiseul, le général Drouot, le comte de Serre, et ceux de Fontanelle et de Montesquieu, qui furent correspondants de celle Académie. L'Académie française, a laquelle Fontenclle et Montesquieu ont aussi appartenu, fut invitée à la fétc : elle délégua M. Saint-Marc Girard in, alors directeur, cl M. le prince de liroglie, alors chancelier: M. Suint-Marc

rardin devait parler au nom do l'Académie française. Trois jours avant la séance, M. le Préfet Poitevin exprima le désir que celle séance fûl ajournée. Par malheur, il est difficile d'ajourner des anniversaires: puis celui-ci ne revient que tous les cent ans, et c'était le premier; aucun des assistants ne pouvait raisonnablement se flatter qu'il se rattraperait sur le deuxième: bref, après bien des incertitudes, on renonça à-la fête projetée ; elle manqua aux plaisirs du f i juillet, aussi, ce jour-là, personne ne doula que la Lorraine fût réunie il la France.

Nous ne voulons pas médire des feux d'artiticc et des harangues officielles. Pour ne parler que des feux d'arlilice, sans doute ils ont quelque monotonie : ils se répèlent un peu, et les mûmes pièces reviennent avec les mêmes effets; on s'attend trop à l'embrasement linal du temple de la gloire cl aux lettres de feu où les révolutions ne changent que l'alphabet; pou i-taiil nous son- Ions qu'une réjouissance nationale serait incomplète sans cela; nous y sommes habitués comme nous sommes habitués aux ifs de notre enfance, qui étalent leur enthousiasme immuable à la porte des édifices publics, quel qu'en soit le locataire. Donc gardons les feux d'arliiice, les ifs et les harangues officielles ; mais pourquoi vouloir absolument amuser les Français et ne pas leur permettre de s'amuser eux-mêmes, pourvu qu'ils le Tassent innocemment?

Nous sommes convaincu que la féle de famille préparée par l'Académie de Nancy avait ce caractère. Ni M. de Jtargerie, un des plus honorables fonctionnaires de 1T-

278 lit) AlSNrVflBSilBB A NAMCT

nivorsilé et qui a «Vauriennes racines dans le pays, ni M, Saint-Marc Girard in, ce me semble, ne méditaient un prottuiiciamicnlo ; on ne fait pas généralement des émeutes académiques en France, comme on fait des émeutes militaires en Espagne; personne n'aurait poussé le fameux <t Suivez-moi ! > de Guillaume Tell. Mêlions les choses au pis, supposons que M. Saint-Marc Girardin, lenlepar le malin esprit qui a jadis (enté Voltaire dans ces environs, eût Tait une épigramme, (runcliemcnl on aurait eu bonne grâce à accepter celi de quelqu'un dont M. Sainte-Beuve a dit si justement que « sa raillerie môme est agréable ; • on pouvait supporter celte libel lé, qui est bien une liberté française et qui a quelquefois consolé des autres.

Nous avons sous les veux le discours de M. Saint-Marc liirardin : il est clinrmanl; il l'eût été encore plus s'il eût élé prononcé ; il y a des choses qui ont besoin d'être mises en situation, qui n'ont toute leur valeur que si on se représente le visage et les mouvements du public qui les entend; ceci, par exemple :

■ L'influence cl le pouvoir des lellros rtaù>ut une de tes grandes espérances du temps. Qui' ne ■l-.'voh'iit -vlk-s pninl iuirol quelle félicité ne devaient-elles pns procurer ù l'humanité ! Écnutei un ïnsloiit quel. ijiK'B passages du [lismurs que vmia adressai! vnlrc fowlateur en 17âl. il examinait tous les genres dp sucu'l/- qui exi>iiTii dons le inonde et il on indiquai! les inconvénients. Lu soeiéLé p,dili<pie 1 Elle développe la dtranlU des caractères et la contrariété des inlérels. — La société militaire? Mois un corps d'nrméa no se. rond utfla que pur sa propre destruction et ne devient célèbre qu'uni dépens do l'uiimonilé — La sociél4 religieuse? Est-elle toujours d'ateord avec l'InUrtl de 1 Élotï — La société de conunerç*7 Eit-ello toujours conforme à le-

i;n asmvkhsairb a nanit 27D

■AM: iLVilM' iitiHii] -.' Los Universités u <'its<!i^iicnt pas

ciélés, quelle est l'espèce de société '[ni pnurritil suppléer oui défonts de lotîtes les autres, leur servir rlc modèle, leur donner le Ion. devenir eomeraineiuenl ulilr: aux hommes, rendre un Étot florissant, procurer En ft'oi™, perpétuer ami bonheur et ramener clans l'univers l'harmonie, et la poil? Ce sérail celle, à mon avis, qui réunirai! 1rs arts, les sciences et los vertus. (lÏHM Ai Piifotephe hie» faisant. ml. IV, p. 30.)

■ Vntre modestie, messieurs, continue M Suinl-Miirr. (iirardin. vous pmpeelie peut-être île von- rcronu.iitrt' . eelte société supérieure ù toutes les antres, ce sont 1rs Académies, {l'est surtout l'Académie Stanislas, devant luipielle le pliilnsnplie bienfaisant faisait lire ce disrcinrs. et l'Académie, u-.nl le- Mémoire* du temps, l'applaudissait beoueoup, quoique le r.n eût garde l'anonyme, rrniime lo (Tardent los

■ Ynulei-vous «jiL .i 11 lieu il" être 1111 port mit. ce lubleuu ne soit qu'un idéal ? Oui, c'était ]:i i> c,uc l'esprit ilu ii'mp ; m tendait plus en moins cios Académies; il se jurait qu'elles devinent un peu avoir part au

gouvernement de lu société, et i triliucr nu bonheur île l'État. Nous

avons tous beaucoup rabattu du programme du bon roi. Nous pratiquons de notre mieux les arts, les scier s et les lettres. Quant aux

entons do la liberté. ■

Il y a une poétique, amie de l'ordre, qui, redoutant

les impressions trop vives pour le spectateur, quand une chose menace de produire cet effet, la met en récit, an lien de la mettre en scène. Iloileuu l'a dil, après II»race:

C'est naliiR'lli'iiH'til lu | uji -4. i 1 1 « n ■ des préfets cl celle de M. le préfet de la Meurtbc. Il aura pensé que la seine de l'Académie serait un spectacle trop violent pour ses administrés, et il a eu l'attention de la reculer de leurs veux. Voilà pourquoi nous sommes ici refaisant le récit rie Tliéramenc, sans le - monstre furieux > et les « roplis tortueux, » que nous n'avons pas, en conscience, retrouvés dans l'Académie de Nancy.

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