‹ Morale et politiqueChapitre 59 sur 113 · LES FRANÇAIS DE LA DÉCADENCE · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS DE LA DÉCADENCE

M. Henri Rochefort public Us Français de la décadence qui sonl, il nous semble, son premier ouvrage ; il est dédié malicieusement à la commission du colportage ij ni, « en refusant si souvent l'estampille à mes » articles, a fait plus nue moi pour leur succès. » On voit que le jeune écrivain n'est pas un cœur ingrat. On peu! continuer à faire connaissance avec lui, en lisant son livre. Il déleste les caiiliitrs. ce qui indique qu'il n'aime pas la poésie officielle, cl qu'il pourrait bien aimer l'autre : il se moque des drames à fui les émotions, où le bourreau et les coups de canon jouent un si grand rôle, et de cette passion du public pour la nouveauté, qui fait que lés auteurs reuchérissi'iit sans lin sur les inventions précédentes. Pour prouver que ce n'est pas par indigence d'idées qu'il s'abstient de prendre part ii ce concours, il nous donne le canevas d'une pièce de son crû qui renferme des situations tout ;ï fait neuves; il u quelque souci de la dignité des gens de lettres, et parait un jwu jaloux quand il compare les succès littéraires aux succès de tel cheval de course ou de tel mulet « iuuuontable ; >

1 Lr> y.-nur,in île lu itoWrarf, |ur M. IL'iui Hodiciort. — Lu ÎH-18. Librairie .cul rulw, 21, LmiU-varil tics Ilalioiir-.

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du reste, il est moileste : il ne se croit aucune mission providentielle ; il ne pense |>as que le soleil se lève exprès pour lui ; dans un temps on chaque homme en renom est convaincu qu'il a * son peuple, n il n'affiche pas relie prétention ; si cela arrivait, il en serait mime embarrasse, car, dit-il, il ne suffit pas « d'avoir un » peuple, encore faut-il lui donner quelques petites » satisfactions de temps en temps ; « il ne parait pas jaloux d'êlre chargé du honneur de tant de personnes; i! est doux de caractère : il assure que s'il faisait partie du jury, il acquitterait lotit le monde, même les avocats; il n'esl pas fanatique : • J'ai, dit-il, beaucoup à travailler, > et je ne pourrais ^icreélrefiiiialiqueque de dix heures » à midi.ee qui esl insuffisant, un vrai fanatique devant » l'être depuis le nui lin jusqu'au soir; » en revanche, il ne croit pas tout ce qu'on lui dit : il ne veut pas s'abonner au Journal de l'Immaculée Conception, malgré la prime d'un mois d'indulgences plénièrcs; il a tellement peur d'éire trompé, qu'il se tient en garde contre les Mémoires posthumes ; il y voit, dans la plupart des cas, un arlifiee de la vanité d'un homme qui, plus ou moins médiocre pendant sa vie, lient le public en haleine par les révélations qu'il promet : « Le jour où le • manuscrit est mis en vente, le lecteur s'aperçoit qu'il » est volé ; mais le défunt a toujours eu quinze ans de » bon; s i! ne se rail pas fort de prouver que tous les usages admis sont parfaitement raisonnables : il n'enverrait pns les compositeurs qui ont obtenu le premier prix étudier la musique à Rome ; il n'a pas mémo deviné pourquoi il est défendu aux avocats de plaider en raous-

M. BBS RI nociiEFOM 2H3 lâches ; cnlin, cq qui semble révéler chez lui un vrai philosophe qui n'a pus conscience de lui-même, c'est qu'il prétend ne pas tout savoir : « il serait inutile, dil-

• il, de venir me réveiller h. six heures du matin ponr » me demander les motifs de cet état de choses, iitlondu » que des aujourd'hui je déclare que je les ignore. » Plus d'un homme grave, qui ne l'avouera pas, approuvera cette profession de foi et sourira en lisant ceci : i Nous « avons. Ions l'habitude de traiter ces questions comme i les médecins traitent les maladies, avec des formules

• toutes faites. Si on se donnait la mission de changer > tontes les étiquetiez erronées qui sont depuis des » années collées sur nos usages comme sur des bocaux » de pharmacie, on ne tardera il pas ii se faire la réputa- . lion d'un bomme qui sape les sociétés par leurs bases.»

Veut-on un exemple de ces étiquettes conservées religieusement? Il y a un dialogue infaillible entra ceux qui olfrenl une liante place et relui qui l'accepte; ceux qui l'offrant ne manquent pas de dire qu'ils savent combien c'est un lourd fardeau, mais ils invoquent h: dér voueincnt de la personne; relui qui accepte ne manque pas non plus de reconnaître combien le fardeau est lourd, mnis il promet le dévouement qu'on lui demande ; quoique ce dialogue soit liés-ancien, il ne parait pas vieillir, car à chaque fois il se renouvelle, el des deux côtés, depuis l'origine, on garde le même sérieux. 1-e gros du public est touché ; mais le chroniqueur, qui est essentiellement un homme qui réfléchit, fait ici ses jieliles réflexions. Notre chroniqueur, |iar exemple, quoiqu'il soitjeune, ayant entendu assez souvent les discours

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dont nous venons de parler el les retrouvant encore à l'avènement d'un des plus nouveau* souverains de l'Europe, traduit i sa manière le langage de l'oraleurqui vient, au nom de la nation, supplier qu'on la gouverne :

■ Voici uuc jolie couronne eu or. enrichie de diamants, avec donie un millions ilo lis-te civile, iïusuite lout le monde ici sera trop

heureux de vous oboir au plus Idger signe, et si vous avei un chut.

Majeslo sa portc-l-clli- ■.' Sou; u'ijiHunm» pus lout ce qu'il y ode pcuiiilc ii loucher ijuirac millions pur an. à porter une couronne enrichie de diamants et à (Ira entouré d'hotarjuget de toules sortes ; uiuis

On dit souvent qu'il n'y a plus de conversation en France, comme autrefois. C'est vrai, si on entend la conversation rangée, les fauteuils en cercle, une question proposée, et quelques personnes, comme qui dirait des premiers sujets, qui se renvoient la réplique, bref, une imitation de la tragédie classique; oui. cela est bien mort; mais comment croire que la libre conversation soit morte? Sous ne serions donc plus la nation qui, curieuse de toute nouveauté, l'oreille et les yeux toujours ouverts, n'aime à rien voir et rien entendre qu'à la condition d'en pouvoir parler? Rien n'occupe un moment l'attention, qu'il ne naisse un mol juste, un mot piquant qui, aussitôt né, vole et fait le tour de la France ; d'où donc vient-il ? N'ya-t-il donc plus qu'un Français qui ail de l'esprit pour lous les autres, el s'enferme-t-il pour

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