‹ Morale et politiqueChapitre 65 sur 113 · L'INTERVENTION EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

L'INTERVENTION EN ESPAGNE

auteur espagnol, il se ceignît les reins n afin de mainn tenir avec l'épée de suint Paul ce que les clés de saint » Pierre n'avaient pu garder ; • il lança les guérillas de la foi, a la tête desquelles étaient les moines et les curés ; le premier signal tut donné par le curé Merino. Des événements extérieurs eurent leur contre-coup en Espagne et animèrent encore les esprits. Ce fui le succès de la contre-révolution en Italie, la cliute de Kaples et du Piémont, et, en France, le ministère Villéle remplaçant ce ministère Richelieu, dont la politique extérieure, toute de modération, avait été condamnée par la Chambre ; les soulèvements espagnols sur la frontière paraissaient de plus en plus appuyés par les autorités françaises.

La nouvelle Chambre de 1822 appartenait aux exaltés : elle le montra en choisissant pour président Riegû ; dès que la session fut close, le parti alisoiutisle essaya de prendre sa revanche: il y eut un soulèvement parmi les gardes du corps eu faveur du rot pur, et des représailles populaires contre les gardes du corps. Le roi ordonna au Conseil d'État d'examiner si en ce moment, où sa vie était en danger, le pacte social du mois de mars n'Était pas dissous, el. s'il n'était pas rentré dans ses droits tels qu'il* avaient existé avant cette époque. Le Conseil d'Étal, s'appuyant sur son serment à la Constitution, rappela à Ferdinand que si le pacte se rompait, ce n'était pas à la nation que serait la faute. Le roi le fit convoquer au château, avec les ministres et les commandants militaires, pour renouveler sa question. Les ministres se refusèrent ii entrer dans celle discussion, el le roi se résolut dès lors h un coup d'fitat. Par mal-

l'ntkrvention e:< espag.ne 29Ï heur pour lui, les gariics il» corps furent repousses, cl alors, changeant d'attitude, il s'humilia (levant les ministres qu'il avait fait retenir cl insulter dans son palais, joua une scène de réconci lin lion avec Iliego, sévit contre ses amis battus, et écrivit à Louis X VIII une lettre autographe où il implorait sa protection cl protestait du désir qu'il avait de donner à l'Espagne des institutions représentatives.

On s'était trompé sur les desseins de M. de Villèlc : il ne désirait pas que la France intervînt en Espagne; malgré cela, ou marchait en ce sens ; les ultra-royalistes de la Chambre et des salons, qui ont chez non s une grande influence, poussaient it celle intervention. Un des plus ardcnls pour celte démarche étail Mathieu île Montmorency, que Louis XVIII ne plaça pas sans scrupule ni au ministère ni au Congrès de Vérone. C elait, dit M. Gervinus, . un peliL esprit, plein d'enlètemenl silencieux. ■ Il provoqua lu Vjle-ciivulaire du 11 décembre, qui annonçait à l'Espagne la répression prochaine. Il avait justifié les craintes du roi ; rappelé à Paris, il dut offrir sa démission, et Tut remplacé par Chateaubriand. La situation était faite ; Chateaubriand y entra- volontiers : il pensa que la position de la France se relèverait singulièrement en Europe, si ou y revoyait ses années, qu'elle serait plus en vue si elle était seule, ei que ce serait en mémo temps un coup île fortune pour la Restauration, de montrer qu'elle était assez maîtresse de ses soldais, pour les faire servir à une conlrerévolulion. C'était calculer iusie, à ronciilion île ne pus

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se préoccuper des intérêts de l'Espagne, ù laquelle on semblait se dévouer.

La Note-circuluire du Congres, tombant en Espagne, avait produit l'effet auquel on pouvait s'attendre; les réponses furent très-dures, et lorsque les ambassadeurs demandèrent leurs passeports, on y joignit les lettres d'envoi les plus blessanles. Les ressources ilonl ou disposait pour soutenir ce langage étaient médiocres ; il aurait fallu un soulèvement national dont les éléments n'existaient pas. On résolut de livrer Madrid et de transporter le gouvernement à Séville ; quatre corps d'armée furent confiés - à Abisbal, Morillo, Bailesteros et Mina. La Fronce expédia des troupes sous le commandement du dm: d'Angouléme. A peine parti, on s'aperçut de la négligence de l'administration pour les transports cl les approvisionnements, et il y eut un moment de terreur panique ; il ce moment parut un habile homme, Ouvrard, qui jiromit de fournir toutes les provisions nécessaires, et le duc conclut un marché avec lui. L'argent dont Ouvrard avait les mains pleines fit accourir partout les marchands espagnols au-devant de oos soldats, et créa une abondance inouïe. Le moyen d'action employé avait si bien réussi pour les approvisionnements, qu'où "résolut de l'appliquer ailleurs, de prodiguer l'or et de ménager la poudre, selon le conseil de l'abbé l.iauiard ; on lenla d'abord Abisbal, qui céda, et la route vers Madrid fut ouverte. Ou s'y reposa quelques jours, le temps de voir la populace briser les tables de la Constitution, et on poussa vers Séville. Le roi fuyait malgré lui devant l'armée de qui il attendait sa délivrance. Il avait pic-

(evlô la goutte pour ne pas se rendre à Sévillc, mais les Corlès l'avaient obligé de partir, sur un ccrlillcatdrs médecins. U nouvelle des événements de Madrid avait précède les Français à Sévillo et découragé les constitutionnels ; on résolut de transporter le gouvernement plus loin encore, à Cadix ; à ce moment la résistance de Moriilo et de Ballesteros tomba, commccellc d'Abisbnl. Riego tenta une entreprise hardie pour maintenir les troupes de Ballesteros et rejoindre Mina; contraint de fuir ù l'approche des Français, il leur fut livré et conduit à Madrid, où il fut plus tard exécuté. Cependant l'armée française avançait vers Cadix, que lui ouvrirent la prise du Trocadero et quatre millions distribués à propos par Ouvrard. Il ne restait plus en armes que l'honnête Cl intrépide Mina, qui dut cesser une résistance impossible.

Le rai avait signé une déclaration de pardon, d'oubli, de promesses libérales; il élait libre, mais plein de colère ; par malheur, il trouvait une partie de la nation prèle à tout oser et une autre prête à tout supporter- On vit promptement que dans ce concert entre lui et nous, si nous avions notre idée, il avait la sienne, qu'il poursuivait obstinément : celle idée était le rétablissement de son autorité sans contrôle. Avant la guerre, lorsqu'il s'était décidé au coup d'Étal que nousavons vu échouer, il avait autorisé le marquis Mataflorida à former une régence à Urgel, qui venait d'être pris ; celte régence avait publié, le 15 août 1823, une proclamation qui annonçait ses desseins-, elle avait formé un ministère, noué des relaiionsdiplonniiiqnes, négocié en franco un

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emprunt et des secours armés. C'est cette régence que Mina dispersa elqui se relira à Bayonue, puis ii Toulouse. Naturellement, si nous ne l'aimions pas à cause de «m zélé fanatique, te roi l'aimait à cause de cela même. Nous avions obtenu de lui l'autorisation d'ane nouvelle junte d'un esprit pins modéré ; elle ne rencontra qu'on obstacle, une contre-autorisation envoyée à Matallorida, et qui approuvai! 1rs actes passés, présents et futurs de la régence J'Crgel. l-'orl de cet acte royal, MntaQorida avait nettement refuse au duc d'Angoulême de se démettre de ses fonctions, et avait 1 ■"■ interné àTours. Après le passage de la Dîdassoa. le duc forma la junte d'Oyarzun, composée des wus ipi'ii croyait être les plus dociles ; celle fois, ce fat la junle qui le trompa, et, à peine installée, proclama le rétablissement de l'état de clioscs du 7 mars 1820. Kilo leva un corps d'armée, où se pressèrent en première lijjne h le rebut de.; brigands royalistes et la lie de la populace espagnole : « on iinajrine dillicilemnnl ce que le pays cul à soulTrir de ces Iroupes infernales. Le ilue d'Angoulême eu fut effrayé : il institua a Madrid une nouvelle junte, qu'il composa avec toute l*atlenlton possible et qui suivit exactement l'exemple des deux autres : elle décréta largement la destitution, la ronliscation et la mort : Ions les fonctionnaires nommés pendant la durée du régime constitutionnel fnrenl cas.-és: ceux qui avaient été nommés auparavant et qui étaient restés en place, furent soumis à l'examen d'un tribunal de purification : sur le témoignage de trois per- » sonnes bien pensantes; on excluait de la purilica- » lion tous ceux qui avaient, d'une manière quelconque,

l'intervention en Espagne 267 » offensé le roi ou fa religion, on ceux qui laissaient » craindre que leurs sentiments ne fussent irop tièdes > dans l'avenir. ■ Ajoutez l'annulation des lois volées et des emprunts contractés depuis le mois île mars 1820, le rétablissement des couvents supprimé.*, le retour du leurs biens sans restilulion des sommes d'achal, et la remise de tous les biens nationaux ou inaliénables «.ni avaient été vendus.

On conçoit aisément quel régime fut inauguré par ces décrets et les excès une les Français virent accomplir il l'ombre de leur drapeau. Aussitôt que le roi fut libre, il déclara non avenus tous les actes du gouvernement constitutionnel et ratitia toutes les ordonnances des juntes d'Ovarzun et de Madrid ; l'Espagne fut livrée à une terreur absolutiste et lliéocralique, sous les ordres de Victor Saén, confesseur du roi et son premier ministre, qui fonda, dit-on, la société de i'Ange r.rterminnlenr . Louis XV1H s'émut; il écrivit à Ferdinand une lettre à laquelle celui-ci ne lit aucune allenlion. De nouveaux décrets furent portés, « afin qu'on vit disparaître à ja-

■ mais du sol espagnol même la penfée la plus éloignée

■ que la souveraineté put résider ailleurs que dans la » personne royale; » il élail dit que ■ le roi ùtait résolu » à ronservci' dans toute leur plénitude les ilroits légaux » de sa souveraineté, sans en livrer ni en ce moment, » ni à aucune antre époque, la moindre parcelle à des » Chambres ou ii de semblables institutions, qui répu- » gnaienl aux lois et aux mows espagnoles. > Des révoltes causées par tous ces actes fuient réprimées el amenèrent de nouvelles exécutions.

'i'J8 J.'lNTKttVBNTlON KM ESPAHNK

Voilà Iiî triomphe qu'aval l obtenu la Fronce et dont elle était assez embarrassée; de plus, le gouvernement espagnol s'était pris d'amitié pour In Russie, dont les principes lui convenaient micn\; il nous restait un dernier désagréi lient it subir : c'élail de voir ce gouverncment se corriger en quelque manière dès qoe le dernier de nos soldats serait parti, afin qu'il fût bien clair que nous n'étions pour rien dans (;et amendement, et que notre présence n'avait servi qu'à l'empêcher, n A peine, » dit M. Genrtnii', le rot eui-il commencé à régner n tomme roi véritable el non comme chef de parli, que > toutes les choses qui, durant la présence des Français. » n'avaient pu se débrouiller, s'arrangèrent pour ainsi

» plus grandes se répandirent dans le pays; un peu de » tolérance se lit remarquer dans les thèses politiques et » religieuses. »

Nous avons choisi à dessein celle guerre d'Espagne, puur y montrer le spécimen d'une espèce d'intervention, la propagande armée. Dans celle-ci, tout est on ne [icut plus clair. On vu combattre les mauvais principes qui tourmentent une autre nation, entreprise digne de la plus haute philosophie ; pourtant on n'est pas possédé du pur amour du bien : comme on a chez soi un peu de ces mauvais principes, ce- sont ceux-là qu'on bail le plus, ceux-là qu'on veut frapper, et l'intervention extérieure n'est, en définitive, qu'une expédition au dedans ; on est ainsi tombé de la philosophie dans la politique. Encore Faudrait-il que ce fut de bonne politique; mais on ne fait en rien ee qu'on a voulu faire : on dé-

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