‹ Morale et politiqueChapitre 68 sur 113 · UNE CIRCULAIRE DE M. DUR UT · texte numérisé non relu

UNE CIRCULAIRE DE M. DUR UT

Il y a de moins en moins, il y a encore îles professeurs convaincus que l'enseignement n'est pas eilicace si on n'y ajoute quelque rudesse; c'est leur manière d'enfoncer les leçons dans les esprits. Ils rappellent ce père de famille qui, donnant à son lils un précepte de morale, lui donna en même temps un souutct, alinque le soufflet gravât le précepte, fasse pour une fois; mais franchement ce n'est pas une méthode, et il n'v aurait pas de mal à varier un peu le procédé, à essajer, pur exemple, eu que le goût pour le professeur peut inspirer de goilt pour l'enseignement a ces esprits impressionnables et mobiles, qui ne savent qu'aimer ou haïra l'excès, el qui aiment ou haïssent les lettres, l'histoire, lu philosophie, les sciences, selon le maître qui les leur apprend.

Nous dirons donc à la famille et au collège : Faites à vos enfants une provision de souvenirs. Vous prenez de la peine, vous vous imposez des sacrifices, vous ne les cachez pas aux enfants, et vous avez raison : il faut qu'ils sachent qu'on ne s'épargne pas pour eux ; cependant ne vous en tenez pas là. Quand vous aurez obtenu d'eux ou que vous serez en voie d'obtenir ce qui est nécessaire dés maintenant, c'est-à-dire la discipline, le travail et le caractère, contentez un peu celte curiosité, cette imagination, ce sentiment, cel inquiet désir de vivre qui s'agite en eux : qu'ils voient, qu'ils entendent, qu'ils se meuvent, qu'ils agissent, qu'ils soient en féle ; le temps que vous croyez perdu n'est pas du temps perdu. Il ne serait pas perdu, quand même tout cela ne servirait qu'à animer l'existence de In maison cl du col-

USE CIRCULAIRE DU M. DUHUT IlOS

lége, à encourager à bien faire ; mais ces premiers plaisirs goules par des i'tmes avides ne s'effacent pas aisément. Lorsque les jeunes gens, devenus des hommes, sont jetés dans le monde, ans prises avec la vi«, qui est pour nous tous un combat, ils se reportent obstinément vers les temps qui ont précédé; là, ils retrouvent U famille, son alTeclion, sa douceur et ses joies, comme un paradis perdu ; puissent-ils retrouver quelque chose de la famille dans le souvenir de la maison où ils onl été élevés, confondre dans un même sentiment de reconnaissance tous ceux qui les oui faits ce qu'ils sont, se représenter avec charme l'épanouissement des jeunes années, leur intelligence et leur Orne qui s'ouvraient dans un air ami. le respirer encore et s'y rafraîchir ! J'aime l'enfance; elle m'attire, je l'envie, et pourtant elle m'inspire comme une certaine tristesse, lorsque,

.J.-nii 1 --. i i. - I .-(■•. .c joiti f«.-||f.i ei chagrins à fleur d'amé, je songe à ce que l'avenir fera peut-être de tout cela ; aussi je voudrais eviger d'elle inflexiblement ce que la raison exige, rien de plus, ne pas gâter son bonheur , afin que si les mauvaises années doivent venir, celles-ci du moins soient réservées.

L'Université nous permcltra-t-elle de le lui dire ? elle est comme la philosophie : elle parle à la raison, elle donne des idées et des principes, ce qui est excellent, mats abstrait; il semhle qu'elle dédaignerait de s'adresser il l'imagination et au sentiment, comme il des facultés inférieures, sans songer à la puissance de certaines impressions qui, endormies au fond de l'àme,

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