‹ Morale et politiqueChapitre 79 sur 113 · fl GALSRIX DE-S ACADÉMICIENS · texte numérisé non relu

fl GALSRIX DE-S ACADÉMICIENS

» on parle et ne parler que de celles-là, c'est le secret » pour bien dire s ; ou bien : « L'homme est toujours u derrière le critique; je me trompe, il est devant s; ceci sur H. de Monlalemberl : « 11 a. des colères, des hai- » nés, des invectives, des intempérances et des violences > de langage, des emportements de bile, de véritables ac-

• ces de rage ii la Saint-Simon. Seulement, notons une » différence tonte à son honneur: c'est en plein soleil, » a la face des gens, qu'il exhale ses colères, nu lieu de » les assouvir à huis clos, de les concentrer dans un livre

• posthumes Voici quelques ligues où l'art d'un de nos écrivains est bien caractérisé ; « M. Mérimée s'attache à i la réalité comme les statuaires antiques voyaient la «nature, avec une manière large et un grand stvle. Le » stvle, il le porte dans sa conception première aussi » bien que dans la forme, dans les grandes proportions » de l'ensemble comme dans les moindres détails. - M. Vienncl, qui est traité avec beaucoup de faveur dans la galerie de M. Vatlier, sourira en lisant ce passage : a Si l'on posait à M. Vienne! la question de Louis XIV à

■ Boileau : Quel est le plus grand poète de ce siècle ? il » répondrait : Moi, ci cela en toute sincérité, avec con-

■ viction, sans excès d'orgueil ni fausse modestie, sans

• vouloir se surfaire, en regrettant tout au plus de déso- » bliger H. Lebrun ou M, de PougerviUe. »

Mais nous nous rappelons que nous nous sommes interdit de juger les personnes, et nous aimons mieux trancher une question générale que le livre de M. Vatlier soulève constamment, la question de savoir s'il > a ou s'il n'y a pas des régies de l'art et par conséquent des

régies de la critique. Beaucoup dépens professent ou inclinent à croire qu'il n'y en il [as. Il s'est passé tant de choses en une quarantaine d'années; l'invasion des littératures étrangères a tellement ébranlé le, dogmatisme d^ l'ancienne critique française, tellement bouleversé sa rhétorique et sa poétique, qu'on n'ose plus dire: Ceci est bien, ceci est mal, et qu'on est prêt à tout accepter. Pas nous, du moins : quand nous nous représentons tranquillement les résultats de ces grands combats littéraires, il nous semble que ln critique n'y a pas péri, mais qu'elle s'y est retrempée, qu'elle s'est élargie dans cet effort. Sortons du vague, prenons une question particulière, celle où on a dépensé le plus d'ardeur, celle de la tragédie. La première attaque des novateurs de 1830 est terrible et semble devoir tout emporter. Pour le fond, ils repoussent les unités de temps et de lieu et l'observation étroite de l'unité d'action; Ils veulent plus de liberté dans le choix des sujets, dans la manière de les traiter plus de mouvement et de vie, une plus

lence humaine, où la tragédie cl la comédie se mêlent, el des mieurs des temps et des pais où la scène se passe; ils rejelfent les proréflés mécaniques de la tragédie clas-" sique, les confidcnls et les songes; pour la forme, ils donnent plus à l'action et moins à la parole, ils ne veulent pins de la tirade, ils proscrivent les vers, surtout l'alexandrin, que Bejle appelle un eaehe-tottius; ils bafouent le langage solennel, ils effacent la distinction des mots en nobles el roturiers, cl ils permeitent à l'écrivain tous les mots et tous les tons. Il est rare, en ce

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monde, de faire tout ce qu'on veut. Certainement ils ont fait quelque chose : ils ont chassé les confidents, ils onL nui aux songes, ils ont discrédite la pompe, ils ont rêhahililê un grand nombre de mots condamnés par l'étiquette, aboli la règle uni emprisonnai! le poêle dans la limite des vingt-quatre heures et d'un même vestibule; ils lui ont obtenu la permission de prendre ses sujets partout où il les trouve ; ils lui ont imposé plus de vérité historique, ils uni introduit sur la scène plus de personnages et d'événements; mais ni l'unité d'action, ni l'unité de ton, ni l'usage des vers, n'ont été atteints dans cette guerre ; on louche là le fond résistant.

Nous vo;ons maintenant ce qu'on ne voyait pas aussi bien alor.- : le sens du mot classique, vénéré par les uns, henni par les autres. Un cerlain s;slèmc tragique était admis au dix-septième siècle, dans ce système, il y avait à la fois, comme il arrive de toutes les choses où l'homme met la main, du naturel et de l'artificiel: le naturel frappait en se montrant, et l'artificiel était caché par le génie des artistes, qui, au lieu de se modeler sur ces constructions factices, avec sa libiv hnnieurel la vigueur de sa séve, poussant de tous cotés des jets indociles à travers ces charpentes maladroites, les couvrait de feuilles et de Heurs; mais dès que le génie manque, l'artificiel parail, dès que la si ve manque, la charpente est ii nu.

Un en était là après Corneille et Racine, ;i plus forte raison, plus d'un siècle après eux; de jeunes esprits le sentirent et, croyant que ce système était mort tout entier, cherchèrent la vie ailleurs; ils eurent toute sorte

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de loris : ils confondirent souvent les grands tragiques avec leurs successeurs, et ne distinguèrent pas, dans le système tragique, ce qui avait péri et ce qui était immortel; mais ils forcèrent la tragédie d'en finir avec de certaines formes usées, de se rattacher plus forte- ■ ment à la nature el de viser à un art supérieur. Qu'elle y soit arrivée ou non, ce n'est la question ; elle y tend, cela suffit pour con-faler qu'une révolution a passé par là.

Ainsi les conservateurs se trompaient en exigeant que la tragédie restai toujours ce qu'elle avait élé dans un certain temps; ils se trompaient aussi en exigeant qu'elle restât ce qu'elle était dans un pays, dans le nôtre- La tragédie française nous doune le spectacle de l'âme aux prises avec elle-même, s'isolaut, s'analysant en une sorte de monologue, et disant ce qu'elle éprouve dans un langage choisi, éloquent el ému; c'est très-bien ; mais pourquoi n'y aurait-il que cette unique manière d'entendre la tragédie? Pourquoi ne Terrait-on pas aussi l'âme auv prises avec le monde, avec la vie, avec la destinée, pourvue de qualités bonnes ou mauvaises pour le combat, plus agissante que parlante, découvrant naïvement ses actions, comme cela se passe en elfel? Pourquoi, au lieu de retrancher de là scène toutes les circonstances qui n'intéressent pas directement le sujet, ne pas présenter simplement l'existence comme elle va, fort mêlée de fantaisie, mais reconnaissante à ce mélange même, plonger le spectateur en pleine réalité, lui en donner l'impression énergique, puis, à travers tous ces événements, en faire passer un

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que l'œil suit avec angoisse? Le drame ainsi entendu serait le drame de Shakspeare, et quelle que soit la différence des procédés mis en œuvre, il serait beau, par les mêmes raisons qu'une belle tragédie française est belle, parla vérité.

On voit ii quoi ont abouti tant de combats livrés, il y a trente ou quarante ans, autour de la tragédie : elle en est sortie vivante et plus forte. Ce qui lui est arrivé est arrivé tout pareillement au poème épique. Une étude superficielle de l'Iliade, vue à travers l'Énéide, faisait croire qu'un poème épique se compose essentiellement d'un héros, d'une forte dose de merveilleux et d'un certain nombre d'épisodes donnés, remarquable dclinition, comme on le vnil, d'après laquelle In Henriadt sera un poème, et lu Divine Cmpr'die ne le sera point. En dépit des définitions, peu à peu la Divine Comédie monta, et la Henriade baissa. On le comprit à la fin : 17liade est tonl simplement la ivpi rsciilalion d'une société, de ses mienrs et de ses idées, de ses sentiments, en un mol d'une civilisation; et la Divine Comédie n'est pas autre chose. Sans doute, il va une distance énorme entre les deux suciélés que ces portes ont retracées : ce sont d'autres hommes cl d'autres dieux ; mais cela ne prouve qu'une chose, que l'Ihwle émit impossible au quatorzième siècle de notre ère, ci que, s'il y a eu au quatorzième siècle un génie puissant comme celui d'IIomère, il a dû faire comme Homère, peindre ce qu'il avait sous les veux et fixer un monde.

Ainsi les genres ont des règles, et le plus violent effort contre ces régies ne les détruit pas, il les élargit;

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nous croyons qu'il en est de même du style, contre lequel l'effort se porte aujourd'hui. Nous entendons partout répéter que tout style, du moment qu'il est, est bon ; nous ne demandons pas mieux : cela nous donne personnellement une sécurité que nous n'avons pas toujours et la permission d'éLre parfait sans nous donner de mal pour l'être, ce qui est vraiment très -agréable; en temps de démocratie, l'égalité de style n'a rien qui nous clioquc, et comme elle nous égale d'un seul coup aux maîtres, nous consentons volontiers a cet avancement; pourtant, ayant eu le malheur d'être élevé dans d'autres idées, ces idées nous reviennent et troublent nos plaisirs. On a beau dire. Il y a un hon et un mauvais style : le bon style est une reuvre de raison, d'imagination et de sentiment; de raison d'abord, car il faut s'entendre avec soi-même, puis d'imagination et de sentiment, qui colorent une pensée et ('échauffent; en un mot, le style est une harmonie. Cette harmonie peut être troublée de deux manières différentes, soit qu'une des qualités essentielles manqueou qu'elle entre en excès. Le vrai style n'esl ni une clarté terne et froide qui nu dit rien à l'âme, ni un fracas d'images et de mouvements qui ne dit rien a l'intelligence ; il parle aux deux, à chacun sa langue, ou plutôt il parle à l'homme. Si l'imagination et le sentiment ne troublent pas la clarté, c'est bien, mais ce n'est pas assez; elles doivent encore se proportionner à la pensée, se mettre au même ton qu'elle, et ne se permettre que ce qu'elle permet, selon le conseil excellent de La Rochefoucauld : • On ne doit jamais se servir de termes plus grands que les choses, o S'il est vrai que le style a plu-

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sieurs qualités essentielles : la raison qui lui donne la clarté, l 'imagination qui lui donne la couleur, le sentiment qui lui donne le mouvement, le parfait style est celui qui porte ces trois qualités ensemble au plus haut point où elles peuvent exister, sans que l'une nuise a l'autre. Elles peuvent se nuire, en effet Pour parler de l'éclat des images, il y a l'éclat qui donne sur l'objet et l'éclat qui donne dans les veux ; le premier fait ressortir l'objet, le second éblouit : il empêche de rien voir ou de rien voir licitement, et ne laisse à l'esprit qu'une impression qui l'étonné. Il en est de même du sentiment. Il y a une chaleur et un mouvement naturel, qui sont ceux delà vie. Lesljlesans passion languit; avec la passion, au contraire, il a le geste, il a l'accent, il respire, il respire comme l'âme elle-même, il en a la santé ou la fièvre. Et encore nous ne parlons que du sentiment vrai, nous ne [virions pas du sentiment faux et de la déclamation qu'il produit; l'art n'a plus rienà voir ici, il ne reste plus qu'une forme banale, énorme et vide, qui s'adapte à ce qu'on \eut, qui a son mouvement mécanique, sans rapport avec le mouvement de la personne, dans le genre de ces machines dont n03 femmes se sont affublées quelque ternis.

L'excès des qualités brillantes est sur de charnier la plus grande partie du public, qui a un sens peu délicat: il faut exagérer les qualités pour les lui rendre sensibles ; mais il y a aussi quelques personnes pour goûter le style meilleur où rien ne crie. On en a l'idée avant de le rencontrer; quand on le rencontre, OU un style qui en approche, on est ravi, cl quand on écrit, on tache d'y

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atteindre : on efface, on corrige, on se travaille, on se désespère.

Nous voudrions que M. Vatlier consentit à suivre plus loin que nous ne l'avons Tait ces réflexions que son livre nous a suggérées. Il nous doit une continuation de sa Galerie îles académiciens '; les noms qu'il rencontrera le provoqueront à traiter les principales questions de la critique littéraire, a constater ce qui des idées d'une autre époque a péri, a subsisté ou s'est transformé. Cela forait comme un fond à ses portraits et en relèverait encore le mérite.

.Décembre im. :

(iirardiu. ou Mir ud L'r:lii|ue (.■i.rmiir M. Sainte- Ut'iive. Dans une nouvelle édition, il demi! retrancher, de la Liufrrapliie de ce dernier, celle sotte histoire de i'.jsl'Ih setrels, dunt it n'est plus permis de poêler, même pour dire qu'on n'y croit pas. Il devrait aussi ne pas înoulionuer. à propos du nom de M. SainU'-Sicuve, tout ce qui s'est publii! sous lo nom de Joseph Delonne, par oiomplc. des couplets sur la

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