‹ Morale et politiqueChapitre 80 sur 113 · DICTIONNAIRE DE M. BOUILLET · texte numérisé non relu

DICTIONNAIRE DE M. BOUILLET

Voici b vingtième édition du Iticliouuoire universel d'Histoire et de Géographie, de M. Rouille! ; la première était lie !8i2 ; vingt éditions en vingt-quatre ans, c'est quelque chose. Celle-ci esl une véritable refonle des précédentes : elle a demandé de grands soins à l'auteur, qui a pu la préparer entièrement avant sa mort. Pour l'avenir, il sullira de tenir le dictionnaire à jour, en y in Irod nisant les faits nouveaux et les résultats constatés de la science, et on peut être complètement rassuré en songeant que ce travail sera (ait par M.Chnssang, mat Ire de conférences à l'École Normale, le savant et consciencieux auteur ie. ['Histoire du roman dans l'antiquité.

Ceux gai ont connu M. Douillet, et nous l'avons particulièrement connu, savent qu'il était né pour composer cet utile ouvrage. Curieux défaits, habile il les recueillir et à les classer, il se perfectionna dans cet art par le commerce de Bacon, dont il a donné une très-bonne édition : la traduction de Plolin, qui occupa ses dernières

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années, contient une multitude de rapprochement* entre les doctrines de Plolin el les doctrines enseignées depuis dans les écoles ; elle perinel de suivre les innombrables Olets dans lesquels le fleuve s' est perdu; un dictionnaire de mythologie fut un premier essai du Dictionnaire univertel, dont nous voyons la fortune, fortune légitime, justiliée par les longs elîoris d'un homme également instruit, méthodique et scrupuleux.

En parcourant les pages, les colonnes de ce volume, il nous venait quelques réflexions que nous osons à peine communiquer au lecteur.

On riait, au siècle dernier, de la naïveté de celle femme devant qui quelqu'un prononça le mot d'histoire universelle: • Ah ! l'histoire universelle ! racontez-moila donc! s Pour la contenter a aussi peu de frais que possible, il n'y aurait eu qu'à lui réciter ie dictionnaire Je il. Bouillei, s'il avait existé alors, car il ne contient que le pur nécessaire : l'instruction commence au delà, et l'érudition au delà de l'instruction. Savez-vous qu'avec ou sans programme, c'est le menu ordinaire des examens du baccala nival es-letirc-s? On n'assiste pas a un de ces examens qu'il ne semble entendre le juge dire au candidat : « .Monsieur, contez-moi donc l'histoire universelle. » Kl songez que cette histoire grossit tous les jours, de sorte que la condition des candidats va en empirant, et qu'on se prend de pitié pour ses a rriére-pe litsenfants, dont la condition sera intolérable, à moins qu'ils ne se sauvent de la science universelle par une ignorance aussi universelle. Quelques-uns commencent déjà. A cette raison générale du nombre infini de faits à

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savoir, il s'en ajoute une autre, l'extrême rapidité avec laquelle le monde varie ; et vraiment on n'ose pus lro|i désapprouver l'écolier qui refusait dernièrement d'apprendre l'histoire et la géographie d'Europe : • Ce n'est pas la peine, disait-il, on va changer toul cela. » Heureusement, à mesure que de nouveaux faits prennent pla e, d'anciens faits sont chassés comme faux, el cela rétablit l'équilibre. Nous avons vécu sur l'idée qu'Omar a brûlé la bibliothèque d'Alexandrie, que Guillaume Tell a enlevé la pomme sur la télé de son fils, que Charles-Quint a assisté à son propre enterrement au monaslérc du Y liste; et ce qui achevait de nous convaincre que ces choses ont existé, c'est qu'il n'y a pus un seul de nous, hommes ou femmes, ayant fait nos éludes, qui n'ayons écrit quelque belle composition là-dessus. Malgré tout, il faut y renoncer ; el il y a ainsi une seconde éducation où l'on désapprend ce qu'on a appris dans la première.

Poursuivons nos réflexions. Tel poëte de nos jours, qui a élé loué par les journaux, lira dans le Dictionnaire universel : « Fard, poêle médiocre, mort en 16*6; » Molin, pocte médiocre, né vers 1615, » et il se dira: « Puisque ces poètes, qui étaient médiocres, sont connus depuis plus de deux cents ans, moi, qui ne suis pas aussi médiocre qu'eux, j'aurai donc au inoins deux cents ans à être connu, et le Dictionnaire universel de 2066 nu manquera pas de me nommer. » Le raisonnement semble juste, mais il ne faut pas nous faire illusion. Les écrivains qui apparliennenlauxûgesdc formation ou de perfection ont des chances de durer ; des origines, toul

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intéresse ; aux époques classiques, les grands génies oui un tel éclat qu'ils en jellent sur ce<n qui n'en ont pas : il n'ï a rien d'obscur aulour d'eux ; pour nous, nous n'appartenons ni aux origines ni à une époque classique. Nous sommes d'un (emps si fécond en écrivains que la postérité ne pourra pas retenir Ions nos noms et n'en gardera que les plus grands; les autres s'effaceronl peu à peu ; le papier même sur lequel nos œuvres sont imprimées, ce papier perfide lombera bientôt en poussière, cl nos portraits que la lumière a peints, la lumière les effacera, de sorte qu'à un moment il ne restera rien de nous.

En attendant, réclamons près de M. Cliassang pour quelques noms qui manquent et qui ont droit à être dans le Dictionnaire : parmi les musiciens, Léo et Monte verde ; parmi les peintres, deux hommes éminenls, Antonio Etazzi cl Moro ; parmi les savants, le théologien deWetle. En parlant du général d'artillerie Eblé, le Dictionnaire dit qu'il sntiva l'Kmiwenr et les débris de l'armée, dans la campagne de Russie, en construisant, avec une promptitude surprenante, un pont de bois sur la Bérésina, ajoutant qu'il succomba peu après à l'excès de ses fatigues. C'est bien cela, mais avec quelque chose déplus, que l'Histoire du Consulat et de l'Empire raconte d'une manière louchante. Agé et malade, Eblé resta plongé dans l'eau glacée, pour donner l'exemple, et il en mourut. C'est cela qui est beau et grand, d'autant plus grand qu'il a été fait .simplement et est resté presque ignoré.

Il sera peut-être opportun aussi, quand il se présenle

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des faits encore voisiDs de nous, de te lenir davantage nu point de vue du Dictionnaire, qui considère les événements proches el éloignés comme s'ils étaient k égale distance, dans le même lointain. Quelques parties de l'article Fronce nous ont paru devoir être retouchées dans ce sens. Passons sans insister. Ailli-urs nous n'avons pu nous empêcher de sourire en lisant: ■ tes

» braves, téméraires même; on leur reproche d'être » fougueux, inconstants, laniteux. •> Il est bien doux de s'entendre dire en face qu'on est spirituel, brave, téméraire mémo; mais vous êtes moins fier quand on ajoute que vous pourriez bien Pire aussi inconstant cl vaniteux Nous avons rliorché, à l'article des Anglais et îles Allemands, s'ils étaient caractérisés il leur lourd recevaient un éloge tempéré de quelques vérités désagréables ; nous n'avons rien trouvé, ce qui prouve avec quelle bonne grâce nous faisons les honneurs de notre nation. Du reste, les lecteurs n'en ont pas gardé rancune, puisque les éditions vont toujours se succédant. Kst-ce que cet éloge nous est si sensible qu'il efface la critique? ou n'est-ce pas que. reconnaissant l'exactitude du portrait, nous faisons du tout deux parts, que nous nous appliquons la première et la seconde aux autres '!

Hais ce Dictionnaire, qui parle de tant de choses, nous entraînerait trop loin ; il faut résister cl finir en i n cou rageant tous ceux qui travaillent pour nous éviter de la peine.

Puisque nous remercions ceux qui travaillent pour nous éviter de la peine, remercions aussi Yfnlcrmédmin-

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des chercheurs et curieux'. Celle publication, qui dure déjà depuis trois ans, gagne chaque année dans l'estime publique. L'érudition de ses rédac leurs a établi plus d'une chose douteuse, ou rendu douteuse plus d'une chose qui passait pour établie ; mais ce qui mérite surtout d'être loué, c'est la loyauté parfaite avec laquelle elle est dirigée. Voilà une petite feuille qui paraît tous les quinze jours, qui adresse toute espèce de questions sur les morts et les vivants, qui est par conséquent en mesure de flatter, blesser ou exploiter bien des passions, et qui est si honorablement conduite qu'elle n'a pas été une seule fois soupçonnée.

On sait que l'Intermédiaire est rédigé principalement par le public, qui fait les questions et les réponses. Nous ne disons pas que les unes ou les autres aient foujours le même intérêt : mais, en détinitive, il j a là uue enquête constamment ouverte cl qui est vraiment utile. Encequi regarde les personnes, chacun de nous peut en avoir besoin à un certain moment, et être à même de se défendre d'injustes imputations, car c'est bien assez d'avoir à se présenter au jugement dernier avec ses fautes personnelles, sans porter encore celles des autres M. de Monlalemberl, par exemple, n'est pas homme à prendre, par chanté, celles de Y Univers et de 11. Veuillol. Quelqu'un lui ayant attribué ces paroles: ■ (Juand nous ■> sommes les plus faibles, nous vous demandons la li- » bené au nom de vos principes ; quand nous sommes • les plus forts, nous vous la refusons au nom des

1 Dirigé par M, Caria RhsH. lihrfliri' do In Suisse ramaoda, Ctwrbuliez, rue de Sein?, 13.

3it DICTtONNAUUC ME M. BOtiILLET

i nûires, » il les a retournées à qui de droit, avec l'adresse où on reconnaît sa main :

• Aujourd'hui vous îles iion-h'iiIi'Iik'iiI di^ruirs. mais vous êtes enchaînes d'avance par l'adhésion que vous ovei donnée, ou laissé donner en votro nom, aux movciu. qui ^'rniil employés contro vous. Vous avw j«rdn el. f.ieriia' vnlnn lai Muent le terrain où vous aie i vécu et où vous élie; iuviucil.W. Vous im applaudi à rvui qui onl déclare que if irai ideulitr da gendarmis (lait dt biautùup U meiUtnt

parlementaires el ili's répuljlirnins . Qnnul à mh. .dfii tvmmts iu/iï- IMtMiM titra. Vous avez applaudi à ceux qui onl puhliquennuil professé que In lilieMé. il- parler el d iVrirc devoil Pire rr/in/t a rtnz qui lit M eonfciitnl peint. Vous ave; laisse dire, par une assimilation sacriléfre, que la livri«lrilinii nrtm-llf Mir la prc->e était préeisémfnl ,-elle rte l'Église. Vmrtineumt el la luppnuUm, [P*hm. K op-

taient en faire le privilège .le leur iniirci-.Liiliiiirr-. Quand vous serez wrrii M quand vous serez tti/>/i,-i„i/x, qui vouIpz-ïous qui vrais plaigne, qui vous défende ou im'iiie qui vfuis i(jin]iri>nne'f Personne . car personne, en France, n'admettra la légitimité de cette théorio evniqup. pratiquée el jnsliliée par vus iirarlus. el qui se réduit à dire ■ Quand jt mis le plus Rôtit, jt tous demaudi la litttl/, parte pu ni

\ dessein dans col arlielc le Die-

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