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les réflexions qu'il fait naître. Ce serait l'idée la plus fausse que de représenter le parti du gouvernement seul de son coté et tous les autres de l'autre côté, et ceux-ci tellement unis entre eux et contre lui que, s'il venait à quitter le coté qu'il avait pris, ils s'y transporteraient comme un seul liomme, ainsi qu'il arrive au théâtre, quand de la droite et de la gauche de la scène les acteurs s'injurient ou se délient. Il n'en est absolument rien.
Si les partis hostiles sont divisés avec le gouvernement, ils sont divisés entre eux; leurs principes, ■ leur histoire les séparent; aucun d'eux ne supporte l'idée que dans l'avenir il devrait plier devant l'au-
mer de fâcheuses expéditions, démontrées telles par l'épreuve, et pour réclamer plus de liberté, appeler cela une coalition est un pur abus de mois: il n'y a ici
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qu'une même évidence aperçue ou un même besoin senti au même moment pour tous. Us se coaliseal comme les mathématiciens sur les malhéma tiques, et Gomme les premiers venus pour manger quand ils ont faim. Le gouvernement est donc sur, quand il agit résolument, s'il a des partis contre lui, d'eu avoir aussi pour lui ; il n'a qu'à bien choisir ceux qu'il veut avoir. Et puis, qu'il songe au grand public Libre , qui n'est a aur.un parti : c'est ce public qu'il s'agit de garder et d'accroître. Il n'y a qu'à arriver jusqu'à lui; mais le gouvernement a des moveus d'y arriver; il a la presse gouvernementale: ses journaux et ceux de ses amis, qui auront du crédit sur l'opinion loules les rois qu'on leur attribuera une réelle indépendance; il a une place dans tous les journaux, rnéme les plus hostiles, par les communiqués, qui rectifient promplement les assertions inexactes; par les discours de ses orateurs dans les Chambres; par ses circulaires et ses correspondances diplomatiques; il a, dans les grandes occasions, les jugements, connus de tout le inonde. On n'est pas sans défense quand on entre ainsi partout dans le débat qui s'élève sur vous, et qu'on y entre avec l'incomparable avantage de posséder sur chaque question les informations les plus étendues, dont l'adversaire ne réunit à grand' peine qu'une faible part. Il est vrai que tout cela no dispense pas d'avoir raison ; mais, qui que nous soyons, guu'vernemenls ou simples citoyens, nous en sommes là, et personne ne peut s'en plaindre.
Si la France est ce que nous venons de dire, quel est le régime de la presse qui lui convient? M. Emile de Gi-
rardîn demande, dans son journal, l'affranchissement el l'impunité absolue de la presse, qu'il croit d'ailleurs int- . puissante '. Xous pensons que, sur tes poinls-là, il est en avance sur le pays et n'obtiendra pas ee qu'il réclame ; mais, chemin faisant, il a présenté quelques observations vraies, ou recueilli des opinions considérables; on ne lira pas sans fruit l'histoire des inutiles efforts tentés par les gouvernemenlssuccessifs contre celte puissance. D'ici à ce que nous soyons mûrs pour la liberté absolue, il y a des conditions que nous acceptons volontiers. Pour prouver que nous n'avons aucun parti pris contre qui que ce soit, nous déclarons que tout ne nous paraît pas également à rejeter dans le régime, actuel de la presse. Lorsque les communiqués sont discrets, ils nous paraissent utiles et justes : tout le monde doil avoir la permission de relever un fait inexact qui l'intéresse, le gouvernement comme tout le monde, elnous ne voyons à cela que du profit. Il nous semble aussi que l'obligation pour les journaux d'insérer intégralement le corn pie- ren du officiel des débats des Chambres est bonne : un compte-rendu sincère nous plaira toujours mieux que les mutilations et les travestissements dont on a- eu autrefois tant d'exemples.
Nous comprenons aussi qu'il y ail des jugements pour la presse, mais qu'il y ail de véritables juges, c'est-àdire que l'administration ne redevienne jamais juge et partie. Elle se propose de ne poursuivre que les paroles
' Lt Spectre noir, t lirait iln Dr.,i! ir ',■ r -:i*'-, ,].mt il tqirutluil la préTace et lo Intr* à M. Rtmiitr. Chr-i Sertie. Michel Lrfvy. l'Ion ci j u Librairie NmmU*.
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qui excitent à la haine cl au mépris du gouvernement; elle déclare partout qu'elle accepte volontiers une discussion sérieuse et de bonne foi; nous sommes convaincu que ses intentions sont parfaitement droites, mais nous nous délions de la situation, qui est périlleuse- Les gouvernements sont des hommes; je ne dis pas des hommes comme nous, puisqu'ils nous gouvernent et que nous sommes gouvernés, mais enfin ils sont des hommes; or, interrogeons- nous en conscience: nous croyons aisément, dans nos querelles, qu'on excite S nous haïr et à nous mépriser ; nous croyons difficilement qu'une discussion où l'on nous donne tort soit sérieuse; et plus nous avons voulu faire le bien, plus il nous semble que, si on nous reproche d'avoir fait le mal. on ne saurait être de bonne foi, et en punissant, nous pensons venger la ju>tice. Donc, il y a danger de se tromper, soildans l'exactitude de l'imputai ion, soit dans la mesure de la répression ; le gouvernement s'y expose. Admettons qu'il n'v tombe pas; il reste toujours qu'il met l'arbitraire à la place de la loi, ce qui est fâcheux, et que le pouvoir exécutif envahit le pouvoir judiciaire 1 , contre les plus expresses recommandations de la sagesse politique, qui veut que ces deux pouvoirs soient séparés. Encore est-ce mal parler dn pouvoir exécutif, qu'on se représente comme une intelligence unique, placée au-dessus de nous et à laquelle tout aboutit ; ici nous entendons les quatre-vingt-neuf préfets des quatre-
1 Voir Loboulsy* ; '( Parti lierai, un vol. in-ts. Charpentier, el li brochure 1rs Jcarnalvsla driajil U Coutil d'Èlot, pur Edomrd U-
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vingt-neuf départements, investis du droit de décider ce qui est répréhensilileoii inépivbensible, chacun dans sa province, de Taire aux journaux une vie misérable ou de les frapper de mort. Nous ne saurions trop louer le gouvernement d'avoir renoncé à une telle juridiction.
On essaie quelquefois de faire des délits de presse des délits d'une espèce particulière, de leur donner une simplicité qu'ils n'ont point. Vn acte matériel et quelqu'un qui juge avec les jeux de son bon sens si l'acte est ou n'est pas, voilà, selon une opinion, à quoi tout se réduit. On se trompe : les délits de presse sont plus compliqués que cela : ils ren ferment, comme les autres délits et crimes, l'acle et la pensée. Ici l'acte est public, patent; pas de difficultés là-dessus; mais la pensée, c'est autre chose. Tout article de journal est-il coupable, parce qu'il excite !i la MaiDe et an mépris du gouvernement? Mais si les faits qu'il rapporte sont vrais, l'écrivain disparait, ce sont les faits qui blâment; et l'on a remarqué, à ce propos, que plus les faits sont graves, plus aussi ils produisent les sentiments de inépris et de haine, et plus il était utile de les rapporter. Si les faits ne sont pas vrais, l'écrivain reparait et est puni, justement, dit-on, durement, dirons- non s, car encore faut-il savoir s'il j a eu la malice ou erreur. Combien l'erreur est souvent sans malice, l'expérience de chaque jour le démontre. Il n'y a pas longtemps encore que le bruit d'une réduction dans les cadres de l'armée avant couru, h Moniteur lui-même déclara que ce bruit était sans fondement et démenlil une réduction qu'il enregistrait 1p lendemain; il ne fut pas puni, et le Journal des IV-
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bats le remarqua plaisamment. Mais, dit on, à cOté des faits vrais ou Taux , il y a les inductions, qui sont toujours le propre de l'écrivain. Oui, mais quand on aura mis a part la violence manifeste, qu'on arrête dans les journaux comme dans la rue, il resterait, co me semble, à s'enquérir de la pensée, de l'intention de l'écrivain, à chercher s'il a été sérieux et de bonne foi, car, s'il a été coupable, c'est en s'écartanl de ces conditions qu'il est coupable. C'est l'éternelle question que, dans les affaires criminelles, on adresse au jury, .i laquelle îe jury est chargé de répondre, parce qu'il descend dans les consciences: elle revient bien plus naturellement encore dans les affaires de presse, qui veulent qu'on descende dans la conscience publique, pour examiner avec quelle force elle a agi sur l'écrivain; car, en fait de presse, il n'y a pas de délit ni de crime isolé.
S'il faut absolument renoncer au jury, que, par nn excès de déliance en sa propre force, le gouvernement paraît décider à ne pas accepter, et s'il faut être jugés par les tribunaux correctionnels, nous demanderons du moins, comme l'a déjà fait le Journal des Débats, que l'appel en matière- de presse soit porté devant la Cour d'appel, deux chambres réunies : des tribunaux formés par les choix concertés du premier président, du procureur général et du ministre de la justice laisseraient planer des crainlesqu'il importe de dissiper. Il va sans dire que la publication des débals judiciaires devrait être autorisée, selon le droit commun.
Avant même ces réformes, il en est que l'opinion appelle. Si le cautionnement demeure, comme garantie des
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amendes, si le lise garde le timbre, il y a certainement à changer ton t le système des annonces judiciaires, à supprimer le monopole de l'imprimerie, à alléger la responsabilité des imprimeurs, mais premièrement a supprimer l'autorisât ion préalable. Cela jugera le libéralisme de la non relie loi.
On répète éternellement que c'est la presse qui a tué tous les gouvernements passés. On oublie le premier Empire, que certainement elle n'a pas tué. Pais il y a une chose qui nous frappe : quand un gouvernement est tombé, son successeur ne manque jamais de trouver d'excellentes raisons de sa chute, mais ce n'est jamais celle-la. Quand un gouvernement nouveau viendra nous dire : * Mon prédécesseur était irréprochable; s'il » a succombé, c'est la faute de la presse, qui a été in- » juste pour lui, s alors nous accepterons les plus violentes mesures qu'il prendra contre la presse, parce qu'il faut sauver l'innocence. La presse ne lue pas les gouvernements; elle leur survit. Les articles de journaux les plus violents ne sont pas dangereux parce qu'ils sont violents; ils sont dangereux s'ils expriment l'opinion publique; autrement, l'écrivain ne fait tort qu'à luimême. L'administration est si bien dans celle idée, que, dans la plupart des cas où elle frappe un article, elle le cile, elle en cite les plus forts passages, comme il est arrivé dans le rapport qui a motivé la suppression du Courrier du Dimanche. Si le gouvernement agit ainsi, il suppose donc que la grande majorité de la nation est saine, àeolé d'une minorité malade, et qu'il n'y a rien a craindre de quelques écrivains qui écrivent pour crfle-ci,