LA PBHSSK DANS LES DÉPARTEMENTS
conduite il doit tenir. Or, il nous semble toujours difficile qu'un gouvernement continue pur les principes pur lesquels il a commercé : s'il esl né d'une reaction contre le despotisme, il aura donné d'abord des licences qu'il lui faudra réprimer après; s'il est né d'une réaction contre l'anarchie, il aura imposé d'abord un frein qu'il lui faudra sans doute relâcher plus tard; car toute nation qui vit change nécessairement, comme nous, qui avons faim et qui n'avons plus faim, qui désirons tour à tour le repos pour nous reposer ilu mouvement, et 1^ mouvement pour nous refaire du repos. Nous venons de lire une trés-fière et leste apologie du régime actuel de la presse'. L'auteur constate que toutes les autres législations ont été inefficaces, et que celle ci esl efficace; il donne pour unique preuve que, depuis qu'elle esl en vigueur, il n'y a plus d'émeute dans les rues. Il nous semble qu'il a conclu un peu vite. En cherchant bien, il aurait trouvé quelques autres raisons qui ne sont pas sans valeur, celle-ci, par exemple, que des partis qui peuvent en appeler au scrutin renoncent volontiers à l'émente, et celle-ci encore, que la stratégie a rendu l'émeute plus difficile ; il n'a oublié, en somme, que le suffrage universel et lu caserne universelle. L'auteur se trouve assez libre, sans doute parce qu'il a la liberté de lout dire, môme qu'il est libre. L'auteur maltraite les Oppositions commede juste; pour lui, il esl content. Il est bien heureux d'être content ; nous désirons qu'il le soit toujours et, quoi qu'il arrive, nous avons confiance
1 La Prtsse p/riodiqut ie 17S8 à 1S67, par Fernanti Giraudcau. t'ii vol. in.g° ; Dan lu.
qu'il le sent. Nous regrettons qu'il ait eu If petit désagrfment de louer si hien la veille un régime qui devait Sire aboli le lendemain. On aurait pu le prévenir. Quoi qu'en aient dit les plus ingénieux apologistes, il a été difficile de maintenir un régime qui durait depuis quinze ans, en sorte que le régime était épuisé autant que la presse elle-même, tandis que la nation, réparée par des années de sagesse, est impatiente de vivre.
Plus vous examinerez cette situation, plus vous sentirez qu'une vraie extension de la liberté est opportune, et que c'est le juste point pour changer de voie. Bientôt l'expédition du Mexique sera finie; dans les questions brûlantes qui ont si vivement ému les intérêts et les consciences, le libre échange el la question romaine, les faits accomplis ont produit un certain apaisement ou créé des forces nouvelles qui suffisent à arrêter les foi-ces contraires. L'accueil qui a été fait à ce projet de conscription, où il y a beaucoup d'appelés el trop d'élus, parlien lièremeni à l'article qui permettait de lever la réserve par un décret, cet accueil a montré que l'opinion publique désire être plus consultée, et que la nation désire qu'on ne dispose pas d'elle sans l'avertir; on ne saurait donc concevoir un ensemble de circonstances qui se prêtent plus aisément à un essai de réforme.
Le grief le plus universel contre le gouvernement est le grief des citoyens qui n'ont pas assez de liberté individuelle, et celui de la nation, qui n'a pas nn contrôle suffisant sur ses propres affaires ; une réforme libérale du régime de la presse fera, tomber ce grief.
Nous ne prétendons point une la presse reconnais-
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saute n'usera à l'avenir de sa liberté que pour louer le gouvernement sur toutes choses, et même qu'elle n'abusera pas plus (l'une fois de la liberté ; certainement elle trouvera à critiquer ; mais si le gouvernement est sage, il n'aura pas à redouter la critique et il rappellera. Notre collaborateur, M. Léon Sa y, a dit heureusement : • Il n'y a que ce qu'on comprime qui éclate. • De la presse contrainte à la presse libre, i.l n'y a pas seulement la différence que l'une est contrainte et que l'autre est libre : en changeant de condition, la presse change de caractère, de même qu'une eau contrainte dort ou bondit, et qu'une eau libre coule également. Il en est ainsi de la vie politique, parlementaire et électorale : si elle n'a pas sou action constante, elle est tantôt nulle, tantôt surexcitée. Conclure, de violences momentanées, contre la presse et la vie politique, c'est mal conclure : cela ne prouve que contre le régime auquel elles sont soumises.
Rien ne modère comme une action régulière, rien ne calme comme une fonction. La presse peut avoir une fonction, assurément ; elle peut, elle doit être la grande enquête toujours ouverte sur les faits et les intérêts publics, enquête contradictoire, où tout le monde a quelque chose à apprendre, citoyens et gouvernements : citoyens, qui ont à se dégager de mille passions qui les aveuglent; gouvernements, qui se plaignent de ne pas connaître la vérité.
On cherche un remède aux révolutions ; le voilà. Du reste, la France n'est plus si révolutionnaire qu'on veut bien le dire. Elle l'est, si on entend que la France moderne date de t789 et qu'elle tient a son origine, si on