LA FONTAINE ET LES FABULISTES
mois heureus ! Le Irait partait, il était saisi au vol; a ces épigrammes et à ces rires rapides, on sentait qu'on était dans son pays. La libre causerie touchait à tous les sujets, même les plus délicats, avec une légèreté merveilleuse; un auditeur assidu et ami disait heureusement à l'orateur : « Vous êtes comme l'hirondelle : vous * rasez l'eau sans ious mouiller. »
pn critique quelquefois la manière dont se font les cours de nos Facultés des Lettres françaises, parce qu'on ne se représente pas bien pourquoi ils sont faits. Les Universités allemandes préparent des docteurs et des savants; veut-on chez nous les Universités allemandes» Elles y sont dans une certaine, mesure. D'abord il y a des cours qui se proposent précisément de conduire aui grades et ne s'adressent qu'à un petit nombre d'auditeurs; puis les professeurs qui réunissent h de certains jours le plus nombreux auditoire ne manquent pas de réserver d'autres jours à un auditoire moins nombreui et à une science plus technique, en vue des grades et des travaux d'érudition; la pure science a donc sa place dans nos Facultés des Lettres; quelques-uns demandent qu'elle ait tout. Nous avons vu, il y a une quinzaine d'années, un règlement qui ordonnait au* professeurs d'achever leur cours en trois ans. sauf à le nv-nuimencer ensuite. » l'us.ige des candidat a la licence et an doctorat; c'est ce que M. Saint-Marc Girardin appelait l'assolement triennal ; il valait autant déclarer que le professorat n'est pas fait pour l'instruction, mais que l'instruction est faite pour le professorat, théfe parfaïUment convenable à un ministre de l'instruction pnbli-
que- Nous avons vu aussi que le règlement n'a pas été eiecule, ce qui est arrivé à plus d'un règlement, et arrivera encore A tous ceux qui iront contre les mœurs générales. Il parait que le public, qui honore beaucoup les gradues universitaires, n'est pas disposé à renoncer pour eux ii ses plaisirs. Fallût-il même sacrifier à ses plaisirs quelques travaux tic grande science, qui auraient pu sortir de leçons spéciales, il serait capable d'en prendre son parti; il se dirait sans doute qu'après tout ces travaux ne seront pas perdus et que s'ils ne sortent pas des cours, ils sortiront des bibliothèques et des cabinets et sauront trouver leurs lecteurs. Donc le public veut les cours publics pour lui, et il a raison : ces cours sont destinés à éveiller les esprits; ils n'agissent pas uniquement par la matière qu'ils renferment ; plus ou moins légers de substance, ils donnent l'étincelle, ils entretiennent pour leur part ce feu qui circule dans la société française et qui en fait la vie et l'éclat.
Jamais un livre ne remplacera un homme; jamais il ne fera ce que font la parole, l'attitude, le geste, le regard, le jaillissement de la flamme inférieure, le rayonnement de l'esprit au travers du corps, l'àme présente à une ame, la loulepiii.-saulc électricité qui se dégage des foules. Notre pays est assurément un des pays les plus sensibles à la parole, par un délicat instinct d'artiste et une sympathie naturelle, qui produit les promptes émotions cl les fjraiiils l'nlndin-nii'iils. On a vu, a son honneur, des temps où le peuple était maître, où il n'y avait contre lui d'autre force que l'éloquence, et où l'éloquence l'a doinpié ; le lion s'est laissé conduire par ce