‹ Morale et politiqueChapitre 95 sur 113 · LA FONTAINE HT LUS FABULISTES · texte numérisé non relu

LA FONTAINE HT LUS FABULISTES

fil d'or. Si donc la France est cela, et s'il est vrai aussi que, vivant constamment dans un régime officiel, qui est en garde contre l'initiative individuelle, elle ne connaît pas la libre prédication religieuse, philosophique, morale, politique, et n'a pas éprouvé l'effet qu'elle ressentirait de celle prédication, il est permis d'affirmer qu'elle ne se connail pas elle-même. Le jour où se fera l'épreuve, il } aura bien tics étom.emcnts. Peut-être, sous la surface mobile que balaien! es vents, peut-être existe-l-il des sources cachées ; n 'ors il se trouvera de ces hommes qui ont l'instinct de les découvrir, soit par le son que rend le sol, soit par un peu plus de verdure qui naît à une place ; et lorsque les sources seront nées de toules parts, qui dira ce que celte lerre rafraîchie produira? On verra paraître le fond sérieux de notre pays. Oui, notre pays est plus sérieux qu'il ne semble, lia quelques principesqui peu à peu transforment le monde; quant au reste des principes, il y lient moins sans doute, parce, qu'on les lui donne tout fails; il y tiendra plus quand il les fera lui-même. Puissc-t-il, quand il s'y mettra, ne pas gâter son heureux génie î Puisse-t-il garder ses grâces légères el son libre t-on sens 1

Pour être ce qu'elle peut être, l'é. uence devra nécessairement se transformer ; elle est en général trop

liêre, plus entrante, si j'ose le dire ; au lieu d'être l'éloquence, elle sera simplement la parole. Je me rappelle un curieux exemple d'une de ces transformations. Lorsque M. Cousin entra à la Chambre des Pairs, il entra avec la renommée d'éloquence que lui avaient faite les

cours de 18Î8 et de 1839; on espérait de lui quelque chose qui répondit à cette renommée, et on fut trompé Il avait bien senti sa situation, ce qu'il excitait d'attente toujours difficile à contenter, et que ce n'était pas la même chose d'enseigner la philosophie du haut d'une chaire de la Sorbonne ou de discuter une loi devant une Chambre composée d'hommes rompus aux affaires; à la fois, pour préparer les effets que comportait le sujet et pour se préserver de ses propres entraînements, il dictait à l'avance ses discours, qu'il revoyait avant de les prononcer, comme il eût revu les pages destinées à un livre; aussi ses discours, par un certain apprêt et une certaine froideur, rappelaient l'éloquence écrite ; de plus, M. Cousin était encore sous l'influence de son premier maître, J--J. Rousseau, qui, disait-il plus lard, lui avait fait beaucoup de mal ; el son style était tendu. Par toutes ces raisons, il n'obtint à la Chamhre des Pairs qu'un médiocre succès. Cependant il se réformait. Hn (843, il retrouvait le vrai texte des Pensées de Pascal, qu'il étudiait avec passion, et, admirant tant de force unie à tant de simplicité, il quittait J.-J. Rousseau pour un maître meilleur; par lui il enirait dans le dix-septième siècle, qu'il ne devait plus quitter! Il y apprenait un art plus libre, qui parut dans ses livres en attendant qu'il parût dans sa parole. L'occasion vint. On se souvient de la grande discussion qui eut lieu en 1844 à la Chambre des Pairs sur la liberté d'enseignement; H. Cousin débuta par des discours étudiés; mais il arriva qu'on attaqua violemment l'Université et la philosophie : blessé dans ses affections, il s'élança à la tribune, il parla

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