M LA FONTAINE KT LUS FABULISTES
comme il causait, il ravit, et, à partir de là, redevenu lui-même, grand improvisateur, toujours prêt, intarissable de verve, grand acteur aussi, jouant ses discours avec ses gestes et sa vive physionomie, il donna des fêtes qu'on n'avait pas encore vues.
Je m'aperçois que je me laisse aller aux digressions, à re*emplc de mon auleur,ctquc je le traite librement, comme il traite La Fontaine. On se met naturellement à l'aise avec ses esprits familiers : on les prend, on les <juilte : on les reprend, et, quand on croil les quitter, on est encore avec eux, parce que ce sonteux qui vous jetlent dans des songeries sans fin. Terminons en renvoyant le lecteur au livre morne. A coté de ce livre, on lira avec, grand plaisir celui de notre collaborateur, M. Taine, sur La Foniaitif et ses fables. Tandis que M. Saint-Marc Girardin se plail à relever partout, surtout dans les fables île l.a Fontaine, l'observation de la nature bumaine, M. TaÎDB s'attache à y découvrir une représentation de la société du temps : il prend successivement le roi, la cour, la noblesse, le clergé, la bourgeoisie, l'artisan, le paysan, tels que les donne la chronique, et il les retrouve dans les peintures du fabuliste. On a souvent reproché à M. Taine d'être trop systématique ; mais ce livre, qui est, je crois, son premier livre, est celui où il l'est moins, sauf la préface, qu'il a cru devoir ajouter depuis, en l'honneur des principes, et on y goûte son talent sans avoir à so défendre de son système. Du reste, dans ses ouvrages, le talent domine toujours le système : il en est comme de ces charpentes artificielles, où les plantes grimpent ; la sève vigoureuse
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jetlé scs pousses île tous côtés et cache la machine. Il serait injuste d'oublier un très-bon volume sur La Fontaine et ses devanciers ', par M. Souillé. C'est, comme il l'annonce, une histoire de l'apologue jusqu'à La Fontaine inclusivement ; des comparaisons détaillées de diverses fables sur un même sujet permettent d'apprécier exactement 1'originalilé de notre fabuliste.
Son génie est, Dieu merci, incontesté, et, avec Molière el Voltaire, il est le plus populaire de nos écrivains ; la moralité de ses fables et leur utilité pour l'éducation a été plus contestée depuis J.-J. Rousseau. M. Saint-Mare (lirardin nous parait avoir dit la vérité Ia-dcssH.s ;
■ La Fontaine est uu grand moraliste, parce qu'il sait admirablement peindre cl représenter le came humain i mais no lui demandai pan de le régler et de le diriger. Il n'a jamais :fgH soa cœur, nomment rcglerait-il celui des autres ? C'est un moraliste dramatique, mais non pns un moraliste rlo^raaliquo. Sa moral» n'est ni rigoureuse ni élevée ; c'est celle de ['.'ipériew. , ■ i.- L î i ■ . 1 1 l ' 1 1 j i r i • m i la vie, et toutes les leçons que donne la vie ne sont pas belles et élevées. L'oipcricoce
Encore la morale qui revient. Heureusement M. Laboulaye est là. A la fin d'un de ces jolis contes qu'il nous donne chaque année pour nos tire unes, il écrit : ■ C'est dans les contes de fées que l'imagination règne • sans partage, c'est là qu'elle établit son idéal de jus- » lice, et c'est par là que les contes, quoi qu'on en dise,
Un volume in-8". l'aris, Durand, rue Cujas,