‹ Morale et progrèsChapitre 104 sur 199 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La force morale peut-elle un jour devenir superflue par lea progres de la civilisation? — Illusions de certains philosophes.

— Progr^ incessant de la morale ; acbeminement continu a la perfection^ suivant Charles Perrault, I'abb^ de Saint- Pierre, Kant, Herder. — Extinction, selon Fichte, de la pens^e m^me du mal par une constitution sociale en conformity avec la raison. — C6t^ f&cheux de ce pr^tendu progr^s.

— Condorcet. — Perfectionnement ind^fini, moral et physique.

— Herbert Spencer. — R6alisation, dans Vhomme d6fiDitif, de la morality parfaite. ~- Saint-Simon, Fourier, FAge d*or, la complete harmonic. — D^ch^ance de Tindividu destitu^ de la force morale. — Comment la soci6t6 serait-elle d'autant plus parfaite que les individus seront plus d^grad^s? — N^cessit^ de la force morale inh^rente h la nature de Thomme, — De la mort des n6tres et de notre propre mort. — La mort d'auiant plus cruelle que la vie a M plus dou(^. ^ Sensibility pour la peine augment6e par la prosp6rit6. — Passions et tentations qui ne passeront pas. — Point de perfectionnement social sans force morale on vertu.

n y a une certaine amelioration de rhomme, comme nous Pavons vu dans un pr6c6dent chapitre, qui s'impose en quelque sorte du dehors, et qui s'opere simultan^ment avec Tamelioration des formes sociales. La civilisation, sans am^lio-* rer en rien les volont^s, sans augmenter le nombre des intentions pures et desint6ressees, sans accroitre la force morale et mettre dans les poi-

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trines des coeurs plus nobles et plus vaillants, a cependant pour effet d'adoucir, ou du moins de dissimuler, la rudesse des moeurs, d'empecher un certain nombre d'actions violentes et criminelles par des freins de diff^rente sorte, les uns de Tordre moral, comme Topinion publique, les biens6ances, les moeurs gen^rales, les autres de Fordre materiel, ou de contrainte par la force, comme leslois, les reglements, la force publique, la police et les juges.

Toutefois il ne faudrait pas s'exagerer Tefficacit6 croissante de ces contraintes du dehors, de ces empechements salutaires, au point d'imaginer qu'un jour devraarriver oula force morale, Ternpire sur soi-m^me, la lutte contre les passions, ou la vertu, ne seront plus d'aucune utilite, faute d'occasions de s'exercer, dans une soci^te dont le mecanisme plus perfectionne exclurait la possibilite du mal. A quoi bon, ont dit quelques philosophes qui ont eu le tort de voir le progres la ou il n'etait pas, la ou il ne pouvait pas etre, cette vieille gene de la vertu, ces efforts, ces combats, ces luttes, ces victoires penibles contre soimeme, quand, grac6 a une organisation plus parfaite de la soci^te, la possibility, la tentation meme du mal, seront supprimees, quand nul ne pourra plus faire que ce qui est avantageux aux autres en meme temps qu'a lui-meme ?

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