CHAPITRE NEUVlfcME
une fois la societe constitute, telle que la raison le veut, toute mauvaise action, au lieu d'un avantage quelconque, ne rapportera a son auteur qu'un prejudice assui'^... De la sorte, un moment arrir vera ou, dans sa patrie, a T^tranger, sur toute la surface de la terre, le mechant ne trouvera pas a qui nuire impunement, et par consequent tl se trouvera dcpouilI6 de la liberte et de la volonte meme de faire le mal. Car nous ne pouvons supposer qu'il continue k aimer le mal, si le mal devait avoir pour lui des consequences funestes*.))
II pent paraitre, au premier abord, que-cet affranchissemcnt de la pensee meme du mal soit la plus belle des perspectives pour Favenir de Thumanit6. Cependantil y alk un bien facheux revers que Fichte lui-meme n'a pu entierement se dissimuler. En effet ilest oblig6 d'ajouter : « Maisil faudra en meme temps que de son cdt6 Thomme de bien renonce aussi aux nobles prerogatives de la liberty et de la volonte personnelle. )> Quel est done ce progres d'un nouveau genre, quel est ce perfectionnement singulier, achete, de Taveu de Fichte, aux depens de ces nobles prerogatives de la volonte et de la liberie?
1. Destination de I'homme, 3« partie, la Crorjance, Tradiict. de Barchou de Penhoen.
182 MORALE liT PHOGUfeS
Celte id6e d'un fulur aneantissemeiit du mal moral, par line harmonie de plus en plus grande entre I'interet general et les int6rels particuliers, est commune a Fichte et a Condorcet. Pour Condorcet, comme pour Fichte, le progres des lumieres se confond avec le progres de la vertu. « Les hommes ne pourront, dit-il, s'^clairer sur la nature des principes moraux, sur les motifs d'y conformer leurs actions, sur leurs vrais int6rets, sans faire aussi des progres non moins r6els dans la morale pratique. Les progres des constitutions et des lois ont pour effet de reridre la vertu plus facile, et de diminuef ou d'affaiblir les tentations de s'en ^carter. » Labont6 moi'alo de riiomme, resultat n6cessaire, dit encore Condorcet, de son organisation, est susceptible, comme toutes les autres facult^s, d'un perfectionnement ind6fini; la nature, par une chaine indissoluble, a lie ensemble la verity, le bonheur, la vertu.
On sait que, dans ce perfectionnement ind^fini, Condorcet a compris le perfectionnement de nos qualites physiques et meme la duree indefinie de la vie humaine. Quelques philosophes, comme Bacon, comme Descartes et Leibniz, avaient espere une prolongation plus ou moins longue de la vife humaine, grace aux progres de la medecine et de rhygiene. Mais Condorcet, non content d'une simple prolongation, a ose nous promettre