‹ Morale et progrèsChapitre 109 sur 199 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

un accroissement indefini de la dur6e de cette courte existence, comme une consequence de la perfectibilite sans homes de Tespece. II n'est point de terme au dela duquel, selon lui, la vie huinaine ne puisse s'6tendre dans rimmensit6 des siecles, « point de quantite determin^e qui puisse lui etre a^sign6e coijime limite * .» II ajpute, il est vrai, que Thomme ne deviendra pas immortel; mais n'est-ce done pas une immortalil6 terrestre que cette vie indefinie a laquelle aucune quantite determin6o ne pourra etre assignee comme limite?

Quelque chimerique que soit ce reve dHraraortalite terrestre, ii ne Test pas plus cependant que le reve de I'extinction du mal moral. La nature humaine ^tant donnee, il nous est tout aussi impossible de croire k Textinction dela pensee meme du mal, h la suppression de Tepreuve, a Finutilite de la vertu, faute d'occasions de lutte et d'effort, par le seul effet du perfectionnement de la soci6te, qu'a la possibilite de Textinction de la mort ici-bas, par les progres de la medecine, do rhygiene et du bien-etre ^

1. Progres de Vesprit humain^ 10* epoque; des Progrfes fiitiirs de rhomme.

2. Auguste Comte lui-meme traite severciiient « ces vagues et irralionnelles conceptions de perfectibility indefinie, ces esperances chimeriques et absurdes. »> 11 remarquc d'ailleurs ingC'nieusement que cet accroissement m^me de la vie serait un pro-

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Herbert Spencer semble croire, copame Gondorcet et Fichte, que la perfeetibilit6 doit avoir pour dernier eflfet de faire disparaitre le mal moral du sein de rhumanit6. « Poiirvu, dit-il, que la race humaine ne p6risse point, et que la constitution des choses reste la m^me, les modifications qu'elle a subies et qu'elie doit subir encore doivent aboutir a la perfection. II est sAr que ce que nous appelons le mal et rimmoralit6 doit disparaitre ; il est sur que Thomme doit devenir parfait. » II dit d'ailleurs encore, dans le meme ouvrage : « La morality, Findividuation parfaite et la vie parfaite seront en meme temps realis^es dans rhommedefinitif... Nous marchons vers une epoque de liberte et d'6galit6 ou les sentiments des hommes 6tant parfaitement adapt^s aux conditions d'existence de Tesp^ce, leurs desirs obeiront spontan^ment h la loi de Toflfre et de la demande qui prend alors le nom de justice*. »

gr^s susceptible de tourner contre le progr^s. II en r6sulterait en effet, dit-il, un ralentissement inevitable, sinon une suppression totalc du mouvement progressif, parce que la lutte indispensable entre I'instinct de conservation sociale, caract^re habituel de la vieiUesse, et I'instinct d'innovation de la jeunesse se trouverait notablement alt6r6e en favour du premier 616ment de cet aritagonisme n§cessaire. Philosophie positive ^ 51® lecon.

Moins hardi que Condorcet, Fourier s'est contents de fixer a 196 ans la dur6e moyenne de la vie de rhbmme au phalanst^rc.

1. Social Statics i oi" the condition essential to hiinian happines, specifiedy 1 vol. in-8o. J'extrais ceis passages dela preface du doc-

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II espere, en vertu do la doctrine de revolution, que rhomme deviendra quelque jour, suivant son exfression y or ganiquement raoreih Notez que cette perfection morale, pour Spencer, comme pour Fichte et Condorcet, ne sera nullement Teffet d'une amelioration de la volont6 et des coeurs, mais le resultat necessaire d'une amelioration du m6canisme social, d'un balancement entre les interets, un simple effet, comme dit Spencer, de la loi de TofFre et de la demande, loi qui prendra le nom de justice*.

II faudrait maintenant citer ici, k la suite les uns des autres, tons ces prophetes ou reformateurs du xix® siecle, plus ou moins candides,

teur Gazelle a la traduction des Pt^emiers principes, H. Spencer Iaiss6 entrevoir les m^mes esp6rances dans un remarquable et piq^^ant essai intitul6 : Manners and fashion. Je dois cependant ajouter qu'i en juger par son dernier ouvrage : The study of Sociology ^ in 12, London, 1874, 11 n'a plus la mfime confiance dans les progr^s rapides de Tesprit bumain. L'attente tr^s-mod^r^e, la sobri^te qu'il recommande au sage, en fait d'esp^rance s du meilleur, prouve qu'il est revenu de certaines illusions. Nous aurons occasion d'indiquer plus tard quelques autres vues de sa nouvelle ^ociologie.

1. Lessing pr^dit^ dans son Education progressive du genre humain, I'av^nement d'un r6gne de Dieu sur terre, d'un 6vangile 6ternel ; mais, k la difference de Fichte et de Spencer, il fonde cet av^nement sur ram^lioralion de rhomme int6rieur, et non sur un m^canisme social plus ou moins perfectionn^. « II viendra certainemcnt, dil-il, le temps de la consommation, oi]i, persuade d'un avenir meilleur, I'homme fera le bien pour lui-mfime, sans avoir en vue d'autre recompense que la recompense int6rieure, immediate, du sentiment d'avoir bien fait. »

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plus ou moins sincerement enihousiastes, plus ou moins dangereux, qui out annouce le regne de Dieu, un paradis sur terre, un Age d'or, une parfaite harmonie, k la seule condition que les hommes cl*oient en eux et veuillent bien mettre en pratique leurs receltes sociales *. Saint- Simon et ses disciples nous ont prodigu6 les promesses de ce genre. Par Tassociation universelle du genre humain, ils revent une am61ioration mat^rielle, intellectuelle et morale sans homes et la complete extinction des 6poques critiques, c'esta-dire une paix et une harmonie que plus rien ne trouhlera. On connait ces paroles celebres de Saint-Simon : T&ge d'or n'est pas derriere nous, mais devant nous. « L'age d'or, qu'une aveugle tradition a plac6 jusqu'a present dans le passe, est devant nous. Marchons comme un seul homme, suivant la helle expression d'un poete ancien, et inscrivons sur nos pacifiques hannieres : Le paradis terrestre est devant nous.))

Les idees de Fourier, quelque hizarres qu'elles soicnt, Tattraction passionnee, la complete har-

d. Opinions philosophiques^ litUralres etin(jlusirielles^\n\iQdMt' tion. L'abb§ de Saint- Pierre avait dit la mSme chose avant Saint- Simon : « Les potiites ont feint de placer TAge d'or ati temps de Saturne et de Rhee, c'est-a-dire qu'ils ont imaging des si^cdesoii les liooimes, vivant dans la justice, dans Tinnocence, dans la Concorde et Tabondanee, etaient parfaitement heureux; mais ils ont feint follement que cet, age a 6t^ le premier. «

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