‹ Morale et progrèsChapitre 110 sur 199 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

monie, veritable d61ire de rimagination et des sens, ont cependant seduit un certain nombr^ de disciples. Sans entrer dans aucun detail, je rappelle settlement ces imaginations folles du travail toujonrs attrayant, du mal transform^ en bien, du vice en vertu, gr&ce aux ingenieuses combinaisons du phalanstere, qui sont la par tie neuve de ce naif d6vergondage d'immoralite systematique. Qui, plus que Fourier, s'est jamais moque de la morale et des moralistes, de leurs vieux preceptes . d'abstinence, de moderation, de resistance aux pr6tendus mauvais penchants, d'empire sur soimeme, de force et de courage, de la chimere du devoir et du sacrifice ? A quoi bon tout cela? h quoi bon d^sormais se priver, s'absteuir, et se mettre pour ainsi dire en penitence, puisque Tinventeur du phalanstere a trouve le secret merveilleux de transformer le travail en plaisir et de faire tourner a bien, pour Findividu et pour la societe, par un habile engrenage, le d^bordement sans nul frein, et constamment excite, de tons les vices et de toutes les passions * ?

Que faut-il penser de ces reves de perfection morale et de bonheur, et de ce cong6, plus ou moins prochain,signifi6 a la vertu, comme choso

i. Voir I'onvrage, si plein de sagesse, de sens et dVsprit, do M. Reybaud sur les R4formateurs eotitemporaim, 2 vol. in-8«, 1843.

188 MORALE ET PROGRfeS

vaine etsuperflue, par jene sals quelle metamorphose de la natui^e humaine et par un miracle de la civilisation * ? Mais d'abord, pour mieux en juger, essayons d'entrer dans la pensee de Fichte; supposons que le dernier degr6 de la civilisation ait pour eflfet de dispenser Thomme de la vertu, en faisant disparaitre toutes les occasions de Texercer. Par cette sorte de delivrance, par cet aflPranchissement de la contrainte du devoir, que deviendrait Thumanite? N'aurait-elle pas plus perdu qu'elle n'aiirait gagne? Ne seraitce pas pour elle une veritable d6ch6ance que ce depouillement, cette abdication de la liberte et de la volenti, ses deux plus nobles prerogatives suivant Fichte lui-meme ?

Dans notre monde d'aujourd'hui,rindividu qui n'exerce pas sa liberte, qui n'a pas de volont^, qui s'abandonne sans resistance k tous ses in-stincts et a toutes ses passions, passe a bon droit pour un etre humain d6chu ou non developp6 ; c'est une chose et non pas une persbnne. Dans

1. On sail comment Alfred de Mussel s'est spiritttellement moqu6 de ces pr6tendus r^formateurs :

L'universi mon ami, sera bouleverse:

On ne volra ptas rien qui ressemble au passS...

J'abolia la famille et romps le mariage...

Lc monde sera propro et net comme une ecuelle ;

L'humanitairerie en fera sa gamelle.

Durand et Dupont.

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