‹ Morale et progrèsChapitre 120 sur 199 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

cratie, de meme qu'il faut plus d'empire sur soi, suivant un vieil axiome moral, pour supporter la pposperite que la misere. De la meme nos plus grandes apprehensions, dans le present ei dans Favenir, touchant les destinees du progres et de notre civilisation. Nous ne faisons maintenant que les indiquer ; plus tard nous y reviendrons avec plus de developpement, sans rien dissimuler de nos inquietudes et des dangefs que certains progres peuvent faire courir au progres lui-m6me, faute d'un aceroissement proportionnel du sens moral et de la vertu.

Resumons cette discussion de mani^re k ne laisser, s'il est possible, aucune obscurite sur notre pens6e. Les perfectionnements de I'ordre social peuvent avoir pour efFet, nous Favons accord^, de mettre certains empechements et certains freins k la violence, k la force brutale, a des crimes, k des exces qui sont plus frequents dans une society moins civilisee.

Mais nous croyons avoir aussi montr6 que ces empechements et ces freins, tout exterieurs, que cette amelioration forcee, et par le dehors, du citoyen, qui se sent plus on moins contenu dans ses mauvais penchants et ses mauvaises pens6es par la loi, ou meme par Topinion et par les moeurs publiques, n'^tait pas a mettre au compte de la vertu et des progres du sens moral. Enfin nous venons

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de faire voir que, quelle que soil I'efficacite de ces progres de Tordre civil pour nous contraindro a ne pas violer les devoirs de 16galil6, la vertu publique et priv6e, en d^pit de tons les reves des r6formateurs, devra toujours subsister, sinon on verra s'ensuivre infailliblement dans Tavenir, comme on Fa toujours vu dans le pass6, une profonde dech6ance de Tindividu, qui a pour suite une d6ch6anee non moins profonde, une sorte d'efFondrement de la society elle-meme s'affaissant et s'abimant, par Fabaissement des -caracteres et des courages, par I'avilissement des ames, au sein de la servitiade et d'une corruption universelle.

Done il n'y a nul 6tat possible de rhomme et de la society ou vivre ne soit pas combattre \ ou la tentation, r6preuv,e, la souflErance, disparaissent, ou la farce pour en triompher devienne comme une vieille armure de rebut et de nul emploi, malgr6 les developpements ind6finis de Uintelligence, malgre tons les perfectionnements imaginables de Tordre social.

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