CHAPITRE DIXIEME
cours, aux maximes, aux sentiments, des moialistes anciens, compares a ceiix des modernes, nul doute qu'il eiit d6couvert chez les seconds quelque chose de plus quo chez les premiers, quelque iota ajout6, pour parlor commo lui, en fait de justice, et surtout en fait do bienfaisance et de charit6. Le paganisme a conuu a peine, ou memo il a tout a fait ignor^, des id^es et des sentiments qui se sont developp^s, soit au sein du ebristianisme, soit dans les temps modernes. Je prends pour oxemple le pr^cepte de respecter ceux qui sont au-dessous do soi, si mal a propos cite par Buckle en favour de rimmobilit6 pr6tendue des id6es morales. Le respect a regard de tous, memo a Tegard des plus humbles et des plus petits, n'a-t-il done pas fait quclques progres dans le monde, depuis le jour ou le ebristianisme a enseigne que tous les hommes, sans exception, av'aient ete racbetes par le sang d'un Dieu? L'aritiquite a-t-elle eu la memo idee que les temps modernes des droits de Thomme, de la dignity bumaine dans tous les rangs et chez tous les peuples *?
Sans nous arreter plus longlemps k r6fuler celte premiere err eur, qui n'est pas plus la grave,
i. Voir le deriiier chapitre, tniitul6 lo progrfea, de Tonvrage de M. Baudrillart but la Liberia el le trnvaiL
210 MORALE KT PUOGUKS
poursiiivons rexposilion et la critique de la these fondameiitaljB do Buckle.
A cette immobilit6 pretendue de la science morale il oppose la mobilite, lafecondite de i'element inlellectuel. Le tableau du progres intellectuel est la partie brillantc et vraie de Thistoire de la Civilisation en Ajigieterre, Les counaissauces scientifiques s'ajoutent sans cessc les unes aux autres ; les hypotheses, les experiences, les inventions, les decouvertes, se succedent sans interruption; des sciences anciemies sont renouvelees, des nduvelles sont cr6ees, Comparez les plus c61ebres systemes de morale aux systemes scientifiques ; ils sont tons les memes au fond, selon Buckle, a quelque epoque qu'ils appartiennent, tandis que les seconds se distinguent par des diff6renees fondamentales. Se peurt-il qu'un element immobile fournisse la matiere du progres, c'est-A-dire de ce qui change continuellemeiit? I>onc, dansTe- 16ment intellectuel tout seul, a cause de sa mobilite, doit se trouver la raison du progres dont Tessence meme est le changement.
Voici encore un autre avantage en faveur de Felement inlellectuel. Non-seulemcnt il est mobile, mais ses oeuvres sont transmissibles et se T>erpetuent facilement a travers les siecles. Les resullats intellectuels ont le don de survivre ii coux qui en sont les auteurs; une fois acquis a