CHAPITRE DIXIEME 'iVo
tions^ bonne tete, conscience, vertu, c'est dela que vieni^fint les plus grands maux dont les peuples aient jamais eu a souflFrir, si nous en croyons Fauteur de rhistoire de la Civilisation en Angle- /^/re. Parcourcz, dit-il, Thistoire; voyez aToeuvre, dans tons les temps, les hommes vertueux animus des intentions Jos plus droites et les plus puros, mais ignorants. Que ces hommes, pour le malheur de I'humanit^, aient la puissance dans leurs mains, on les voit faire d'autant plus de mal qu'ils sont plus sinceres, plus convaincus, plus devoues ^ Quels ont ete, dans tons les temps, les hommes les plus durs, les plus impitoyables, quels sont ceux qui ont verp6 lo sang avcc le moinsde scrupule et le moins depitie? L'histoire, et les t^moignages les plus v6ridiques, nous attestent que ce ne sont pas les plus pervers et les plus corrompus, mais des gens d6sinteresses, parfaitement intentionn6s et de moeurs iireprochables ^
1. Pour moulrer que nous u'exagerons rien, il est hon de ciLer ici les propres expressions de Buckle: « There is no instance or record of one ignorant man who having good intentions, and supreme power to enforce them, has not done far more evil than good. » Chap, iv, p. 183.
2. Tel est sans doute le sens dans lequel Pascal a dit : u Jamais on ne fait le mal si pleinement et si gaiement que quand on le fait par conscience. » Pe7iseeSy edit. Havet^ art. 21, 43. — M. Guizot cite ce mot analogue de Chanifort : « 11 u'y a rien de plus daugereux qu'un honn^te homme qui fait un viiaiu metier. » M. Guizot liii-m^me ajoute : « Je ne couoais rien de
Tels ont ete les inquisiteurs les plus cniels , les fanatiques religieux et politiques, de tous les temps et de tous les pays. Plus leurs bonnes intentions 6taient fermes et ardentes, plus ils ont fait de mal dans la mesure de leur puissance. Au contraire, diminuez la sine6rite de ce fanatique ignorant, religieux ou politique, melez aux motifs sacr6s qui le font agir quelque alliage impur de sentiments profanes, a Finstant vous diminuez d'autant son impitoyable 6nergie pour le mal. Si, par bonheur, il est ego'iste en memo temps qu'ignorant, k Tentetement de son ignorance vous pourrez du moins opposer son 6goisme ; par Tinteret ou par la crainte, vous pourrez mettre quelque frein a sa mechancet6, vous avez prise sur lui. Mais, s'il est etranger a Tegoisme et a la crainte, s'il n'est accessible k aucun genre de corruption, s'il a pour unique objet le bien de la soci6t6 ou de la religion, s'il poursuit ce but avec conviction, avec foi et enthousiasme, il n^ a plus de frein pour Tempecher de faire tout le mal qu'il fera infailliblement dans son ignorance et dans son fanatisme. Le meilleur des empereurs,
plus dangereux que les erreurs et les crimes dont les auteurs ne reconnaissent pas I'absurde et odieux caract6rjB. » Histoire de France, 3« vol. p. 176. Mais l€s exc6s accidentels du fanatisiue ue sauraient en nen justifier Buckle de la guerre aveugle qu'il entreprend contre r616ment moral, sans lequel toute soci6t6 iiianquc par le fondement.