‹ Morale et progrèsChapitre 130 sur 199 · CHAPITRE DIXifiME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXifiME

autres ; et si Ton ne travaille sur ce fonds, toutes les autres vertus, si eclatantes qu^elles puissent etre, ne seront que des vertus de parade et appliquees par le dehors, qui n'auront point de corps et de verite * . »

S'il est arrive que des hommes coiTompus ont fait quelque bien a leur pays, c'est malgr6 leurs vices et non a cause de leuiV vices. lis etaient corrompus, mais, au sein de leur corruption, ils avaient garde sans doute quelques sentiments d'honneur et de courage, Tamour da leur pays

et de la grandeur de TEtat, la fid61ite a quelques nobles idees. Si leurs vices ont 6te aubien, c'est parce que, comme le dit Vauvenargues dans un passage deja cite, ils 6taient mel6s de quelque vertu. Mais, en depit de toute la predilection de Buckle pour les hommes d'fitat et les ministres sans conscience, pervers et corrompus, nous conseilldns a tons, peuples et individus, de n'avoir qu'une confiance mediocre en celui qui n'a que Fintelligence sans nuUe honnetete.

C'en est bien assez contre cet odieux paradoxe des dangers deThonn^tete, ou, ce qui revient aumeme, des avantages de la corruption chez les hommes publics. Mais nous n'en avonspas encore fini avec

J. Pan4gyrique de saint Joseph.

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Fanalyse et la critique de la doctrine de Buckle. Pour emprunter de nouvelles preuves , aux grands faits de Thistoire de la civilisation, il recherche les causes qui ont le plus contribu6 k TaflFaiblissement des deux iOieaux les plus funestes pour rhumanite, la persecution religieuse et la guerre. Ni Tun ni Tautre de ces iOieaux n'ont disparu, ni Tun ni Tautre ne semblent meme a la veille de disparaitre, malgre Toptimisme trop confiant de Tauteur de VHistoire de la civilisation en Angleterre. II y a encore, dans certains pays, de veritables persecutions religieuses ; il y en a, meme chez nous, ou les rdles sont, en quelque sorte, intervertis entre les persecuteurs d'autrefois et les pers6cut6s d'aujourd^hui. Ce ne sont plus les croyants qui persecutent les incr6dules; ce sont les incr^dules qui se mettent a pers6cuter les croyants. Quant a la guerre, nous venous d'en faire la triste experience, le jour n'est pas venu, et sans doute il est encore bien 61oign6, ou elle disparaitra du monde civilised Cependant, malgr6 de si cruels retours, malgr6 taut de dementis donnes aux esperances et k Toptimisme des amis de la tolerance et de la paix, malgr6 meme nos

1. Leibniz raconte qu'un aubergiste hollandais avail pris pour enseigne un cimeti6re. avec celte inscription au bas : « A la paix perp6tuelle. » L'ironie ne serait pas moins juste aujourd'hui qu'au xvii'sifecle.

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