CHAPITRE DlXlfiME
bien sombres provisions, nous reconnaissons que, somme toute, Fesprit de paix et de tolerance a fait quelques progres parmi les hommes, depuis les temps anciens et le moyen Age jusqu'aux temps modernes. La question est de savoir k qui revient Thonneur de ce double progres, quelque incomplet qu'il soit encore.
Selon Buckle, F Element moral, c'est-k-dire la religion, la morale, la philantropie, la charity, la vertu,n'y seraient absolument pour rien. Ici encore, ilnous met au defi de citer une seule maxime morale, decouverte par les modernes et ignor6e des anciens, qui ajoute quelque chose k Thorreur que la guerre doit naturellement inspirer.-Ne savaiton pas, par exemple, dans TantiquitO, tout aussi bien qu'aujourd'hui, que les guerres oflFensives sont injustes et que les guerres d6fensives seules sont conformes a la justice et au droit? Si la religion, la morale, le droit des gens, ne nous ont rien appris la-dessus de nouveau, d'ou est venu le changementj sinon de la science toute seule et de rindustrie?
Les armes a feu *, la vapeur, la facilite des
1. II n'est nuUement certain, quoi qu'on I'ait dit bien souvent, que le progres des armes et de Fart militaire tende a diminuer le nombre des guerres. L'ambition, Taudace, le d^sir d'accabler des peuples voisins moins bien arm^s, semblent croitre au contraire avec le perfectionnement des armes et des
communications, les notions de Feconomie politique de plus en plus repandues, voila ce qui a diminue, dans les soci^t^s modernes, le prestige de r^tat militaire et detourne les esprits de la guerre. Se connaissant mieux, les nations se detestent moins^ « Elles ne sont pas plus disposees k s'entre-tuer, dit Buckle, que lemarchand et son client. »
Sans m6connaitre Tinfluence de toutes ces causes, nous pensons qu'il faut y joindre Tinfluence, non moins considerable, des idees morales et religieuses. Est-ce la science qui, dans les guerres du moyen 4ge, avait institue la treve de Dieu? La science, au contraire, en perfectionnant les moyens de d6truire, n'a-t-elle pas pouss6 plus d'une fois k la guerre despeuples confiants dans la superiorite de leurs fusils etde leurs canons? La charit6 enfin n'a-t-elle pas sa part dans I'adoucis-
sement des maux de la guerre, dans la piti6 k
machines de guerre. H y a du vrai dans cette remarque d'un savant allemand qui est ch complet disaccord avec Buckle et qui doit s'y connaltre davantage. Avec le progr^s constant de la civilisation dansle perfectionnement desarm6es permanentes, jes guerres, dit Haeckel, deviendront naturellement de plus en plus fr6quentes. Histoire de la creation, T logon, in-8, 1874, traduction du docteur Letourneau.
1. Ne se d^testent-elles pas aussi quelquefois d'autant plus qu'elles se connaissent davantage? C'est entre voisins que les querelles sont plus fr6quentes et plus vives. N'est-il pas arriv6, quoi que dise Buckle, que le marchand 6gorge le client, ou le client le marchand, pour le voler?