‹ Morale et progrèsChapitre 140 sur 199 · CHAPITRE ONZrtME 23t · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZrtME 23t

gres, en une irresistible fatality qui toujourspousse rhuoianite, en d6pit de tout et malgr6 tout, vers un etatmeilleur. Mais nous avons dejavuque nous n'allons pas forc6ment vers le bien, mais seulement par notre effort propre ; que les nations, coname les individus, ont le merite et la responsabilite de leur grandeur et de leur d6ch6ance, que leurs qualit6s morales les 61event, que la corruption, led^fautde courage, les font d6choir et succomber. De Ik aussi, encore une fois, toutes ces vicissitudes de la civilisation etduprogres, toutes ces fluctuations et oscillations, ces interruptions, ces defaillances, cestransferements, quimettenta une si dure 6preuve le g6nie inventif et subtil des adeptes du progres fatal ou de la s6rie continue, et qui nous remplissent d'appr6hensions, en meme temps qu'elles doivent nous exciter k redoubler d'efforts et de vigilance.

Si la civilisation et le progres sont sujets k tant de perils, ne valait-il pas mieux que Thumanit^, au lieu d'etre livree a elle-meme, fAt fatalement poussee a aller toujours vers le meilleur, par une voie droite, sans jamais devier?La question est la meme que celle de savoir s'il ne valait pas mieux pour Thomme n'avoir pas recu en partage la liberte dont il abuse, la liberte qui est la source de tant de maux ; s'il ne valait pas mieux, comme dit quelque part Voltaire, que Dieu Teiit priv6

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Du pouToir malheareux de lui d^sob^ir.

Contentons - nous de repondre par la c61ebre et eloquente protestation de Rousseau, qui s'applique au progres libre, comme a la liberte ellememe : « Quoi ! pour empecher Thomme d'etre m^ehant, fallait-il le borner a Tinstinct et le faire bete? Non, Dieu de mon &me, je ne te reprocherai jamais de I'avoir faite k ton image * ! » Le progres etant notre oeuvre, de nreme qu'il ne nous est pas permis de compter sur le destin, sur rinfluence des astres, pour nous sortir d'embarras, de meme aussi il ne nous est pas permis de jamais d^sesp^rer. C'est a nous d'y travailler sans rel4che, k nous de le preserver de toute atteinte, afin de ne pas laisser se perdre, on s'alterer. en nos mains, ce precieux d6p6t, ces produits ant6rieurs deThumanite, transmis par toute la s6rie des savants, des moralistes, des 16gislateurs,.des guerriers,des artistes, des grands peuples, qui •se sont succ6de depuis le commencement du monde. Cette vigilance semble aujourd'hui d'autant plus n^cessaire que, de quelque c6t6 que nous jetions les yeux a Thorizon, nous d6couvrons de bien noirsnuages; que nous voyons s'alarmer nonseulement des partisans chagrins du pass6, mais les amis les plus ardents et les plus sinceres des

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