CHAPITRE ONZlfcME
choses nouvelles, du progres, de la liberie, de la d6mocratie.
Ces ennemis int^rieurs que le progres recele, pour ainsi dire, au dedans de lui-meme, ces perils intimes qui croissent, plutdt qu'ils ne diminuent, avec la civilisation, et contre lesquels il faut sans cesse se premunir, a peine de d6choir et meme de perir, sont en grand nombre et de diff^rentes sortes. Les uns appar tiennent plus parti culierement a I'ordre materiel et economique, d'autres a Fordre intellectuel et moral, d'autres enfin a Tordre social et politique. Nous les exposerons tour a tour, sans avoir la pretention de suivre un ordre rigoureusement m6thodique. Nous-meme, dans ces tableaux un peu sombres, nous tacherons de nous mettre en gai:de contre ces exag6rations des pessimistes etdes m6contents, sous tons lesr6gimes, que nous avons signal6es en commencant. Nous vou- Ions combattre la pr^somption orgueilleuse, diminuer la confiance excessive de certains oplimistes qui semblent croire que le progres et la civilisation sont des biens d6sormais assures et a I'abri de toutes les catastrophes ; nous voulons mettre le mal en relief pour en tirer un avertissement salutaire, mais nous ne d6sesperons pas de Tavenir, h la condition toutefois d'un r6veil des ames, d'une reaction morale 6nergique a Tencontre de tant de causes de decadence.
« Nous sommes meilleurs que nos peres, » adit Uruizot dans PHistoire de la civilisation en Europe. Cola est certain, ou cela est douteux, selonle sens ou on Tentend, d'apres la distinction que nous avons faite, et selon qu'il s'agit d'amelioration sociale ou de Fam^lioration int6rieurc de Tindividu. On ne peut guere, malgr6 tout le mal qui subsiste, contester Vam61ioration sociale ; quant a une amelioration interieure, elle ne saurait etre, coinme nous I'avons vu, affirm6e et d§montr6e. D'ailleurs Tillustre auteur ajoute lui-meme immediatemont : « Cependant ne nous livrons pas trop au sentiment de notre bonheur et de notre amelioration ; nous pourrions tomber dans deux graves inconv6nients, Torgueil et la moUesse; nous pourrions prendre une excessive confiance dans la puissance et le succes de Tesprit humain, de nos lumieres acluelles, et en memo temps nous laisser 6nerver par la douceur de notre condition ^ »
En effet un des plus grands dangers de la civilisation est dans cette existence facile et douce qui affaiblit, qui enerve les ames et les caracteres. Si la civilisation est favorable aux vertus douces et sociales, elle Test moins a d'autres vertus, a celles qui ont ete de tout temps plac6es plus haut dans Testime et dans 1 'admiration du genre hu-