CHAPITRE ONZlfcME
tiles developpements, ni faire un sermon centre Vexces du luxe contemporain \ nous nous bornons a indiquer des dangers et des maux qui sent la consequence ordinaire du progres de la richesse, quand ils ne sent pas accompagn^s de Tesprit de charite et de quelque empire sur les passions. Sans 6voquer, comme Rousseau, la grande ombre de Fabricius, nous ne pouvons nous empecher de croire que tout n'est pas nouveaute, paradoxe et erreur, dans Tinfluence corruptrice qu'il attribue a la richesse et k la civilisation. Quand il accuse les progres de Tindustrie, des arts et du luxe d'amoUir les ames, loin de faire un paradoxe, il ne fait que reprendre et rajeunir un lieu commun de la morale paienne, comme de la morale chr6tienne. II r6pete, en son Iangage eloquent et passionn^, ce qu'avaient dit Platon dans la Reptibliqiie et dans les Lois^ Lucrece dans le 5' livre de son poeme^ Seneque dans les Lettres a Lucilius S etce qu'ont dit
1. Je n'en connais pas de meilleur que la conf6rence h Notre- Dame du P. F61ix sur le luxe comme obstacle au progres. Conferences de Notre-Damcj 1857.
2. Quod si quia vera vitam ratione gubernat, Divitise grandes bomini sunt, vivere parce,
•iEquo animo; neque enim est unqaam penuria parvi.
Liv. V, V. il66.
3. c< Quidni ego illud locupletissimum mortalium genus dixerim in quo pauperem invenire non posses? Irrupit in res optime positas avaritia, etc. » Epist. XC.
2o0 MORALE ET PROGRfcS
a leiir tour les moralistes chr6tiens, qui tons out fait la guerre a la corruption engendr6e par les progres d^ la richesse et des ^arts, s'ils ne sont pas accompagnes par un developpement correspondant de la morale.
La civilisation contient et modere, il est vrai, dans ]e train ordinaire des choses, Texplo&ion des passions violentes et brutales, mais elle semble favoriser une corruption qui ne laisse plus rien subsister de viril dans les ames* La force , le courage , Tenergie , les "facult6s morales, comme toutes les autres, ne croissent et nc se fortifient que par Fexercice. Aux prises avec des obstacles sans cesse renaissants, avec des dangers de tous les jours, avec une lutte continuelle pour Texistence, sans nul appui, sans nul secours de TEtat, comme il arrive dans une soci6te pen avanc6e, la volonte, dans la plupart des individus, devient plus forte et plus energique *. A mesure que tout nous est fait plus doux et plus facile, a mesure que les barrieres s'abaissent, que les obstacles diminuent, ne semble-t-il pas qu'on devienne plus lS,che en face de la douleur, en face de Tinjustice, on meme en face des envahisseurs?
1. « C'est dans les facilit6s m^mes d'une civilisation tr^s-perfectionn6e que T^nergie du vouloir et le d6veloppement individuel rencontrent aujourd'hui un permanent obstacle. » Baudrillart, la Famille et I'Mucatioyi en France, chap, iv, in-12, 1874,