‹ Morale et progrèsChapitre 151 sur 199 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Suite des apprehensions. — Caractere inquiet, fievreux, frivolc et sterile de I'activit^ excit6e par la civilisation. — Dangers de la science ais^e. — Affaiblissement de la vigueur de Pesprit. — Influence sur la Utt6rature contemporaine. -- Tendance k tout sacrifier pour le suffrage de la multitude et pour le gain. — Tendance h rendre la science superficielle pour la mettre k la port6e du plus grand nombre. — Conditions morales de la haute culture scientifique et litt^raire. -* Dangers de certaines d^couvertes. — Progr^s des moyens de nuire* — Oi\ s'arr^tera leur perfectionnement ? — Dangers de Tordre moral. -^ De Tart de pervertir les esprits. *- Pernicieuse influence de cerlainefi theories* — Page proph6tique de Leibniz. — InSgalit^s plus vivement scnties et plus nombreuses depuis r^tablisscment de r^galit^ civile et politique. — Nulle source plus f^conde dln^gfilites que la liberte et r6galit6 des droits. — Plus la civilisation se perfectionne, et plus grande est la necessite d'un frein moral.

De meme que I'existence ais6e, par suite des progres de rindustrie et de la richesse, a ses inconv^nients et ses dangers pour la force de la volonte et Tenergie du caractere, de meme la science » ais^e, par la suppression des hautes theories et des demonstrations difficiles, pent aussi avoil* les siens au regard dela haute culture intiellectucjlle et

de la force de Fesprit. Autant est diminuee la necessite de TeflPort, autant risquent de s'aflFaiblir la volonte et Tintelligeiice. II est vrai que la civilisation, par la multitude des desirs, des besoins et des soucis, par la complexite des int^rets, stimule une certaine activity des esprits ; mais cette activite a quelque chose de factice et de malsain ; elle est inquiete, fi6vreuse, trop souvent st6rile, ou meme nuisible, par defaut de calme et de reflexion. Non-seulement elle est irrefl^chie, mais, faute d'un but 61eve, elle tend a s'exercer dans des regions d'un ordre inferieur, uniquement en vue d'un profit materiel et de quelque utilite immediate ' . De li une influence funeste sur la culture des let-

1 . Dans Touvrage de Bageliot, que nous avons d^ja cit6, il y a uu certain nombre de remarques, qui ne sont pas sans justesse, sur les inconv^nients de cette activity fievreuse. Sans aller jusqu'^ dire avec Pascal « que tout le malheur des liommes vient d'une seule chose , ^ui est de ne pas savoir demeurer en repos dans sa chambre, » il est d'avis <}ue nous aurions 6t6 une race plus sage, si nous avions 6t6 plus capables de demeurer en repos. Nous aurions bien mieux su comment il fallait agir quand le moment de Taction serait venu. Pour agir juste dans les temps modernes, il faut r^fl^chir et calculer. Comme exemple, il donne la guerre telle que les Prussiens ToDt faite. La pliilanthropie elle-m^me, pour Hre rest^e impatiente et pour avoir imaging qu'elle pent faire beaucoup en agissaut promptement, a souvent produit plus de mal que de bien. Que de mines dans le commerce, faute d'avoir su se reposer et de n'avoir pas born6 ses operations suivant ses . capitaux, etc. ! (Voir la 4« partie du Deveioppement des his scieritifiques dej nations.)

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