‹ Morale et progrèsChapitre 16 sur 199 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

la spontaneity, la liberty, avec toutes leurs suites, avec tons leurs ecarts, qui 6cliappent par leur nature aux prises d'une loi necessaire, qui dejouent les plus savants calculs et les provisions en apparence les mieux fondles.

Aussi, k quelles interpretations arbitraires, a quels subterfuges, k quels sophisnres, ne sont paS obliges de recourir, pour accommoder Thistoire a leur doctrine, les defensenrs du mouvement en avant, n6cessaire et continu,.de Thunianite, les partisans de la serie non interrompue de ses progres? Comment, en face de toutes ces vicissitudes des nations et des empires, de ces retours de barbarie et de misere, apres des jours prosperes, en face de ces periodes alternatives d'ombre et de lumiere, de ces triomphes eclatants de la force et de Tinjustice, persister, sans aller contre Tevidence meme, dans cette foi, non moins aveugle que celle du docteur Pangloss, que totit va toujours pour le mieux, on, ce qui revient au meme, que le progres s'avance en ligne droite? En outre, on enleve la moralite de Thistoire, comme de la physique ou de la chimie : si tout va necessairement du pire au mieux, rien n-cst bon, par la consequence la plus rigoureuse, que ce qui r6ussit; rien n'est mauvais, sinon ce qui echoue.

Or, remarquons, en passant, que ce sont les

partisans les plus fanatiques du progres n6cessaire et continu, Pierre Leroux, par exemple, qui, sans nul souci de se contredire, se sont le plus elev6s contre Fadoration de la victoire. A quelles d6clamations de leur part n'a pas 6t6 en butte le chef de la philosophie eclectique, pour avoir dit qu'en d6finitiv^, dans les grandes luttes de Thumanit^, la victoire appartenait toujours au meilleur? La loi du progres continu, telle qu'ils Tentendent, ne consacre-t-elle done pas, d'une maniere bien plus absolue, la loi du vainqueur et du plus fort?

Que de biais, que de detours pour echapper aux dementis des faits historiques ! Quelques-uns ont imagine une marche en zigzag, une ligne en spirale, au lieu d'une ligne droite. Mais jiuUe figure de g6om6trie, nuUe loi de la m6canique, nul I'hythme r^gulier, ne s'ajuste a toutes ces fluctuations et ces oscillations si diverses, a tons ces pas en avant, en arriere, par c6t6, k ces progres et ces retraites, itus reditusque, comme dit Pascal \ a ces points de rebroussement, suivant une expression de Leibniz, ou meme aux fameux corsi et ricorsi de Vico. L*action des societes sur ellesmemes, les passions, les vices et les vertus, la force et la d^faillance des individus et des peuples, les ames, les caracteres, la liberte, pour tojiit

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