‹ Morale et progrèsChapitre 17 sur 199 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

dire en un mot, dejouent sans cesse les provisions, troublent la rigueur des calculs et la Constance de ces lois pretendues de la marche de rhumanitO. Le but de cet ouvrage est precis6ment de montrer que le progres est notre oeuvre, qu'il depend de la liberte et de I'intelligence, qu'il a pour condition la morality, sinon de tons, au moins d'un grand nombre. C'est par la que s'expliquent toutes ces irrOgularites , ces vicissitudes , incompatibles avec une loi regissant rhumanite , comme Tattraction r6git le monde physique. Les diverses g6n Orations, les divers peuples qui se sont succOde sur la terre, les 4mes libres dont ils se composent, ont la responsabilitO du mal, comme aussi elles ont rhonneur et le merite du bien, c'est-a-dire du progres qui s'accomplit au sein de ThumanitO, sauf la reserve des circonstances qui, pour les sociOtOs, comme pour les individus, peuvent att6nuer cette responsabilite. La cause principale de toute grandeur et de toute decadence est, en derniere analyse, dans TactivitO intellectuelle, dans rOnergie morale, dans la prevoyance, dans la sagesse des hommes de telle ou telle epoque, dans les ames et dans les caracteres. Nulle nation n'a 6t6 fatalement predestinOe k s'61ever ou a perir.

« n n'y a, dit le P. Gratry, dans le sein des nations ni ce venin mortel ni ce baume

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triomphant; il y a dans les peuples, comme dans les hommes, la libert6^ »

La maxime fataliste du poete latin : Fatavolentern ducunt nolentemque trahunt^ ne saurait s'appliquer au progres de Thumanit^ ^

La croyance a la n6cessit6 du progres n'est pas moins dangereuse que fausse ^ Rien ne favorise plus Tabandon de sbi-meme, le d6sint6ressement de la lutte et du devoir, Tinerte resignation, la croyance a la fatalit6, le sophisme paresseux% Xoyo? apY©?? comme Tappelaient les anciens, ou le fatiim mahumetanum^ que cette pr6tendue necessite du progres. « Le progres, dit Proudhon dans un ouvragepost6rieur a celui que nous avons cit6, et oil il se refute lui-meme, n'est pas organique et fatal; s'il r6tait, que signifieraient nos impatiences. et nos coleres? Pourquoi vouloir aller plus vite que les violons? Le progres a pour moteur la liberte. II pez'met au philosophe d'expliquer les

1. La Morale et la lot de Vhistoirey 2 vol. in-S®, 1868, chap. iii.

2. M. Javary, dans une th^se sur Vldie du progres^ ou il ne s6pare pas le progr6s de la liberty et du devoir, dit bien : « Le inieux ne s'accomplit de lui-m6me et fatalement sur aucun point, bien qu'il soit, pour parler d'une mani^re absolue, toujours possible. » 3' partie, Conclusion.

3. Ce sophisme consistait h, dire : Si ce que je d6sire doit arriver, il airivera quand je ne ferais rien; s'il ne doit pas af river, il n'arrivera jamais, quoi que je fasse. La conclusion est done qu'il ne faut rien faire.

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