Hisfoirf de h mvolrttion^ |iv. ]II, chap. i«r
Que n'avons-nous pas vu, et quel r6veil, apres de nouveaux progres dans les lois et, au moins en apparence, dans les moBurs, apres des illusions non moins grandes que celles des hommes de 89? La peine de mort pour d61it politique est abolie, mais non pas les massacres politiques. Supposez que les insurges de juin, en 1848, aient et6 vainqueurs, ou que la nouvelle commmune de Paris ait dur6 autant que ses ain6es, d'odieuse memoire, supposez que son empire se fut etendu, au dela de Tenceinte d'une vilie, «ur la France tout entiere, 1871 aurait sans doute d6pass^ les horreurs de 93 et de 94 *. Ainsi cette pr6tendue douceur de moeurs, ces sentiments philantropiques et humanitaires n'6taient qu*^ la surface, ils n'existaient en r6alit6 que chez quelques-uns senlement, et non dans la foule ; TefiFervescence des mauvais penchants etait comprimee par la force ; la m^chattcet6, comme dit Kant, n'etait que voilee par la contrainte des lois. Mais que cette contrainte vienne k se reMcher, que le lien social se dissolve un seul jour, qu'une revolution survienne, qu'il y.ait, comme on dit, desjournees,
1. M. Baudrillart a bieii dit de la Commitne de Paris : « Avertissement aussi liumiliant que terrible que riiomme n'est jamais si pr6s de deveuir m^chant que lorsque sa bont<^ absolue est pos6e en dogme ; barbare, que quand la civilisatiou est suppo»6e toucher a son apogee. » Revite dex Deut-Mondeft^ 15 f^vrier 1871. Des papiers de la Commune.
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le voile se cl6chire, et tout a coup, au milieu meme de la ville qui se dit la capitale du monde civilise, on voit 6clater des horreurs digues des sauvages et des cai\nibales.
Suivant une remarque ingenieuse, et malheureusement trop juste, de Bagehot, il arrive souvent dans les £tats ce que les physiologistes appellent atavisme dans les individus, c'est-a-dire un retour partiel des hommes k la nature instable de leurs anc^tres barbares. Des scenes decruaut6 et d'horreur, comme celles de la revolution francaisQ, et celles qui se produisent plus ou moins danstoute grande 6ineute, mettent en lumiere un cdte secret de la nature humaine. Ce sont des explosions de passions hereditaires qui out 6t6 longtemps reprim6es par des coutumes fixes, mais qui reparaissent au jour, quand quelque catastrophe a bris6 le frein ** Los peuples les plus civilises, a dit Rivarol, sont aussi voisins de la barbarie que le fer le plus poli Test de la rouille. Merimee ecrivait apresles journees de juin : « Je ne sais s'il sera jajoniais possible de detourner la nation de la barbarie sauvage ou elle a tant de propension k se vautrer ^
Voyons les choses comme elles sont; dans line partie de la populace des graiides villes, et
1, Lois, scientifiques du d&oehppement^ etc., lir. Ill, de la formation des peuiples.
2; Lettres it une inco?ihti€.
particulieremeixt de Paris , il y a un fond , uiie sorte d'insiinct latent de cruaiit^ qui persiste a travers les progres de la civilisation, qui, sitAt qu'il pent se faire jour, se trahit par des flots de sang et par le meurtre raffine de victimes insignes ^ . Non-seuiement cette populace est cruelle, mais, quand elle est d^chainee, elie met de Tironie, de la moquerie, des traits d*esprit, pour ainsi dire, dans sa cruaute ; elle a des inventions, des raffinements, des contrastes, des tortures morales, dont ne s'aviseraient>pas des tribus de sauvages et de cannibales. Quelles traces de sang, et du meilleur, sur tons les paves de Paris! Quelles scenes de barbarie, tout le long de son histoire, non moins hideuses a la fin du xvm" siecle et de nos jours, qu'au temps des Armagnacs et des Bourguignons ! II nous repugne, et sans doute il est inutile de donner despreuves a I'appui de lapersistance de ces instincts feroces. Contentons-nous de citer un te-
1. Quels sombres pressentiments, quelles sinistres predictions, dans les chapitres sur Paris et sur 'le Parisien, par lesquels M. Maxime du Camp, qui connait si bien cette yille et sa populatioQ, termine son grand et bel ouvrage sur Paris tt ses organes, ses fonctions et sa vie ! « Si cette legion du 'drapeau rouge se l^ve, dit-il, en armes contre nos institutions, si elle n'estpas refoul6e, 6touff6e sur place, si elle a une heure de victoire, e'en est fait de Paris. » Ajoutons avec lui : Di omen avertant I Proudhon, m6me avant 1848 et 1870, n'6tait pas plus rassurant : « Fabrique de corruption et de mensonge, Paris sera d6sol6 avant que le xx« siecle ait commence a poindre. » Correspondance, lettre du 11 avril 1839. «