CHAPITRE TREIZIEME
irioigaage de Saint-Just, encore simple spectateur, mais non suspect sans doute de trop de sensibilit6 a regard des victimes, ni d^inimitie aveugle centre les promoteurs de mouvements rfivolutionnaires. Voici les scenes dont il fut le t6moin apres la prise de la Bastille, et voici Timpression qtf il en ressentit : « Je ne sache pas qu'on ait jamais vu, sinon ehez des esclaves, le peuple porter la tete des plus odieux personuages. au bout des lances, boire leur sang, leur arracher le coeur etle manger. Je Tai vu dans Paris... J'ai entcndu les cris de joie du peuple eflfrene qui se jouait avec des laixjibeaux de chair en criant : Vive la liberte * ! » Combien y a-t-il de journees, dans Thistoire de nos revolutions, qui n'aient pas 6t6 deshonor6es par quelques scenes semblables a celles qui inspiraient alors taut d'horrour et Je degout a Saint- Just lui-meme?
Non-seulement nous risquons encore, meme a la fin du xix° siecle, de retomber dans Tetat sauvage par les moBurs, mais aussi par les idees, s'il ne se fait pas quelque retour au bon sens dans Tcsprit des classes populaires. A la suite do son ouvrage sur V Organisation du travail^ dans un curieux document intitule : Comment on revient
\ . Cite par Edgar Qiiinet, Histotre de la Revolution fran^nisey liv. II, chap. V.
MORALE ET PROGRtd. {7
a r^tat sauvage, M. Le Play cite les maximes suivantes, publiquement professsee, aux applaudissements de tous, dans Tassemblee de la Redoute, en 1868 : «Le capital, c'est la honte accumiilee. — La propri6te n'est pas le vol, mais I'assassinat. — L'ouvrier qui 6pargne est traitre. » II existe done en France, ajoute M. Le Play, une classe d'hommes d&jk nombreuse qui, par ses id^es, sinon par ses mcBurs, descend au-dessous des races les plus d6grad^es. Dans combien de clubs ces memes idees, et d^autres non moins dignes des sauvages, n'ontellespas 6i€ prech^es et applaudies, depuis 1868, et quel commencement d*application n'ont-elles pas failli recevcir en 1871 !