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CHAPITRE XIY

Quel reiuede espercr de riustructiou da peuple et de la diffusion des lumiferes ? — Illusions sinceres ou affect^es. — Des ecoles et de Teaprit de parll. — A quelle condition I'instructiou peut-elle rendre meilleur ? — Danger de rinslruction separ6e de r6ducation qui seule fait riiomme et le citoyen. — Les ]»lus mauvais sont-ils toujours les plus ignorants? — Gombien Femporte sur la culture intellectuelle la formalion des Ames at des caract^res. -— De la pr6tendue st6rilite des lecous morales ou de l-irr^lation de la culture intellectuelle et du sentiment moral, d'aprds Herbert Spencer. — Affaiblissement du frein religieux. — Victor Cousin et le respect pour la religion. — Necessity de fortifier le frein moral. — D'une nouvelle espece de fanatisme. — Aux forces nouvelles pour Ic mal il laul opposer des forces nouvelles pour le bien.

Seloa quelques-uns, il y a un remede universel, un remede infaillible, qui doit dissiper toutes les tenebres et tous les prejuges, guerir tons l6s maux et assurer le regne fortune do la justice, de la vertu et de lar6publique. Ce remede, c'est rinstruction populaire, universelle, gratuite, obligatoire, mais surtout lalque. Nous aussi, nous sommes de ceux qui croient fermement que Tignorance n'est pas un bien et que le developpement de rinstruction, obligatoire ou non obliga-

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toire, lalque ounonlaique, eslundenosmoyens de salut, pourvu toutefois qu'elle ne se separe pas de reducation morale, pourvu qu'elle ait pour but et pour eflFet de fortifier tous les nobles sentiments de notre nature et, avant tous les autres, le sentiment du devoir.

Or nous ne voyons pas que les promoteurs les plus ardents des ligues et des societes de Tenseignement, que les eonseils municipaux qui afifectent le plus de zele pour les ecoles, se pr6occupent beaucoup de cette condition, sans laquelle non-seulement Tinstruction cesse d'etre un bien, mais pent devenir le pire de tous les maux. Ce qui les excite en general, c'est Tesprit de parti, c'est rintolerance religieuse au plus haut degr^, plutdt qu'une conviction profondc des bienfaits de Tetude et de la science. Je vois bien qu'on se preoccupe beaucoup du nombre de ceux qui ne savent ni lire ni ecrire, mais je ne vois pas qu'on se preoccupe autant de former les ames et les coeurs. Comment ne pas entrer en quelque defiance d'un amour si subit, si bruyant, de la diffusion des lumieres, de la moralisation, comme ils disent, par Tinstruction universelle, de la part de materialisles et athees, de revolutionnaires de profession, d'luibitues de clubs et d'estaminets?

Lc sentiment qui les anime, c'cst, avant tout, une hainc violente, aveugle, de toutesles id6es re-

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ligieuses, de toutes les congregations enseignantes, si bons, si devoues, que soient leurs maitres, quelque bien qu'ils fassent autour d*eux, et qiielques sympathies qu'ils rencontrent dans les classes populaires.

Quiconque d^ailleurs n'est pas de leur secte politique, quiconque ne partage pas leur fanatisme irreligieux , est expos6 a leurs railleries et k leurs persecutions, en attendant que vienne la proscription, le jour ou ils auront le pouvoir de proscrire.

Ajoutons que, pour plusieurs, c'est une sorte d'entreprise electorale, a plus ou moins long terme, un moyen de propagande pour s'assurer a Tavance des partisans et des votes, quand les jeunes et pi'ecoces generations, qu'ils auront faconnees k leur guise, passeront de Tecole au cabaret et au club.

Qu'on veuille bien cependant, malgr6 nos trop legitimes motifs de defiance a regard de ces nouveaux, de ces singuliers ap6ti'es de Tinstruction populaire, ne pas nous enrdler parmi les defenseurs syst6matiques de Tignorance. Nous n'aimons pas plus Tesprit de parti et Thypocrisie en fait d'ecole qu'en fait de lib6ralisme, mais nous n'avons garde de blamer tant d'efforts sinceres, qui ne datent pas d'aujourd'hui, pour 6tendre a tous le bien d'une instruction qui fasse des

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hommes ct des citoyens meilleurs, ce qui imporle plus que tout le reste.

Cependant que d'illusions sur ce point fondamental, meme parmi las propagaleurs de bonue foi de rinstruction populaire ! lis semblent persuades que lout sera sauve quand tous sauront Tal- ' pliabet, la table dePythagore, le calcul metrique; on dirait que le monde sera pres de la perfection quand on aura pu y ajouter quelque pen d'orthographe, de geometric et surtout de geographic. Cependant, avec toutcela, avec plus encore, est-on n6cessairement meilleur, ou meme ne peut-on pas etre plus dangereux et plus mauvais? Les connaissances les plus 616mentaires, comme celles d'un ordre plus elev6, ne peuvent-elles devenir des instruments et des moyens pour le mal, tout comme pour le bien, suivant Tusage qui en sera fait? Lire est sans doute en soi une fort bonne chose, mais qu'elle devientpernicieuse pour celui qui ne lira que ce qui pent fausser Tesprit ou corrompre le coeur, exciter les jalousies et les haines! Comment dire que Tecole est bonne, si elle ne produit que de mauvais fruits?

II y a telle instruction, il faut bien Tavouer, qui ferait regretter une bonne et simple ignorance, accompagnee d'une certaine culture morale et religieuse. Les esprits les plus faux, les hommes les plus corrompus et les plus dangereux ne sont-ils

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