CHAPITRE QUATORZIEME
done pas dans la population des grandes villes, oil g6neralement on sail lire et ecrire, plut6t que dans le fond des campagnes les plus ignorantes ^ ? II est bon sans doute de songer a diminuer Tignorauce, a la condition que ce soit au profit du bien et non pas du mal.
Je suis fort aise, pour prendre un exemple, de gavoir qu'il n'y a plus que tant pour cent de soldats illettr6s, d'apres telle ou telle statistique; mais combien plus je m'inquiete du nombre de ceux qui ont le respect de la discipline, le sentiment de rhonneur et du devoir, de ceux qui ont encore, pourparler comme quelques beaux esprits fatals h la France, la superstition du drapeau, de la gloire militaire et de Tamour de la patrie, de ceux enfin qui ne fuient pas devant Tennenai, en criant k la trahison pour excuser leur lachet^ ! Les deux choses, grace a Dieu, ne s'excluent pas sans doute; mais, s'il fallait choisir, combien n'aimex*ions-nous pas mieux les plus disciplines ^ et les
1. « La culture morale, dit M. BaudriUart, mSme avec des lumi^res tr^s-restreintes, vaut mieux que le d6veloppement intellectuel iucomplet, mal dirig^, si frequent dans nos grands centres. » Be la Famille et de l*4ducation, p. 74.
2. Mieux vaut, pour la patrie, moins bien manier la parole et mieux se sprvir de r6p6e, mieux vaut ne pas m6riter le reproche de Turnus k DrancSs :
Lingua melior, sed frigida bello Dextera.
ViR6.,liv. XI, V. 338.
plus vaillants? Dans un des plus beaux passages de salteptiblique, Platon veut que les enfanls, des leurs premieres annees, aspirent par tous les pores le bien et le beau. Est-ce bicn Ik ce qu'aspirent tous les enfants de notredemocratie? Ne serait-ce pas, au contraire, sons plus d'un mallre, Tindiscipline, le mepris des lois et de toute autorite, les notions dange reuses de droits cbimeriques, de droits sans devoirs ?
La formation des ma?.urs, des ames et des caracteres, voilija grande aflfaire, pour Tindividu et pour la soci6te ; nous ne placons qu'au second rang, et seulement comme un moyen pour arriver a ce but, la diffusion plus ou moins universelle d'un certain nombre de connaissances elementaires.
C'est une v6rit6 sur laquelle Herbert Spencer a insists avec tant de force, dans son recent ouvrage sur la sociologies qu'il est lui-meme tombe dans tine extremity oppos6eetdans une erreur
1. The Study of Socioloffy, 2* edition in-12, Lond., 1874. Les idees de I'aiiteur siir la perfectibilite semblent s'^tre un pen modiii6es depuis la l^e edition de son ouvrage de Statistics social que nous avons cit6e dans notrc cliapitre xn : il ne croit plus qui dea progrfes tr68-limit6s et tr6s-lents, par suite d'une multitude de petites accumulations b6r6ditaire8, et non a un perfectionnement moral ind6fini. II nous semble dailleurs appliquer fort sagement au progr6s social son grand principe, que tout dans la nature est amen6 par une accumulation de petites actions. Voir le dernier chapitre et la conclusion de \a. Sociology.