‹ Morale et progrèsChapitre 181 sur 199 · CHAPITRE QUINZlfeME 3!o · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZlfeME 3!o

Contrairement ^a Fontenelle, nous incliuerions a augmenter beaucoup le nombre des hommes justes, dans le passe, non moins que dans le prfisent, Mais, independamment de. la question du nombre, il y a celle de la distribution et de la repartition de ces hommes de bien entre les differentes 6poques du monde. II sepourrait, d'apres ce que Fontenelle fait dire a Montaigne, que cette distribution ne s'en fit pas toujours egale- * ment et quo certains siecles fussent mieux partages que d'autres. Socrate se resout avec peine a admettre cette repartition in6gale des gens de bien dans le monde : « Tout au plus y aurait-il quelque in6galit6 imperceptible; Tordre general de la nature a Tair bien constant *. » Telle est la conclusion de ce dialogue, ou on voit Fontenelle beaucoup moins dispose, comme pour faire une sorte de compensation, a donner Tavantage aux modernes en fait de vertu qu'en fait de g^nie. Volontiers, avec le Socrate de Fontenelle, en

v^ritablement vertueux ait et6 jamais accompli dans le monde, Charles Fourier n'admet gu6re plus d'hommes vertueux que Fontenelle, au sein de I'humanit^ entifere.

1. « La nature, dit ailleurs Fontenelle, a un train fort constant.» Digression sur les anciens et les modernes. De mfime, Charles Perrault pose « pour fondement que la nature est immuable et toujours la m^me dans ses productions. » Parallele des anciens et des modeimesy l^r dialogue. ^^Natura est semper sibi consonans; la nature est toujours semblable h eUe-m6me. » Voltaire, le Philosophe ignorant.

vertu de cetle analogic avec le principe de la permanence des forces, nous serions dispose a croire que la moyenne de la vertu, dans le passe, a 6te, sinon exactement la meme, tout aii moins pas aussi variable et changeante qu'on pourrait le croire, d'apres les degres si divers de la civilisation, h partir des temps barbares jusqu'a nous, malgre la difference si prpfonde des coutumes et des moeurs. Toujours la meme au fond, toujours soUicitee par les memes penchants, en proie aux memes passions, tir6e en sens contraire par des motifs opposes dont les forces se balanceut, Thumanite, consideree dans son ensemble, a bien pu etre, a toutes les epoques, a peupres, ce qu'elle est encore aujourd'hui, ni plus forte, ni plus faible, ni plus d6sinteressee ni plus ego'iste, ni pire ni meilleure. « L'homme, a dit encore Fonlenelle, est surtout dans le coeur qui ne change pas ; la mode pent vcnir d'etre savant, mais non d'etre desinleress6. » Que si quelques epoques out ete moralemeut mieux partagees que d'autres, ce seraient, j 'imagine, plutot celles de crise religieuse, de foi et d'enthousiasme, que celles qui I'emportent par la richesse, le bien-etre et la culture scientifique. Cependant quelle autre epoque, si le tableau que nous avqns trac6 estvrai, aurait plusbesoin, que celle ou nous vivons, d'avoir une part plus grande de vertu pour echapper a ces dangers qui sortent

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