CHAPITRE OUINZIEME
fois incompatibles avec la doctrine du progres continu et de la s6rie interrompue et necessaire de ses d6veloppements. Le progres vient denous, Tunique garantie du progres est en nous ; de la toutes nos esperances, mais de la aussi toutes nos alarmes.
Nous avons fait^nsuiteTinventaire en quelque sorte de ce que le progres romprend et de cequ'il ne comprend pas , e'est-a-dire nous avons fait la " part des 616ments perfectibles et des elements non perfectibles de notre nature. Les elements perfectibles sonttous les faits intellectuels ; iionseulement toutes Jes sciences physiques, mais aussi toutes les sciences morales, avec leurs applications, aveie les arts et Tindustrie, avec la legislation, la politique et I'organisation sociale. Tel est le champ, pour ainsi dire, du progres, champ immense dont il ne nous e^t pas possible d'apercevoirleslimites.
Mais, s'il ne pent y avoir de continuite et de succession que dans ce qui est le propre de I'intelligence, le progres lui-meme ne saurait subsister sans le concours, la garantie et la condition de rel6ment moral. Celui qui, dans I'analyse du progres, ne tientcompte que de ce qui se voit, de ce qui s'enregistre, se transmet et s'accumule, est semblable a un architecte qui, dans le plan d'un Edifice , oublierait les fondations parce
MORALE ET PROGRES. v \i)
qu'elles sontcachees sous terre. Si le mouvement n'a lieu qu'au sein meme de r^l^ment intellectuel, ce mouvemept ne se soutient qu'a la condition d'avoir pour fondement F^lement moral; il ne s'opere que sur la base de la justice, comme a bien dit Proudhon.
L'61ement moral, il est vrai, n'est nullement perfectible, sinon dans Tindividu. II n'enestpas du travail moral comme des travaux intellectuels ; enferme dans les limites de la personne, il ne s'ajoute k aucun travail du meme genre pour former et accroitre, parmi les hommes, un d6pdt commun, un capital de force morale et de vertu oil nos descendants n'aient plus qu'ipuiser. Sans cesse il faut alimenter, sans cesse reformer a nouveau cet 6l6ment par nos propres efforts.
Chacun, jusqu'a la fin, devra recommencer tout entiere, comme . s'il 6tait seiil au monde, cette tache essentiellement personnelle, dont aucun soutien 6tranger, dont aucune lumiere de I'intelligence, ne saurait le d6charger. Rien, de ce qui n'est pas absolument de Tindividu lui-meme et de sa bonne volont6, no saurait entrer dans rappr6ciation de la vraie valeur morale d'un individu, ni lui etre impute k titre de m6rite ou de d^merite. Pour savoir ce que vaut son ame, il faut la d6pouiller de tout ce qui vient du dehors, de ce qui est d'emprunt, de ce qui est Poeuvre