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Sociology, chap. in

o'2^ MORALE ET PROGRES

meme, Tavenir d'une nation depend de la nature de ses unites qui sont des ames libres. La reforme de soi doit etre h la base de toute reforme sociale bonne et durable ; pour que la soci6t6 soit reellement meilleure, il faut que les hommes soient meilleurs. Hors de la, tout est fonde sur le sable, tout est chim6rique, tout cache des abimes.

Tels sont les rapports de r616ment intellectuel et de r616ment moral. Que ne pas redouter de leur separation, mais aussi que ne pas esp^rer d'une plus intime association? Sous la reserve, que nous avons faite, des limites de notre nature et de la dur6e de cette terre, avec cette alliance de la vertu et de Tintelligence, combien Thumanit6 ne pourrait-elle pas aller loin dans la voie du progres social? Encore une fois, si on pent tout craindre, on pent aussi tout esp6rer de sa libre spontaneite et des deux grandes puissances dont elle dispose. Tune pour le mal et Tautre pour le bien? II n'y a pas plus de fatalite pour le mal que pour le bien ; les nations sont gu6rissables, non sunt gentes insanabiles^ a dit Tlficriture.

Bonnes ou mauvaises, les destinies de la civilisation, pas plus que celles des individus, ne sont, suivant Texpression de La Fontaine, imprim6es sur le front des 6toiles ; elles sont dans noscoeurs et dans nos mains.

Aimons-nous sincerement le progres, voulons-

CUAPITRE QUI.NZlfcME ?.29

nous Taccroitre k notre tour, et, pour notro part, voulons-nous le defendre contre toutcs ces causes de decadence ; il faut y travailler de toutes les forces de notre volont6; il faut constamment monterla garde, pour ainsi dire, au tour de ce d6pdt precieux que nous ont I6gu6, au prix detant d'efforts, de tant de luttes, de tant de sueur et de sang, les Ages anterieurs. Pas plus dans Tavenir que dans le pass6, il n'y aura un age d'or sans alliage en ce monde ; mais le mal pent diminuer par lo concours de tons les copurs et do toutes les volont6s.

Que si ce concours venait a faire d6faut, si les caracteres et les courages continuaient a s'affaiblir, si les moeurs se corrompaient de plus en plus, si,i mesure que les passions, les excitations, les tentations dangereuses s'exaltent davantage, le sentiment du devoir et la force morale allaient diminuant dans les ames, nous serious menaces d'un ricorso, pour parler comme Vico, plus terrible peut-etre quetous ceux qui, jusqu'a present, ont etonn6 le monde et arret6 les progres de la civilisation .

Oui, c'est rintelligence qui ajoute les lumieres aux lumieres, accendit lumen de himine; c'est Tintelligence qui d^couvre, quifaconne les.616ments etles instruments du progres; mais tons ces dons si magnifiques se changent en dons funestes, s'il

ne s'y joint, disons-le encore, pour la derniere fois, rcl6ment moral, c'est-a-dire la bonne volonle, I'elevation des ames, la fermet6 des caracleres, rhonneur, le courage, le patriotisme, le sentiment du devoir, les vertus publiques et privees. Telle est la grande verite contenue dans ces belles paroles de madame de Stael que nous avons prises pour la devise de ce livre : « La perfectibility de Tespece bumaine est le grand ceuvre de la morale. »

La princesse Palatine disait de son fils le Regent que lesfees, convieesasanaissance,ravaient combl6 a Tenvie de toules les qualit6s de Fintelligence et des dons les plus precieux. Mais une d'elles, qui avait ete oubliee, survint irritee, apres toutes les autres, et le condamna, pour se venger, h n'en faire jamais qu'un mauvais usage. Esp6rons qu'aucune fee malfaisante n'a jete ce sort fatal sur les dons de la civilisation moderne ; esperons que tant de pr6cieux instruments de progres ne se changeront pas en instruments de corruption, de decadence et de servitude.

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TABLE DES MATlfiRES

Preface

GHAPITRE PREMIER

Discredit du mot et de rid6e infime de progres. — Exag6rations, abu3 et folies. — Importance d'une 86v6re analyse de I'id^e du progres. — Limites de- la question. — Exclusion des r6ves et des chim^res. — L'humanit^ transfigur^e, les voyages b. travers les astres. — Nul rapport entre le progres humain et le pro^r6s sid6ral, ou mSme le progr6s zoologique et g6ologique. — Des formules ou la nature et I'liomme sont asaujettis a une mtoe loi de progres. — Herbert Spencer. — Proudhon. — Renan. — Le p^re Gratry. — Point de passage du progres zoologique au progrfe.s intellectuel et moral. — Difference entre revolution et le progres. — Le progr6s n'est pas une loi de I'univers. — NuUe loi m^canique ne r6git, nulle figure geometrique ne repr^sente la marche du progres. — Vicissitudes, intermittences, flux et reflux, qui ne s'expliquent .que par I'intervention de Fa liberty. — La raison du progres dans la nature mSme de Thomme. — Le progres, faculty par excellence de rhomme et devoir qui r6sume tons les autres. — Le progres n'est pas une cause; il n'est pas une religion. — Ido- Ifitrie et superstition du progrfes 1

GHAPITRE II

Est-il possible d'avoir une id^e du progres sans la connaissan'cc du tcrme final? — Eu quoi consiste le progres humain. — Des 616ments perfectibles et des elements non perfectibles de notre nature. — Perfectibilite propre a r616mcnt intellec-

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o2 TABLE DES MATltlRES

tuel. — Tout est perfectible dans TinteUigencc, sauf lintelligence elle-meme. — Distinction entre les 616ments et les coudilions dii progr^s. — L'id6e du progrfes intellectuel aussi ancienne que la science elle-meme. — Ce que le xvme si6cle a ajout6 a rid6e du progrfes. — Dans le progrSs intellectuel sont comprises les id6es morales et leurs applications a I'ordre social, la morale en tant que science. — Du fondement et du contenu de la loi morale. — Partie progressive et partie immuable de la morale. — En quoi la morale est ind^pendante.

— Progrfes des id6es morales et des institutions sociales. — Vicissitudes et d^faillances du progr^s. — Transf^rements de la civilisation d'un peuple h, I'autre 33

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