CHAPITRE DEUXIEME
ventaire de cet heritage intellectuel des generations humaines.
Mais, poui' 6viter toute meprise, il nous faut revenir d'abord sur la reserve que nous venons de faire en faveur de Tel^ment moral, et sur la distinction, qui n'a ete qu'indiqu^e, entre les elements et les conditions du progres. Les elements, ou la matiere meme du progres, ce sont les faits intellectuels , les connaissances de tout genre, acquises, accumulees et transmises, avec toutes les consequences et toutes les applications qui end6rivent. Quant aux conditions du progres, elles sont d'un autre ordre ; elles dependent de la volont6 seule et non de Tintelligence.
L'el6ment intellectuel est seul susceptible de succession etd*une progression continue d^homme a homme , de generation a generation ; mais ce n'est pas a dire qu'a lui seul il suffise pour operer et pour maintenir le progres social. En outre des elements du progres, il y a les conditions du progres, qui sont, non plus les idees et les esprits, mais les ames, les caracteres, le sentiment du devoir et de Thonneur, la vigueur morale, la bonne volonte, ou, pour tout resumer en un mot, la vertu.
La vertu, disons-le encore paravance, avant nn plus ampl6 developpement, n*est perfectible que dans rindividu lui-meme, tandis que Teiement
intellectuel est perfectible, non-seulement dans rindividu, mais dans Tespece, par voie d'heritage et de transmission, de telle sorte que le progres s'opere, il est vrai, au sein de r61ement intellectuel, mais que, sans Tel^ment moral *, il ne pourrait ni se developper, ni meme se soutenir, ni garantir en aucune sorte le progres social et la civilisation. Telle est la verite, ou, si Ton veut, le lieu commun, que nous avons a coeur de remettre en honneur, et en aussi grande lumiere qu'il nous sera possible, par opposition a tous ceux qui, en France, comme en Angleterre, soutiennent la these contraire, a savoir que Fintelligence est tout, et que Tel^ment moral n'est rien, dans les progres de Thumanite.
Sans doute, en niaut que r616ment moral soit progressif, sauf dans Tindividu lui-meme, nous devons pre voir plus d'une objection. On nous opposera sans doute qu'il y a un progres moral, comme un progres intellectuel, que ce progres est manifeste dans les institutions, dans les lois et dans les moeurs. Mais il nous sera facile de montrer que ce pretendu progres moral n'est, a vrai dire, qu'un progres social etqu'ilrentre dans
1. Nous comprendrons sous la denomination d'616ment moral ou de vertu toutes les conditions du progres que nous venons d'6num6rer,toutce qui depend de la volont6, par opposition k la mati^re ou aux elements du progres, qui dependent de rintelligence.