‹ Morale et progrèsChapitre 23 sur 199 · CHAPITRE DEUXifeME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXifeME

le progres intellectuel dont il n'est qu'une face et une dependance.

On a beaucoup discut6 sur Torigine de Tidee du progres et sur la date de son apparition dans le monde. Quelques-uns ne Font fait remonter qu'au xvin® siecle, d'autres plus haut, jusqu'au xvn® siecle, ou m^me jusqu'au moyen age ou a rantiquit6. Cela est vrai ou faux, selon qu'il s'agit du progres intellectuel et scientifique ou du progres social. Les connaissances s'ajoutent si evidemment aux connaissances, les decouvertes aux decouvertes, qu'on trouve partout Fid^e du progres intellectuel. EUe est chez les anciens, comme chez les modernes, chez Aristote, Seneque, Pline FAncien, comme chez Pascal ou Fontenellc, Turgot ou Condorcet ; elle est, a vrai dire, aussi ancienne que la science elle-meme. Deja la Politique d' Aristote en est, pour ainsi dire, p6n6tr6e : « Nos ancetres, dit Aristote, 6taient d'une simplicity et d'une barbarie choquante... Nos premiers peres, qu'ils soient sortis du sein de la terre ou qu'ils aient survecu a quelque catastrophe, ressemblaient probablement au vulgaire et aux ignorants de nos jours *. » Un des plus beaux choeurs de

1. Politique, \vf. 11^ chap, v, trad, de Barth61emy-Saint-Hilaire. Rabelais dira de m6me : « Je vois les brigands, les bourreaux, les aventuriere, les palefreniers de maintenant plus doctes que les docteurs et les prcscheurs do mon temps. » Liv. IF, Pantn-

i2 MORALE ET PR06BES

VAntigrme de Sophode celebre magnifiquement les conqa^tes progressives de rhomme sor la nature ^ Seneque, Pline rAneien^ ont le sentiment des progres sans fin de la science '. Si le respect pour Fantiqaite tient, an moyen age^ qnelque pen en echec cette idee dn progres, nous la voyons reparaitre, on plnt6t se ranimer, avec la Renaissance. Ce respect des anciens se retoume alors, par nne mancBuvre habile des partisans de Fesprit nonveau, contre les anciens euxmemes. C'est nons, disent-ils a lenr tour, qui avons droit a ce respect, car c'est nous, les derniers venus, qui sommes y^ritablementles anciens du monde. Bodin ^ et Tinfortun^ Jordano Bruno

ffruel, chap. viii. Je rapproche de Rabelais ce piquant propos de I'abb^ de Saint-Pierre : « Un temps Tiendra oil le plus simple capucin en saura autant que le plus habile j^suite. »

2. M Multum adhuc restat operis multumque restabit, nee uUi natopost mille ssBcula prascludetur occasio aliquid adjiciendi... Multum egerunt qui ante nos fuerunt sed non peregerunt. » Epist. Lxiv. U exprime encore plus vivement la m6me pens^e &la fin du liv. VII des Questions naturelles. « Multa saeculis tunc futuris, quum memoria nostri exoleverit, reservantur... Non semel qusedam gacra traduntur. Eleusin servat quod ostendat revisentibus. Rerum natura sacra sua non simul tradit. Initiatos nos credimus : in vestibulo ejus hfieremus. »

Pline I'Ancien a dit : « Nee uUi nato post mille seecula praecludetur occasio aliquid adhuc adjiciendi. »

:). Lo livre de Bodin sur la m6thode historique est tout rempli do rid6e du progr6s : « Si Ton compare, dit-il, k notre.6poque I'Age qu'on'appelle d'or, il pourrait paraltre un veritable Age de Cer... 81 les choses humaines r6trogradaient et empiraient depuis

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