‹ Morale et progrèsChapitre 24 sur 199 · CHAPITRE DEUXifiME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXifiME

I'avaient dit avant Bacon * ; Descartes le dit k son tour, presque dans les memos termes ^. Apres Descartes, Pascal, Malebranche, Nicole, Bossuet, La Bruyere proclament la superiorit6 intellectuelle et scientifique des modernes. Perrault, Lamotte, Fontenelle, Terrasson, dans la querelle des ancieiis et des modernes, pr6tendent y ajouter la superiorite dans les lettres et les beaux-arts. . Les partisans des modernes se sont trompes pour avoir voulu etendre k Timagination et a rinspiration, a la poesie, a r61oquence et aux beaux arts, ce qui n'est vrai que des idees et de la science. « L'homme est dans Tignorance, dit Pascal, au premier 4ge de la vie, mais il s'instruit sans cesse dans son progres, car il tire avantage non-seulement de sa propre experience, mais

longtempe, nous serions tomb^s au dernier degr^ des vices et de rignominie; et c'est dans le pa8s6, suivant moi, qu'on y est parvenu. » Ces passages sont traduits et cit6s par M. Baudrillart dans son ouvrage sur Bodin etson temps ^ p. 159 et 161.

1. « Si TAge est une marque de v6rit6, notre si^cle," et ce qu*il enfante, est plus digne de foi que le si6cle d'Aristote, car le monde compte aujourd'hui pr^s de vingt si^cles de plus. » Cena delle Cineri, cit6 par Bartholmess dans son Histoire de Jordano Bruno.

2. « Non est quod antiquis multum tribuamus propter antiquitatem, sednospotius iis antiquiores dicendi... Jam enim senior est mundus quam tunc, majoremque habemus rerum experientiam. » Baillet, Viede Descartes^ liv. VIII, chap. x. Ce passage, dit Baillet, est tir^ de fragments laiss^s en manuscrit par M. Descartes. L'antiquitS du si^cle est la jeunesse du monde, avait dit Bacon, de Augmentis^ lib. I.

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encore de celle de ses predecesseurs. De la vient que, par une prerogative particuliere, non-seulement chacun des hommes s'avance de jour en jour dans les sciences, mais que tons les hommes ensemble y font un continuel progres a mesure que Tunivers vieillit * . » Ici se place la fameuse comparaison de la suite des hommes avec un seul homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement. II est impossible de representer par une plus vive image le progres qui s'accomplit, k travers les ages, dans Tordre intellectuel. Mais, dans cette admirable page de Pascal, il ne s'agit que du savant, et non de Thomme tout entier, du progres intellectuel, et non du progres moral et social.

Moins ancienne est I'id^e d'un progres social. Sans doute, k diflF6rentes epoques, Thumanit^ a eu la conscience de s'elever k un 6tat moral, religieux, et meme social, superieur a un 6tat precedent. En aucun temps du monde peut-etre ce sentiment n'a plus vivement eclate que lors de la fondation du christianisme ^. Mais loin de donner naissance k Tid^e d'une perfectibilit6 continue a

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