CHAPITRE DEUXIEME
travers les diflFerents ages de rhumanit6, ces grandes r6volutions religieuses ont sembl6 en general aux contemporains el aux croyants comme le terme dernier au delk duquel il n'y avait plus rien.
Le propre du xvm® siecle n'est done pas d' avoir invente I'ld^e du progres, mais d'en avoir fait, suivant une juste remarque d'Auguste Comte, des applications nouvelles k la soci6t6, k la politique, k rhumanit6 tout entiere, dans le present et dans Tavenir*. Alors parait le mot de perfectibility qui ne signifie pas seulement le progres scientifique, ni un progres accompli, mais Faptitude ind6finie de riiumanit6 a tons les progres, dans Tordre social, comme dans Tordre intellectueP. Le tort du xvni* siecle, k la veille de 89, est
1. M. Janet, dans le dernier chapitre de son Histoire de la Politique^ remarqne qne ce mot, et que la doctrine du progres en g^n^ral, ne se trouyent ni dans Voltaire ni m6me dans Diderot. Mais si le mot ne s'y trouve pas, assur^ment Tid^e et le sentiment s'y trouvent. La raison commenc6e, la raison cultiv6e, la raison perfectionn6e, ces expressions, qu'on rencontre si souvent chez Voltaire, particuli^rement dans VEssm sur les mceurs, ne signifient-elles pas le progres en un langage qui vaut bien le ii6tre?
2. « La notion fondamentale du progres, spontan^ment issue du d6veloppement graduel des diver ses sciences positives, y trouve encore aujourd'hui ses fondements les plus in^branlables. De cette source n6cessaire cette grande notion a toujours tendu, dans le cours du siecle dernier, k s'^tendre aussi de plus en plu^ au mouvement politique de la soci6t^. » Philosophie positive^ 47* legon. Pierre Leroux place entre le xvii' et le xviii® si6cle les
de ne plus mettre de bornes a ses esp6rances et d'^tendre follement la perfectibilit6 jusqu'au bonheur universel, jusqu'a Textinction complete du mal moral, jusqu'a un nouvel age d'or, et meme jusqu'a la dur6e illimitee de la vie.
II n'est pas n6cessaire de nous arreter plus longtemps a demontrer la r^alite du progres intellectuel, si facile a voir et si facile k verifier, mais il importe de bien nous rendre compte de ce qu'il comprend et de ce qu'il ne comprend pas. Non-seulement toutes les id6es, toutes les connaissances de Tordre th^orique, sans exception, avec leurs applications, avec les arts et rindustrie , font partie de son vaste domaine , mais aussi les id6es de Tordre moral, avec toutes les consequences sociales qui s'ensuivent dans les lois et dans Torganisation de la societe.
Ici il faut une plus grande attention et un discernement plus d61icat pour ne pas confondre ce qui est du ressort de Tintelligence avec ce qui est du ressort de la volonte, dont le domaine est purement individual, et d'ou rien ne se detache pour s'6tendre au dela de Tagent moral lui-meme. Sous la denomination commune d'element moral, les
origines de la doctrine de la perfectibility & laquelle, dit-il, .venaient aboutir, comme k leur conclusion, tons les travaux et toutes les decouvertes du xvi" si^ele. Premier M4moire sur la perfectibility, CEuvres, 1" vol., 1850.