CHAPITRE DSUXIEXB
theoriciens du progres et plusieurs moralistes ont eu le tort de confondre trop souvent des faits qni appartiennent a ces deux ordres diflferents, les lumieres morales et la science de la morale, avec les determinations bonnes ou maiiyaises de la volenti. De la des malentendus et des equivoques, que nous tenons a eviter, dans les discussions relatives au progres moral.
En effet, autre chose est la morale au point de vue de la th^orie, qui est purement intellectuel, autre chose est la morale au point de vue de la pratique. Th^oriquement, la morale est une science qui, comme toutes les autres sciences, ^mane de Tintelligence et qui, sauf les principes fondamentaux, participe a la nature progressive des faits intellectuels * . Consid6r6e au point de vue pratique, la morale d<^pend au contraire de la volonte de chaque individu, et elle n'est susceptible que d'un progres solitaire au sein meme de I'agent moral. En outre, la morale elle-m^me, comme science, pr6sente deux parties, dont Tune, intuitive, fixe et immobile, celle des principes, Tautre inductive et perfectible, celle des applications aux diverses
1. c( La science du devoir est aussi Stendue, aussiriche, aussi capable de progres que la conscience du devoir est simple, universelle, ant6rieure k tout. » Le P. Gratry, les SourreHy . 1'' partie, chap. xiii.
circonstances de la vie des individus et de la vie des nations.
Ni la morale tout entiere n'est invariable, comme I'ont pr6tendu quelques philosophes spiritualistes, ni la morale tout entiere n'est variable, comme I'ont soutenu la plupart des philosophes sceptiques, empiriques ou positivistes, tels que Montaigne, Pascal, Locke, Bentham 6u Stuart Mill. II y a sans doute beaucoup de vrai dans ce qu'ils ont dit des variations et des contradictions des jugements des hommes sur ce qui est bien et siir ce qui est mal, suivant les temps, suivant les lieux et les climats, suivant les peuples, suivant les circonstances, les prejug^s et les passions. Mais, a travers ces changements, a travers les manifestations les plus di verses de la conscience humaine, on decouvre cependant quelques points fixes * autour desquels il y a un certain accord de tons les hommes, et ou reviennent toujours les individus et les peuples quand ils veulent, en certaines circonstances solennelles, se mettre d'accord sur ce qui est bien et sur ce qui est mal.
Quelle est done cette lumiere, une, mais r6frac-
1. Voir dans la Morale de M. Janet (in-8», Delagrave, 1874), le chapitre sur Tuniversalit^ des principes moraux, liv. Ill, IV. L'auteur rajeunit cette question ; il la fait entrer, comme il le dit, dans une phase positive par la nouveaut6, parl'abondance, par rautorit6 des t6moignage8 qu'il produit en faveur de cette universalit6.