CHAPITRE DEUXlilME
L'homme 6tant donn6 avec sa nature, avec ses tendances, avec ses facultes propres, qui Televent si haut au-dessus detous les animaux, il en r6sulte necessairement une regie int6rieure de conduite, que chacun porte en soi et que chacun doit suivre, sous peine de d6cheance et de degradation, sous peine de n'^tre pas v6ritablement homme. Loin de/ious cependantlapens^e de vouloir, comme Proudhon, chasserDieu de la morale. La loi morale se rattache sans doute k Dieu comme a son auteur, mais au m^me sens que le progres, c'est-a-dire par Tintermediaire de notre nature, qui n'est pas notre ouvrage, mais le sien. Pour etre ins^crite dans les entrailles memes de Thomme, pour etre grav6e en traits ineffacables dans les puissances sup6rieures de sa nature, la loi morale, a ce qu'il nous semble, n'en est ni moins ferme et in6branlable, ni moins souveraine, ou plutdt c'est de 1^ meme, et de Ik seulement, que derive son universality et son immutabilit6. II faut vivre en homme, il faut tAcher de se rapprocher autant que possible, de cet id6al humain, que nous portons au dedans de nous, et dont notre conscience n'est que Texpression intime ; ^ voili la loi et les prophetes.
N'est-ce done pas de cette nature de Thomme que
cit6 par Bourdaloue dans son Sermon sur Vexade ohserxmtion de In loi.
52 UOBALE ET PHOGBES
0e dednisent rigoareusement tons nos deToirs. daivant la methode meme de Cieeron, dans Tadmirable traite des Officer? II prend en effet ponr point de depart un tableau en raccoorci de la nature btunaine, on il met en Evidence les grands traitd, led traits snperienrs, qui Ini sont pro^-es et qui r^levent au-dessus de Uanimal^ tels qne la recherche du vrai. le besoin de la societe, ramoor de Tordre, etc. Puis de la il tire la definition et les divisions de Thonnete, les quatre vertus fondamentales de la prudence, de la justice, de la force et de la temperance qui, puisees a la meme source, ont pass^, sous le nom de yertus cardinales, dans la theologie chr^tienne et dans le cat^chisme. Telle est aussi, sauf la difference des termes, la doctrine de notre plus grand moraUste, de Jouffroy, qui traduit Tidee du bien en celle de la fin de Thomme, laquelle elle-meme se deduit de sa nature m^me.
Appuy^e snr ce solide fondement, la morale pent se suffire k elle-mSme ; ellc est a la rigueur ind^pendante de telle ou telle croyance religieuse, des rites qui ont divise et qui divisent encore les hommes * . C'est la ce qu'il y a de vrai dans cette doctrine de I'independance de la mo-
1. « Les rites ^tablis, dit Voltaire, divisent aujourd'hui le genre humain, mais la morale le r^tlnit. » Essai sur les moRurs, de rinde.