‹ Morale et progrèsChapitre 30 sur 199 · CHAPITRE DEUXI^MB · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXI^MB

rale, si bruyamment soutenue par certains penseurs, par des recueils et par des journaux speciaux, plut6t en haine de la religion, et meme de la metaphysique, que par amour de la morale.

Remarquons d'abord que cette doctrine, sauf le ton de la pol6mique, sauf les passions antireligieuses, renouvelees du xvui* siecle, n'a rien en elle-meme qui soit de grande nouveaut6 et de hardiesse insigne. Quiconque, depuis Socrate ou Platon, a reconnu Texistence d'un bien absolu, d'une justice immuable, a par la meme admis que la morale etait ind6pendante des institutions sociales et politiques et des institutions religieuses elles-memes. De nos jours, c'est le sentiment de tons les philosophes rationalistes, de Victor Cousin, de JoufFroy, comme de Proudhon. Guizot luimeme, quoique beaucoup plus enclin k grandir la part de la religion, et quoiqu'il ait si bien, d'ailleurs, combattu les exces des partisans de la morale ind^pendante, n'a pas h6sit6 k admettre que rhomme, ind6pendamment des id6es religieuses, reconnalt dans sa propre nature la distinction du bien etdu mal. « II est evident aujourd'hui, dit-il, que la morale existe ind6pendamment des idees religieuses, que la distinction du bien et du mal, Tobligation de fuir le mal, de faire le bien, sont des lois que Thomme reconnalt dans sa propre nature aussi bien q\XG les lois de la logique, et

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qui ont en lui leur principe, comme dans sa vie actuelle leur application * . »

Ayons soin cependant d'ajouter que, si la morale est th6oriquement independante de telle ou telle croyance religieuse particuliere, ce n*est pas a dire qu' au point de vue pratique elle puisse impun^ment s'afiFranchir de ces memes croyances, non pas dans telle ou telle de leurs formes, mais dans leur essence meme. La religion n'est pas, il est vrai, le fondement theorique de la morale , mais n'est-elle pas la garantie essentielle, le fondement pratique de son efficacit6 ?

Si la morale ne pent, sans courir le risque d'Mre inefficace, se passer de la religion, elle ne pent, sans se condamner a etre n6cessairement superficielle, se passer de la m^taphysique. G'est a la metaphysique qu'aboutissent toutes les questions de morale un peu approfondies ; c'est a la metaphysique meme qu'appartient cette essence de rhomme qui est le principe de la morale ^

Dans cette conscience intuitive de notre nature ou de la forme humaine, la meme en son essence pour chacun de nous, reside done Tunite et Tu-

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