CHAPITRE DEUXIEME
niversalit6 du principe de la morale ; de la ce que nous nous devons k nous-memes et, par une consequence rigoureuse, ce que nous devons aiix
autres. C'est seulement dans le plus ou moins d'6tendue et de rectitude de ces deductions et de ces inductions qu'on rencontre la variet6, comme aussi le progres des idees morales. A mesure que rintelligence se d6veloppe, a mesure qu'elle s'aflFranchit des prejuges de caste, de Tempire des circonstances ext6rieures, elle entrevoit, elle voit, elle induit ou d6duit, elle applique successivement les diverses consequences de ce principe supreme , grave au fond de la conscience de tons : il faut etre v6ritablement homme, il faut vivre et agir conformement a la nature propre, conformement k Tided de Thumanite.
Si dans les premieres traditions, dans les plus anciens monuments, ontrouve d6ja des maximes morales , absolument les memes que celles des codes et des catechismes du xix* siecle, en temoignage de I'unite de ce principe de la morale , il en est d'autres qui n'apparaissent que successivement et qui t6moignent au contraire de ses progres. Depuis Homere ou Hesiode jusqu'k Socrate et Platon, depuis Platon jusqu'k Ciceron, depuis la loi de Moise jusqu'^ celle du Christ, depuis le moyen kge jusqu'aux temps modernes, il y a un progres des id6es morales qu'on pent suivre,
56 MORALE ET PROGRfcS
comme kla trace, dans toute Thistoire, qu'on peul verifier dans les philosophies, dans les traites de morale, dans les legislations et dans les mcBurs. Considerez surtout lesfaibles, Tesclave, la femme, Tenfant. Quel changement s'est successivement op6r6 k leur egard dans, les id6es morales , dans la conscience du pere de famille, de Tepoux et du maltre ! N'y a-t-il pas aussi un progres non moins sensible dans la conduite h Tegard de Tetranger ou meme de Tennemi, malgre tout ce que la guerre en elle-meme a de dur et d'impitoyable, et malgr6 plus d'une reminiscence, meme de nos jours, de Fancienne barbarie?
U n'y a point de d6couvertes en morale, a dit le philosophe anglais Mackintosh. Gela estvrai sans doute au regard des principes fondamentaux de la morale, mais cela n'est pas vrai au regard des consequences et des applications. Or, c*est ce progres des lumieres dans la morale qui se traduit a la longue par un progres dans les institutions, dans les lois et dans Torganisation sociale. Ainsi voit-on disparaitre peu k peu les grandes iniquit6s, d'abord consacrfies, I'esclavage, le servage, rin6galit6 des charges, Tinfigalite devant la loi, Toppression des consciences. Tel est le progres visible de la civilisation, progres qui s'opere par le developpement intellectuel, qu'il s'agisse d'id6es morales ou bien d'idees scientifiques.