‹ Morale et progrèsChapitre 32 sur 199 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

mais qui ne saurait se soutenir qu'& la condition dii concours de la bonne volonte, de la force morale, c'est-i-dire de la vertu qu'il faut bien se garder de confondre avec les id6es ou les lumieres morales. Le progres des lumieres morales appartient tout entier a Tordre intellectuel ; le progres de la vertu releve au contraire tout entier de la purete des intentions, du d^sintfiressement et de Tenergie des volont6s.

Ainsi, progres des sciences, des arts induslriels, de la richesse, du bien-6tre, progres de la morale elle-m^me, en tant que science, progris des lumieres morales et des institutions sociales qui en dependent, voili la part du progres intellectuel, voila le capital qui s'accumule et se transmet, voil4 notre heritage, toujours susceptible de gain et d'accroissement, mais aussi de perte et de d^ch^ance.

En eflfet, quoique naturel k Thomme et a Thumanit^, le progres ne s'impose nullement a nous par quelque fatalit6 irr6sistible * ; il est si pen

1. II y a sans doiite des circonstances ext^rieures qui favorisent le progrds et la civilisation. Mais nous disons que ce qui vient de Thomme, en bien ou en mal, Temporte toujours, en demifere analyse, sur ce qui est la part de la nature. On pent voir une analyse profonde de ces causes, comme aussi la d6monstration de la pr6pond6rance de ractivit6 et de la libert6 humaine^ dans le beau M6moire de M. H. Passy : Des Causes qui ont influx sur la marche de la civilisation dans les diverses contr^es de I'Europe. M^ioires de rAcademie des sciences mO' rales et politiques^ 1844^ t. Y, p. 912.

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necessaire, que Thistoire nous le montre soumis aux plus ^tranges vicissitudes, a des d^faillances, des intermittences, des retours plus ou moins brusques d'ignorance et de barbarie. La chute des empires, les guerres, les conqu^tes, les invasions des Barbares, les peuples plus civilises subjugu^s par des peuples plus grossiers, mais moins amollis, les ravages des conqu6rants, les incendies des villes et des bibliotheques, et meme les fl^aux naturels, ont plus d'une fois mis en p6ril, non-seulement la continuity du progres intellectuel, mais la possession et la transmission des connaissauces d6ji acquises *.

Quoique la civilisation, au milieu de ces vicissitudes, n'ait jamais encore disparu tout entiere a la fois de la surface du globe, et quand meme nous aurions Tassurance qu'elle ne doit jamais tolalement disparaltre, ni cesser de se developper en quelque contr6e privil6giee du globe, il est certain , ce qui doit suffire pour faire trembler les peuples les plus confiants dans leurs destinees,

1. Nous avons cependant peine k admettre ce que dit Bossuet : « Comme il 6tait naturel que le temps fit inventer beaucoup de clioses, il devait aussi en faire oublier d'autres. » (Discours sw Vhistoire universelle^ 2« 4poque.) II ne parait gu^re probable que des inventions importanles, au moins dans Tordre des applications et de la pratique, aient jamais pu se perdre compl^tement. Toutefois, cela n'est pas absolument impossible. On peut bien concevoir que ce soit I'efiTet de tel ou tel triomphe de la barbarie ou de tel ou tel cataclysme de la nature*

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