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CHAPITRE III

Sommes-nous meilleurs que nos p6res? — Objet precis de la question. — Difference entre ie progr^s intellectuel et le progr^s moral. — Impossibility de verifier le second comme le premier. — Querelle des anciens et desmodernes en morale.

— EUe a commence avec les premieres generations humaines.

— Se retrouve partout, sous les formes les plus diverses, autour du foyer domestique et sur la place publique. — Croyance primitive k un Age d'or perdu, It une decheance de rhumanite. — Croyance opposee k la superiorite des modernes.

— Les amis et les ennemis des choses nouvelles, en Gr^ce et & Rome. — Les theologiens. — Les partis politiques. — Tendance a denigrer le temps present. — MSmes declamations. & toutes les epoques contre la corruption croissante des moeurs et Vexcfes du luxe. — Les philosophes pessimistes. — Schopenhauer et Hartmann. — Utopies optimistes. — Inconv6nients de ces dissentiments pour requite des jugemcnts historiques et la paix des esprits.

Valons-nous mieux que ceux qui nous ont precedes ? II importe de bien prendre garde au sens de la question. On ne demande pas si nous sommes plus instruits, plus avises , plus habiles ou moins pauvres et moins grossiers, on demande, ce qui est bien different, si nous sommes reellement meilleurs. II s'agit de savoir si la force morale, la

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droiture, Thonii^tete, le d6sint6ressement, les nobles sentiments, on, pour tout dire en un mot, si la vertu va en croissant dans le monde, a mesure que les sciences, Tindustrie, les lois, les gouvernements,laraison elle-m6me se perf ectionnent, a mesure que le bien-etre et la richesse augmentent. En d'autres termes, Tinfluence de la cilisation sur Jes moeurs, sur les caracteres, sur les Ames, est-elle bonne ou mauvaise?

Pour resoudre cette question, il ne faut pas ecouter les declamations, les exag^rations en sens contraire, des uns et des autres, ni s'arreter aux apparences, mais aller au fond meme des choses et 8'enqu6rir des vraies conditions duprogres moral. Dans Tordre intellectuel, le progres pent se v6rifier par une sorte d'inventaire du nombre des connaissances et des d6couvertes, par la comparaison de Tfitat actuel des sciences, des arts, des lois, des codes, des institutions , avec tel ou tel siecle anterieur. Non-seulement il est facile de constater Texistence du progrfes intellectuel, mais, si rien ne vient en troubler le cours, s'il ne survient pas quelque bouleversement social, quelque grande catastrophe, on pent predire qu'il ira en continuant et en croissant. Ne voit-on pas sa marche*s'acc616rer, sa force et sa vitesse aller sans cesse en augmentant, vires acquitit eundo? Chaquc connaissance , chaque decouverte , est comme un

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