‹ Morale et progrèsChapitre 36 sur 199 · CHAPITRE TROISlfiME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISlfiME

quoiqu'elles n'aient pas le meme objet, se touchent par plus d'un point, si bien que de leur rapprochement nous pourrons tirer plus de lumiere sur la distinction de ce qui, dans la nature humaine, est perfectible et de ce qui ne Test pas.

La po6sie, I'^loquence et les beaux-arts ne sont done pas le principal champ de bataille ou se sont rencontres les partisans des anciens ou des modernes. Bien avant qu'il y eut une litterature chez aucun peuple, bien avant qu'on put mettre en pr6sence et comparer des auteurs anciens avec des auteurs mo dernes, la question de savoira qui, des premiers ou des derniers venus, appartient la superiority morale, 6tait dej^ Tobjet d'une plus vive et plus longue controverse enlre les anciennes et les nouvelles generations, entre les partis religieux et politiques, entre les peres et les fils.

Le vers d'Ovide :

Aurea prima sata est setas,

a 6t6, dit Voltaire, la devise de toutes les nations, Dans presque toutes les religions, sous une forme quelconque, on trouve la croyance k une degradation originelle, k une loi de decroissance et non a une loi de progres. Auxmiseres du temps present rimagination semble se plaire a opposer un pr6tendu age d'or des premiers jours de I'humanite; la raison naissante cherche une explication des

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maux de la condition actuelle dans quelque degradation on chute des premiers hommes dont leurs tristes descendants supportent les consequences. Les poetes, interpretes de la croyance commune, se sont plu a cel6brer cet kge d'or auquel ont succ6de, par les vices et la corruption des hommes, des ages de moins en moins parfaits jusqu'a Fage de fer, le pire de tous. Pourquoi, dit Hesiode, ai-je 6t6 mel6 k la cinquieme race? Que ne suis-je mort avant elle, ou que ne suis-je ne plus tard? Tibulle*, Virgile% Horaces Ovide, ont poetiquement dficrit le r^gne fortune de Saturne, la felicite et Fabondance de cet 4ge d'or.

Plus haut on remonte dans Thistoire, et plus forte, plus universelle, se retrouve cette croyance d'une d6ch6ance de Thumanitfi et de la sup6rio-

1* Quam bene Satumo vivebant rege priusquam

Tellus in longas estpatefacta viae!

2. Auroa quee perhibent illo sub rege faerunt Sfficula. Sio placida populos in pace regcbat; Deterior donee paulatim et decolor stas

Et belli rabies et amor successit habendi.

Uv. Vm, V. 325.

Virgile dit ailleurs :

Sic omnia fatia In pejus ruere ac retro sublapsa videre.

Georg.y I, 199.

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