PREFACE III
J'entends ce mot de vertu au sens large de Montesquieu, lorsqu'il fait de la vertu le fondement de.la republique; j'y comprends non-seulement les vertus privees, mais celles du citoyen, le courage, rhonneur, le patriotisme. Je me sers aussi, comme synonyme de vertu, de Texpression d'element moral, apres en avoir retranche tout ce qui releve de Tintelligence, pour n'y laisser que ce qui appartient a la seule volenti.
Men principal but a ete de mettre en tout son jour rinsuffisance du progres intellectuel pour faire et pOur garantir le progres social, sans Tintervention de Telement moral qui, a mesure que la civilisation se perfectionne, doit lui-mSme devenir de plus en plus preponderant, afin de contenir les mauvais penchants dans les coeurs et opposer aux forces croissantes du mal les forces. croissantes du bien.
Cela revient a dire que, sans la morale, il n'ya qu'un faux progres, une surface plus ou moins brillante, mais trompeuse, qui recouvre des abimes. II semble que "ce ne soit la qu'une verite de sens commun qu'il est inutile de chercher a demontrer.
Aussi, plus d'une fois dans le cours de cet ouvrage. avons-nous ^te arrSte par la pens^e de Tinutilite d'un pareil travail. Mais nous avons repris la plume en considerant que cette verite, quelque evidente qu'elle nous paraisse, est aujourd'hui attaquee, ou tout au moins meconnue, par des ecoles philoso-
IV PRKFACE
phiques en grand renom, par des economistes, des publicistes, des hommes politiques, des promoteurs de Tenseignement populaire. Si Ton n'y prenait garde, ce lieu commun d'autrefois serait en voie dc passer bientot a Tetat de paradoxe.
D'ailleurs faudrait-il dedaigner de prendre la defense d'une verite,sous pretexte qu'elle est ancienne et commune, quand il s'agit du plus grand inter^t et du plus grand peril de la civilisation moderne?
Tout en traitant un sujet philosophique et moral, nous avons eu certaines preoccupations sociales et politiques dont il est inseparable, et dont nous n'avons pas d'ailleurs a nous defendre ; mais nous tachons de nous tenir a une juste distance de Tactualite et de demeurer dans la region plus sereine des principes et des idees generales.
Quoique nous n'ayons dissimule aucune des graves apprehensions que nous inspire Tetat des esprits et des naoeurs, nous avons voulu seulement jeter un cri d'alarme, provoquer un re veil, une reforme des caracteres et des ^mes, et non pr^cher le decouragement et le desespoir. II ne faut pas legerement desesperer, nous le savons, quand il s'agit de la civilisation, du progres et de la France.
Francisque BOUILLIER.